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NOTORIUS (Les Enchaînées) – 1946 – Alfred Hitchcock

Publié le par Laurent Bigot

NOTORIUS (Les Enchaînées) – 1946 – Alfred Hitchcock
NOTORIUS (Les Enchaînées) – 1946 – Alfred Hitchcock
Avec Cary Grant, Ingrid Bergman, Claude Rains, Louis Calhern, Leopoldine Konstantin
 
Miami 1946. Par l’intermédiaire de l’agent Devlin, le FBI entre en contact avec Alicia Huberman, jeune femme à la vie dissolue dont le père vient d’être condamné pour espionnage au profit des Nazis. Devlin vient à bout des réticences d’Alicia en lui faisant écouter un enregistrement où elle s’oppose avec mépris aux agissements de son père. Elle sera utilisée comme agent d’infiltration au Brésil, véritable nid de guêpes pour Nazis défaits. Le couple s’envole pour Rio sans connaître la nature précise de leur mission. Alicia, qui s’est éprise de son agent de liaison, cesse de boire. Mais Devlin, bien que partageant malgré lui des sentiments identiques, reste circonspect quant à la sincérité des sentiments de cette jeune femme et à la solidité de ses nouvelles résolutions. Le capitaine Prescott dévoile enfin les tenants de la mission confiée à Alicia : elle doit renouer contact avec un vieil ami de son père, Alex Sebastian, sympathisant notoire de la cause nazie amoureux d’elle depuis des années, et user de son charme auprès de lui pour infiltrer l’organisation. Par fierté, ni Devlin ni Alicia ne s’opposent à cet objectif...
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NOTORIUS (Les Enchaînées) – 1946 – Alfred Hitchcock
NOTORIUS (Les Enchaînées) – 1946 – Alfred Hitchcock
Romance et espionnage. En n’y regardant pas d'un peu plus près, on risque de ne voir dans ce Notorious qu’un succédané hollywoodien des œuvres anglaises qui établirent la réputation de Hitchcock dans les années trente et qui conduisirent Selznick à l’attirer vers La Mecque du cinéma. Pourtant, Les Enchaînés n’est pas un Correspondant 17 ou une Cinquième colonne de plus dans la filmographie de celui qui reste aux yeux du grand public comme le maître du suspense. Truffaut le considérait tout simplement comme le meilleur des films américains des années quarante en noir et blanc, et si le maître avouait quant à lui une tendresse particulière pour Shadow of a Doubt, il est clair qu’il s’agit d’un titre moins représentatif dans sa filmographie. On peut être en droit de penser que si Hitchcock négligeait volontiers ce titre, c’est qu’il fut longtemps porté par Selznick, avec tout ce que cela sous-tend en termes de contraintes et de limites dans l’expression d’un tempérament aussi créatif que le sien.
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NOTORIUS (Les Enchaînées) – 1946 – Alfred Hitchcock
NOTORIUS (Les Enchaînées) – 1946 – Alfred Hitchcock
A partir des Enchaînés, Hitchcock abandonne peu à peu le principe du fameux McGuffin, ce ressort du mystère qui alimentait à lui seul le suspense de l’œuvre. Qu’en est-il du McGuffin dans le film qui nous intéresse ? Il réside dans l’utilisation d’uranium dissimulé dans des bouteilles de Bordeaux. Point de spoiler ici. Le McGuffin en lui-même ne génère pas le suspense, il n’a aucune importance propre et l’uranium aurait pu être remplacé par n’importe quel autre argument. Tel quel, il aura servi de teaser publicitaire, en permettant de présenter Les Enchaînés comme le premier film basé sur la terreur naissante de la bombe atomique : ne pas oublier que Maître Hitch est aussi un showman d’exception. Les personnages ne sont pas directement mis en danger au regard de ce nœud du mystère proprement dit, mais plus par les ruses qu'ils doivent déployer pour le mettre à jour : subtiliser les clés qui constituent le sésame de l’accès à la cave, justifier leur réunion au risque de révéler leur vrai nature.
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NOTORIUS (Les Enchaînées) – 1946 – Alfred Hitchcock
NOTORIUS (Les Enchaînées) – 1946 – Alfred Hitchcock
Schématiquement, Notorious est orchestré en trois actes articulés autour d’autant de morceaux de bravoure et qui tous renvoient à la relation nouée entre Devlin et Alicia : la longue introduction à l’intrigue criminelle proprement dite, qui culmine lors du célèbre plan-séquence du baiser (en fait une longue succession d’étreintes et d’effleurements sensuels magnifiés en plans rapprochés par des mouvements de caméra caressants et moelleux) qui tend à célébrer l’attirance sensuelle qu’éprouvent l’un pour l’autre les deux héros, pourtant incapables, comme tous les personnages de mélodrame dignes de ce nom, de croire - avant tout par manque de confiance personnelle - en la sincérité des sentiments de leur partenaire ; la mise à l’épreuve de la résistance sentimentale de l’un et de l’autre, caractérisée par une volonté de mise en danger irraisonnée chez Alicia et par une acceptance muette et pathétique des compromissions de cœur auxquelles accepte de se livrer sa bien-aimée de la part de Devlin, la situation trouvant son point d’exergue dans la séquence de la réception faisant suite au mariage ; arrivé à ce point de non-retour, il faut bien que l’un des amants baisse pavillon et fasse enfin taire sa fierté déplacée. Ce sera Devlin, sorte de négatif du héros de film noir, se défaisant de sa défiance paroxystique à l’encontre de la gent féminine, pour enfin porter secours à une Alicia dépourvue de plus d’arguments dans la défense de la sincérité de son amour et acceptant avec résignation son sort funeste.
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NOTORIUS (Les Enchaînées) – 1946 – Alfred Hitchcock
NOTORIUS (Les Enchaînées) – 1946 – Alfred Hitchcock
Cette œuvre d’une rare sensualité, est aussi un manifeste du pouvoir de subjectivité de la mise en scène et du montage hitchcockiens. Ici, le choix des cadrages témoigne d’une véritable grammaire cinématographique, propre à son auteur mais néanmoins universelle en ce sens qu’immédiatement appréhendée par le spectateur. Ainsi de l’usage du très gros plan, réservé aux scènes à deux les plus intimes, ces scènes d’abandon sensuel entre les amants, les plans moyens renvoyant à une fêlure, une distance introduite entre les deux protagonistes, comme en atteste la composition des plans choisis par le maître avant et après la prise de connaissance de la mission d’Alicia par le couple. Là, le déterminisme du montage recentre le point de vue du spectateur sur celui d’Alicia, comprenant interloquée qu’Alex et sa mère ont percé à jour sa duplicité et qu’ils cherchent à l’éliminer : usage d’inserts en zoom sur Ingrid Bergman venant briser le rythme naturel de plans d’ensemble des acteurs prenant le café au salon, et tendant à l’isoler de ses partenaires en renforçant son désarroi. Nous pourrions multiplier les exemples à l’infini mais contentons-nous de souligner le recours étrange à l’illustration musicale. Le thème de Roy Webb est utilisé avec une parcimonie extrême qui ajoute à la singularité de l’œuvre. Ainsi, contrairement aux conventions habituelles, Hitchcock refuse de recourir à la musique pour souligner les premiers grands élans romantiques du film, comme s’il souhaitait ainsi en souligner le caractère fragile et éphémère. Les murmures que se livre à l’oreille le couple enlacé sont bercés par les rumeurs de la ville, obsédantes, étouffées et lointaines, et ce ne sera que lors du grand final que l’amour du couple sera sublimé par les accords échevelés d’un grand thème romantique. Une preuve de plus que sous son apparence de facture classique, ce mélodrame d’espionnage est bien l’une des œuvres les plus originales et les plus novatrices du maître du suspense, un véritable grand film malade.
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NOTORIUS (Les Enchaînées) – 1946 – Alfred Hitchcock

 

Est-il bien nécessaire de vanter encore les mérites d’un casting proprement miraculeux ? Dans l’un de ces rôles de femmes frustrées et fragilisées par excès de romantisme qui établirent son aura mythique, du Gaslight de Cukor jusqu’à La Peur de Rossellini, Ingrid Bergman se révèle sans surprise une fois de plus littéralement irremplaçable. Il faut par contre saluer le courage et la remise en cause de Cary Grant, très loin de la fantaisie naturelle qu’il afficha le plus souvent, assumant superbement un personnage longtemps effacé, entre perplexité et rigorisme, et dont la côte de sympathie pâlirait presque au regard des élans de naïveté romantique affichés par le méchant de l’histoire, l’incomparable Claude Rains dans un rôle synthétique de toute sa carrière. Alex Sebastian, encombré d’une mère possessive, préfigure bien des héros hitchcockiens à venir, qu’ils soient négatifs comme le Bruno Anthony de Strangers on a Train ou positifs et peu lunaires comme le George Kaplan de North by Northwest, et Hitchcock semble avoir projeté beaucoup de lui-même dans ce personnage. Si en vertu du principe qu’un grand thriller nécessite un méchant de haut vol, il est clair qu’on tient avec Notorious un très grand film.

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Cary Grant, Ingrid Bergman et Alfred Hitchcock
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