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Jean Gabin : la gueule d’amour

Publié le par Laurent Bigot

Jean Gabin : la gueule d’amour
Incarnation d'un certain idéal masculin, Gabin a tenu dans ses bras les comédiennes les plus sublimes, de Michèle Morgan à Brigitte Bardot, en passant par Danielle Darrieux, Marlène Dietrich ou Jeanne Moreau. Retour sur la carrière d'un séducteur de l'écran. 
"MARIA CHAPDELAINE" 1934, de Julien Duvivier, avec Madeleine Renaud

"MARIA CHAPDELAINE" 1934, de Julien Duvivier, avec Madeleine Renaud

Même s'il reste aujourd'hui peu connu, Maria Chapdelaine apparaît comme un film-clé de la carrière de Jean Gabin. Non seulement parce qu'il marque en 1934 sa première collaboration avec le cinéaste Julien Duvivier, mais aussi parce que le jeune acteur s'y révèle on ne peut plus convaincant dans le registre romantique. Gabin interprète en effet le personnage du trappeur François Paradis dans cette adaptation du célèbre roman de Louis Hémon, face à une Madeleine Renaud toute énamourée. La voie est alors ouverte pour toute une série de films qui vont peu à peu bâtir l'image du Gabin «bourreau des cœurs» : à commencer par les mythiques La Bandera et Pépé le Moko, pour lesquels l'acteur retrouve Duvivier. Dans ces deux chefs-d'œuvre, qui le propulsent soudain sur le devant de la scène, Gabin se compose l'image d'un anti-héros au regard clair et au charme taciturne, auxquels les personnages joués par les vedettes Annabella et Mireille Salin ne sauront résister. Pas plus que Michèle Morgan dans Quai des brumes et Remorques, Simone Simon dans La bête humaine, ou encore Arletty dans Le jour se lève ... 
"GUEULE D'AMOUR" 1936, de Jean Grémillon, avec Mireille Balin

"GUEULE D'AMOUR" 1936, de Jean Grémillon, avec Mireille Balin

"LE JOUR SE LÈVE" 1939, de Marcel Carné, avec Arletty

"LE JOUR SE LÈVE" 1939, de Marcel Carné, avec Arletty

"LE QUAI DES BRUMES" 1938, de Marcel Carné, avec Michèle Morgan

"LE QUAI DES BRUMES" 1938, de Marcel Carné, avec Michèle Morgan

À la fin des années trente, Gabin apparaît donc comme le plus grand charmeur du cinéma français, au point qu'aucun autre comédien ne peut prétendre rivaliser avec lui. Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, l'acteur gagne Hollywood, où il s'essaie brièvement au registre du « french lover » : dans le film La péniche de l'amour, il séduit cette fois la star Ida Lupino. Mais l'aventure américaine tourne court lorsque Gabin part s'engager en Afrique du Nord. À la Libération, l'acteur tourne Martin Roumagnac avec Marlène Dietrich (avec qui il vit à l'époque une liaison tumultueuse), mais son statut va connaître après-guerre un léger changement. En effet, l'âge venant, Gabin va de plus en plus souvent séduire des héroïnes nettement plus jeunes que lui. C'est donc une relation teintée de paternalisme gue Gabin connaîtra avec Françoise Arnoul (French Cancan, Des gens sans importance), Jeanne Moreau (Gas-Oil) ou Magali Noël (Razzia sur la chnouf). 
"MARTIN ROUMAGNAC" 1946, de Georges Lacombe, avec Marlene Dietrich

"MARTIN ROUMAGNAC" 1946, de Georges Lacombe, avec Marlene Dietrich

"RAZZIA SUR LA CHNOUF" 1955, de Henri Decoin, avec Magali Noël

"RAZZIA SUR LA CHNOUF" 1955, de Henri Decoin, avec Magali Noël

"GAS-OIL" 1955, de Gilles Grangier, avec Jeanne Moreau

"GAS-OIL" 1955, de Gilles Grangier, avec Jeanne Moreau

Mais si jusqu'à la fin des années 50, l'acteur reste fidèle à cette image de Don Juan qui a tant compté dans son succès, il n'hésite pas pour autant à accepter des rôles dans lesquels il se trouve victime des femmes. Et, contrairement à ce que l'on a dit parfois, il n'a pas attendu pour cela le relatif désintérêt du public qui, à la fin des années 40, l'aurait obligé à perdre de sa superbe. Dès 1937, en pleine gloire, Gabin s'avère dans Gueule d'amour le jouet de la perfide Mireille Balin, qui causera sa perte. Un thème que l'on retrouvera souvent à partir des années 50, lorsque les plus jolies femmes du cinéma français semblent s'être donné le mot pour le faire souffrir : Nicole Courcelle trahit dans La Marie du port, Danielle Darrieux l'empoisonne dans La vérité sur Bébé Dange, Danièle Delorme le manipule dans Voici le temps des assassins. Et en 1958, Gabin ne craint pas de jouer un notable qui, en proie au démon de midi, succombe aux channes de Brigitte Bardot dans En cas de malheur. Mais le film lui permet aussi d'ajouter à sa filmographie une œuvre dans laquelle il devient l'amant du plus grand sex-symbol qu'ait connu le cinéma français. Confortant ainsi dans l'imaginaire du public l'image d'un héros aux amours innombrables...
"LA PÉNICHE DE L'AMOUR" 1942, de Fritz Lang et Archie Mayo, avec Ida Lupino

"LA PÉNICHE DE L'AMOUR" 1942, de Fritz Lang et Archie Mayo, avec Ida Lupino

"VOICI LE TEMPS DES ASSASSINS", de Julien Duvivier, avec Danièle Delorme

"VOICI LE TEMPS DES ASSASSINS", de Julien Duvivier, avec Danièle Delorme

"EN CAS DE MALHEUR" 1958, de Claude Autant Lara, avec Brigitte Bardot
"EN CAS DE MALHEUR" 1958, de Claude Autant Lara, avec Brigitte Bardot

"EN CAS DE MALHEUR" 1958, de Claude Autant Lara, avec Brigitte Bardot

Commenter cet article

Avielle 29/08/2014 09:25

Bravo pour cet article sur cet artiste unique qu'était Jean Gabin ! J'ai appris des choses et j'ai beaucoup aimé le style, direct et pertinent. Un tout grand merci pour la découverte ou la redécouverte (pour les plus jeunes) d'un artiste phare du cinéma français ! Merci !