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NIGHT AND THE CITY (Les forbans de la nuit) – 1950 – Jules Dassin

Publié le par Laurent Bigot

NIGHT AND THE CITY (Les forbans de la nuit) – 1950 – Jules Dassin

« Les Forbans de la Nuit est un mélodrame plein de suspense, l’histoire d’un salaud doublé d’un traître qui finit par récolter ce qu’il a semé. Dans ce rôle, Richard Widmark signe un coup de maître ».

Scénario : Richard Murphy (+ Ben Hecht), d'après le roman de Henry Edward Helseth, The Chair for Martin Rome
Photographie : Lloyd Ahern
Direction artistique : Lyle Wheeler, Albert Hogsett
Décors : Thomas Little, Ernest Lansing
Musique : Alfred Newman, Lionel Newman
Montage : Harmon Jones
Effets spéciaux : Fred Sersen
Cameraman : Paul Lockwood
Directeur de production : Sid Bowen
Assistant réalisateur : Jasper Blystane
Costumes : Bonnie Cashin, Charles LeMaire
Supervision du scénario : Rose Steinberg
Production : Sol C. Siegel pour 20th Century·Fox
 
NIGHT AND THE CITY (Les forbans de la nuit) – 1950 – Jules Dassin
INTERPRÉTATION :
Victor Mature : le lieutenant Candello
Richard Conte : Martin Rome
Fred Clark : le lieutenant Collins
Shelley Winters : Brenda
Betty Garde : Mrs. Pruett
Berry Kroeger : Niles
Tommy Cook : Tony
Debra Paget : Tina Riconti

 

L'histoire :

Rabatteur de boîte de nuit, Harry Fabian rêve de devenir quelqu'un et d'appartenir enfin à ce Londres nocturne qu'il hante. Son amie. Mary Bristol, espère encore le voir un jour choisir un travail sérieux. Harry réussit à obtenir la confiance de Gregorius, un ancien champion de lutte gréco-romaine et père de Kristo qui détient le monopole du catch. Il décide alors d'organiser lui-même des spectacles de lutte, aidé de Gregorius auquel Kristo ne voudra pas s'attaquer. Phil Nosseross lui refusant l'argent qui lui est nécessaire, Harry fait appel à Helen, la femme de celui-ci, profitant de l'amour qu'elle lui porte, Helen exige en échange une licence pour le club qu'elle veut ouvrir. Harry cherche à organiser un combat entre Nikolas, le protégé de Gregorius, et l’Étrangleur, le lutteur vedette de Kristo, une véritable brute. Provoqué par l'Etrangleur, Gregorius se bat lui-même avec le géant et le terrasse avant de succomber à une crise cardiaque. Kristo rend aussitôt Harry responsable de la mon de son père, et il lance la pègre londonienne à sa recherche. Helen Nosseross, qui avait quitté son mari revient auprès de lui après avoir découvert que la licence fournie par Harry était un faux. Mais il était trop tard, Nosseross s'est tué. Harry tente de faire croire à Kristo que Mary l'a dénoncé - afin que la jeune femme puisse bénéficier de la récompense promise - et meurt ou la prise de l'Étrangleur qui jette son cadavre dans la Tamise. 

« La nuit et la ville. La nuit est ce soir, demain soir ou n'importe quel soir. La ville est Londres ». Ces mots - les premiers du film - suffisent à dresser le cadre. Le spectateur les entend alors même qu'il voit Harry Fabian en train de tenter d'échapper à un poursuivant qui le menace. Le film commence par cette fuite d'Harry. Il se terminera, sur les bords de la Tamise, lorsque l'Étrangleur jettera dans l'eau le corps disloqué du jeune malfrat qui rêvait de se faire une place au sein de la pègre londonienne. Comme M de Fritz Lang, ou Le Troisième Homme de Carol Reed, Les Forbans de la nuit décrit un univers nocturne et une ville gangrenée par le crime et la corruption. Harry cherche à s'intégrer à un monde parfaitement organisé dans lequel il n'a pas de place et dont il va rompre, provisoirement, l'équilibre. Helen Noseross donne des conseils aux entraîneuses du Silver Fox Club, Figler dirige une bande de mendiants dont il planifie les diverses difformités, Kristo règne sur le racket du catch, Googin fabrique des faux papiers, Anna s'occupe du trafic des bas nylons et des cigarettes ... Toute cette pègre vit - à quelque niveau que ce soit, du caïd au petit trafiquant - selon un ordre parfaitement réglé. Harry Fabian va brusquement provoquer le drame en tentant d'affronter Kristo et d'organiser ses propres spectacles. Cette ambition lui coûtera la vie, entraînera la mort de Gregorius et celle de Nosseross, incapable de supporter la trahison de sa femme.
Tout au long du film, Harry ne cessera de se précipiter d’une planque à une autre à travers les rues sordides  et dégoulinantes de pluie du quartier londonien de Soho. A un moment, il avoue d’ailleurs : « Toute ma vie, j’ai couru. Pour échapper aux assistantes sociales, aux voyous, à mon père… » Il nous offre un autre aperçu de son passé lorsqu’il tente d’extorquer de l’argent à sa petite amie Mary.

« Si vous avez grandi à New York, comme moi, vous savez à quel point un enfant peut se sentir perdu et seul dans une grande ville indifférente. L’empreinte de cette ville est restée en moi. J’essaie de voir l’homme dans son environnement. L’environnement est muet, indifférent. »

Jules Dassin

Comprenant que Jules Dassin commençait à être trop marqué à Hollywood en raison de ses opinions politiques et de la «chasse aux sorcières» qui sévissait, la 20th Cenrury-Fox choisit de l'envoyer tourner Les Forbans de la nuit à Londres. L’intérêt de l'opération était double : éloigner Dassin d'Hollywood et utiliser les fameux bénéfices qu'il était impossible de rapatrier aux Etats-Unis. Cet argent va donc servir à la réalisation du film, dont le budget atteindra la somme importante de 1.460.000 dollars. Dassin décide de montrer un Londres inquiétant, sordide, corrompu, l'inverse même de la ville pour touristes symbolisée par Piccadilly Circus et Trafalgar Square. En dehors de la fin, on ne voit d'ailleurs de Londres que des endroits sinistres et méconnaissables.  
«Le film, reconnut Dassin, causa un véritable scandale en Angleterre. Oh. Dieu! Les Anglais furent tout à fait contre. L'atmosphère, l'histoire et tout ». L’une des idées de génie de Dassin fut de choisir pour jouer le rôle de Gregorius Zbyszko, qui était champion de lutte gréco-romaine alors que le jeune Dassin avait cinq ans. « Je ne l’avais jamais vu de ma vie, avoua Dassin, et il n’y avait ni photographie, ni traces de lui. On m’avait d’ailleurs dit qu’il était mort  mais, après avoir refusé trois acteurs proposés par le studio, j’ai fait appel à un de mes amis qui était journaliste à New-York. Il pensait lui aussi que Zbyszko était mort mais quelques jours plus tard, il m’appela et me dit l'avoir retrouvé. Il avait soixante- dix ans et n'avait jamais ru une caméra. Je pense que c’est un acteur superbe : un homme extraordinaire. J’aimai réellement cet homme. Il était complètement ruiné. Il acheta avec son cachet un élevage de poules aux Etats-Unis ». Diplômé en philosophie et en droit de l'université de Vienne, musicien et poète, parlant onze langues et célèbre pour n'avoir été battu que cinq fois en trois mille combats, Zbyszko apporte au film une présence exceptionnelle que Dassin développe parallèlement au personnage d'Harry Fabian. Le rôle de la douce Mary demeurant très superficiel. 

« Les Forbans de la Nuit est un classique du film noir, à la fois réaliste et lyrique, plein de second rôles passionnants et parfois bizarres »

Les Inrockuptibles

Traqué par le milieu londonien, Harry trouve un bref refuge auprès d'Anna, à qui il déclare : « J'étais si près de réussir. Je possédais dans la paume de ma main le contrôle des matchs de lutte dans tout Londres ». Une ultime fois, il tente de s'illusionner lui-même, alors qu'en réalité il n'avait cessé de jouer avec le feu, de duper les un pour tenter d’obtenir l'appui des autres. À l’image de tant de personnages de «films noirs » situés à New-York ou à Los Angeles, à San Francisco ou dans le Middle West. Harry Fabian était, déjà, à Londres, un damné.
 
Dès la première image, il est clair que Harry et ses projets sont condamnés à l’échec. Le film tourne à la tragédie. C’est un cauchemar, une descente aux enfers, comme les plus noirs des films noirs : Détour (Détour – 1945), Le Charlatan (Nigtmare Alley – 1947) ou l’enfer de la corruption (Force of Evil – 1948).
Au dernier moment, il commet une action désintéressée, mais il est trop tard. Harry se fait des illusions. Il n’a jamais rien accompli, il a toujours été condamné à mourir, dès qu’il s’arrêterait de courir. 
 
NIGHT AND THE CITY (Les forbans de la nuit) – 1950 – Jules Dassin
NIGHT AND THE CITY (Les forbans de la nuit) – 1950 – Jules Dassin
NIGHT AND THE CITY (Les forbans de la nuit) – 1950 – Jules Dassin
NIGHT AND THE CITY (Les forbans de la nuit) – 1950 – Jules Dassin

Découvrez la bande-annonce.

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