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Marcel Carné : un phénomène…

Publié le par Laurent Bigot

Marcel Carné : un phénomène…
Dans l'histoire de la production française, il y eut un avant et un après Marcel Carné : car an l'espace de sept ans, ce metteur en scène boulimique a révolutionné à jamais l'art de la réalisation, en portant à son apogée le fameux « réalisme poétique ».
Au milieu des années trente, le cinéma hexagonal est dominé par le carré de tête formé par Julien Duvivier, Jean Renoir, René Clair et Jacques Feyder. Leurs films parviennent à concilier les faveurs du public et de la critique, et ces messieurs sont loin de se douter que dans leur ombre, piaffe un jeune homme ambitieux qui va bientôt leur damer le pion. Car un certain Marcel Carné, fils d'un ébéniste de Montmartre qui rêve de voir son fils « dans les assurances », parvient à se faire engager dès 1928 comme assistant-caméra sur des tournages de Feyder, réalisateur dont il deviendra l'assistant attitré cinq ans plus tard. Entre-temps, le jeune homme aura également exercé la fonction de critique pour Cinémagazine et Ciné-monde, et trouvé le moyen de tourner Nogent, Eldorado du Dimanche, un court métrage dans lequel il jette les bases de son futur style. Le voilà prêt à se lancer dans la mêlée. 
 
Marcel Carné : un phénomène…
GRAND CHELEM
 
Épouse de Jacques Feyder, Françoise Rosay accepte en 1936 de tourner dans Jenny, le premier long métrage de Marcel Carné, puis lui renouvelle sa confiance l'année suivante pour Drôle de drame, où elle côtoie Michel Simon et Louis Jouvet. Si Jenny s'est vu honorablement accueilli, ce second film déroute en revanche les spectateurs par son humour noir (ce n'est que bien plus tard que Drôle de drame deviendra culte). Mais Carné est maintenant rôdé, et en s'associant pour la troisième fois avec le scénariste Jacques Prévert, il va frapper un grand coup : avec Quai des brumes, le réalisateur prouve en effet qu'il peut devenir lui aussi l'un des maîtres de ce que l'on appelle alors le « réalisme poétique ». Et, ne s'arrêtant pas en si bon chemin, Carné va accomplir un exploit dont on trouve peu d'exemples dans l'histoire du septième an : entre 1938 et 1945, le cinéaste livre coup sur coup cinq films qui font aujourd'hui partie des plus grands titres du cinéma mondial. Outre Quai des brumes, naissent ainsi Hôtel du Nord, Le jour se lève, Les visiteurs du soir et Les enfants du paradis. Les raisons ayant permis au tandem Prévert-Carné de signer autant de chefs-d'œuvre, et en si peu de temps, restent encore mystérieuses ... 
Marcel Carné : un phénomène…
DEMI-TEINTE
 
Mais après avoir atteint de tels sommets, le risque est grand de décevoir son public. Après-guerre, les films de Carné ne pourront rivaliser tout à fait avec les œuvres de la période précédente - même si, en 1946, Les portes de la nuit s'inscrit dans la même veine. Avec La Marie du port, Thérèse Raquin ou L'air de Paris, le cinéaste semble ensuite s'orienter vers un cinéma plus psychologique, avant de connaître à nouveau un franc succès grâce aux Tricheurs, une évocation de la jeunesse « existentialiste » de Saint-Germain-des-Prés (dans laquelle on remarque un débutant du nom de Jean-Paul Belmondo). Carné continue à tourner beaucoup et signe en 1965 Trois chambres à Manhattan, qui vaut à Annie Girardot un Prix d'interprétation au Festival de Venise. Malheureusement, le cinéaste aura de plus en plus de mal à financer ses films au cours des années 70, et à sa mort, en 1996, il laisse un projet inachevé, Mouche ... Il n'en reste pas moins que l'œuvre de Marcel Camé a constitué en son temps une sorte de miracle, bouleversant radicalement un cinéma français qui portera longtemps l'empreinte de son influence. 
 

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toto 25/09/2014 11:37

Carné n'est pas mort en 1991 mais en 1996. Merci pour votre article sinon.

Laurent Bigot 25/09/2014 21:34

Merci pour cette vigilance, je corrige de suite... Laurent