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3 - DIAL M FOR MURDER (Le crime était presque parfait) – 1954 – Alfred Hitchcock

Publié le par Laurent Bigot

3 - DIAL M FOR MURDER (Le crime était presque parfait) – 1954 – Alfred Hitchcock
3 - DIAL M FOR MURDER (Le crime était presque parfait) – 1954 – Alfred Hitchcock3 - DIAL M FOR MURDER (Le crime était presque parfait) – 1954 – Alfred Hitchcock
Ce diable d'Hitchcock
 
Si Hitchcock se montra effectivement capable de « naviguer» avec beaucoup de facilité dans l'histoire de Frederic Knott, l'auteur du Crime était presque parfait, ce ne fut pas sans avoir à éviter quelques icebergs, à commencer par le procédé de tournage en trois dimensions (3D). L'idée venait de - et fut imposée par - la Warner. Comme tous les grands studios américains, la Warner devait faire face en ce début des années 1950 au terrible défi que représentait le développement de la télévision. Hollywood était en crise. Grace Kelly en témoigna : « C'était en 1953, et voilà que la Warner Brothers ferme ses studios pendant cinq mois : c'était la première panique due à la télévision, ses effets ont frappé Hitchcock à cette époque. Notre film a été le premier tourné après Cinq mois d'interruption, » Le danger du petit écran imposait une réaction vigoureuse, notamment en multipliant ou en développant l'attrait des films projetés en salle. Alors vint Bwana : en 1952, le premier film en relief draina des foules immenses. Le sujet de Bwana le diable, d'Arch Oboler, était Idéal pour lancer le procédé : au Kenya, en 1898, un couple de lions met en péril la vie d'un groupe d'ouvriers construisant le chemin de fer : Le slogan publicitaire parlait de lui-même: « Un lion sur vos genoux! » Le film remporta un succès phénoménal. Les salles de cinéma ressemblaient à des rendez-vous d'artistes, chaque spectateur portant l'obligatoire paire de lunettes à monture en carton et verres contrastés, l'un rouge et l'autre vert. La Warner s'intéressait au nouveau procédé et misa gros sur la 3D. Hitchcock dut s'y plier. Non sans un certain plaisir sans doute car, malgré quelques plaintes sur les restrictions qu’imposait le tournage en 3D, le réalisateur était féru d'innovation et d'expérience. Et il montra que, même avec de telles contraintes, il savait rester le maître et imposer sa patte…
Avant même d'être adapté par le réalisateur, Le Crime était presque parfait était « un Hitchcock », pour reprendre l'expression de l'intéressé, L'imbrication de la scène conjugale et de la tentative de meurtre, la fausse coupable accusée par la société pour ses mœurs plus que pour sa véritable culpabilité, tout cela formait le matériau idéal pour un film d'Hitchcock. Plus cinéaste que dialoguiste, le réalisateur fit appel à l'auteur, Frederic Knott, pour peaufiner le scénario en fonction des Impératifs du tournage, lequel se déroula en très peu de temps. Trente-six jours suffirent pour mettre en boîte toute la pellicule du Crime était presque parfait! Le format, un huis clos, et donc l'utilisation d'un seul décor, facilita une telle rapidité. La majeure partie du temps de tournage, qui s'échelonna entre le 30 juillet et le 25 septembre 1953, fut d'ailleurs consacrée au maniement de l'énorme machine - une caméra! - permettant de réaliser un film en relief. 
Tony emmène Mark à son club. Il parvient à convaincre sa femme de rester à la maison, et subtilise sa clé pour la placer sous le tapis de l'escalier, où doit la trouver le meurtrier. À l'heure dite, Swann s'introduit dans l'appartement et attend le signal du coup de téléphone. Tony, en retard, appelle sa femme, qui va répondre. Swann tente de l'étrangler. Mais Margot attrape des ciseaux, avec lesquels elle le blesse mortellement. 
3 - DIAL M FOR MURDER (Le crime était presque parfait) – 1954 – Alfred Hitchcock
La scène du meurtre compta parmi les plus longues à tourner. Hitchcock tint à multiplier les prises de vue sous tous les angles possibles pour se permettre une certaine liberté lors du montage, mais également parce que la partie finale allait comporter de nombreux plans rapidement enchaînés. La musique de Tiomkin suit le rythme de l'image et atteint son paroxysme au moment où Margot tue son bourreau. Une fois de plus, le meurtre est largement teinté d'érotisme : le déshabillé de Margot, la position des corps, certains plans évocateurs, autant d'éléments allusifs à connotation sexuelle. La joute mortelle pourrait tout aussi bien être une joute amoureuse, et ce n'est pas un hasard si la scène évoque le viol de Frenzy. Hitchcock joue avec l'identification de son public, en nous plaçant d'abord du point de vue de Swann, puis de celui de Margot. La scène elle-même est précédée par le retard de Tony et l'attente de Swann qui en accentue le suspense. 
3 - DIAL M FOR MURDER (Le crime était presque parfait) – 1954 – Alfred Hitchcock
L'appareil de prise de vue nécessaire pour filmer en relief était encombrant et peu maniable. En conséquence, Hitchcock dut renoncer à certains plans. Pour d'autres, il s'adapta: ainsi, le gros plan du doigt composant le numéro de téléphone nécessitait un trucage, la caméra ne pouvant s'approcher assez près. Le réalisateur fit construire un cadran de téléphone et un doigt énorme pour obtenir l'effet souhaité. Il avait déjà eu recours à un tel procédé en 1945, dans La Maison du docteur Edwardes, quand Murchison menace Constance avec un pistolet agrandi.
Au moment où Tony Wendice parvient enfin à atteindre le téléphone pour faire retentir la sonnerie fatale, Hitchcock nous montre l'acheminement mécanique de l'appel. Comme le soulignera Donald Spoto, « c'est un bon exemple de "temps filmé" allongeant de quelques secondes un "temps réel" pour mieux souligner son importance et faire monter la tension qu'entraîne ce retard. »
Le coup de téléphone se faisant attendre, Swann quitte sa cachette et gagne la porte pour s'en aller. Au moment où il s'apprête à la franchir, la sonnerie retentit. On le voit alors hésitant sur ce qu'il doit faire. Le plan s'arrête là. On passe ensuite dans la chambre de Margot. Lorsqu'elle se lève pour aller répondre, on ignore si Swann est parti ou non. 

 

3 - DIAL M FOR MURDER (Le crime était presque parfait) – 1954 – Alfred Hitchcock
La caméra est installée dans une fosse afin d'augmenter la notion de relief, et cette inhabituelle position accentue le malaise du spectateur qui comprend instinctivement que quelque chose d'anormal est en train de se préparer. Cette sensation est perceptible même lorsque le film est présenté « en plat », ce qui a été le cas la plupart du temps. En dehors de quelques objets situés au premier plan (des bouteilles) ou en amorce - ce qui est d'habitude la signature des films tournés en relief - ce dernier n'est réellement utilisé que dans la scène du meurtre, lorsque la main de Margot se tend derrière elle - c'est-à-dire vers le spectateur - et saisit la paire de ciseaux qui va lui servir à tuer son agresseur, Hitchcock signe au passage l'un de ses plans les plus audacieux en montrant Margot en train d'être étranglée et dont les pieds nus se tendent et se débattent comme sous l’effet d'un orgasme.

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