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François Truffaut, à propos de...THE NIGHT OF THE HUNTER (La nuit du chasseur)

Publié le par Laurent Bigot

François Truffat

François Truffat

Découvrez, dans son intégralité, l'article dédié, par François Truffaut,  au film de Charles Laughton, lors de sa sortie en 1955, THE NIGHT OF THE HUNTER (La nuit du chasseur)
 
The Night of the Hunier (La Nuit du Chasseur) présente au moins deux particularités qui en font une œuvre importante : ce film constitue la première mise en scène cinématographique de l'acteur américain Charles Laughton, dont les compositions truculentes dans Mutiny on the Bounty (Les Révoltés du Bounty), The Private Life of Henry VIII (La Vie Privée d'Henry VIII) et The Paradine Case (Le Procès Paradine) restent célèbres, et il marque le retour à l'écran de Lillian Gish qui fut la plus grande actrice du muet.
 
Le sujet peut déconcerter : un père de famille, assassin pour dix mille dollars, cache l'argent dans une poupée de chiffon puis fait jurer à ses deux petits enfants de garder le secret et d'employer utilement cet argent quand ils seront plus grands et vraisemblablement orphelins. On ne tarde guère à l'arrêter et même à l'exécuter.
 
Peu après, son compagnon de cellule, un prêcheur condamné pour vol, est libéré (Robert Mitchum). Le but de sa vie est de construire une chapelle et, pour concrétiser ce rêve, il se promet de s'approprier les dix mille dollars dont il connait l'existence s'il en ignore la cachette. Il épouse donc la veuve de son infortuné camarade (Shelley Winters), refuse de s'acquitter envers elle de ses devoirs conjugaux et la tue peu après, lorsqu'elle l'a surpris « cuisinant » les enfants pour connaître la cachette du magot. Le petit garçon et la petite fille, poursuivis par leur terrifiant beau-père, s'enfuient en serrant dans les bras la précieuse poupée; une vieille dame (Lillian Gish) les recueille et fait arrêter le criminel. Le petit garçon « revit » alors littéralement l'arrestation de son vrai père et, sous le regard des policiers, il déchire la poupée, offrant, trop tard hélas ! l'argent au malheureux prêcheur assassin.
 
Si j'ajoute que le prêcheur sanguinaire porte le mot « Amour» tatoué sur la main droite et le mot « Haine » sur la main gauche, à raison d'une lettre sur chaque phalange, on comprendra qu'il ne s'agit pas d'un film comme les autres. En effet, The Night of the Hunier nous fait le récit d'une aventure insolite qui doit s'interpréter comme un conte cruel et humoristique ou, mieux, comme une parabole. C'est de la relativité du bien et du mal qu'il s'agit essentiellement dans cette histoire, dont tous les personnages sont bons, même les méchants, même le prêcheur criminel.
 
Un tel scénario n'est pas de ceux par lesquels on peut inaugurer une carrière de cinéaste hollywoodien et il y a fort à parier que ce film, réalisé au mépris des normes commerciales élémentaires, sera l'unique expérience de Charles Laughton et c'est bien dommage. Dommage, oui, car en dépit des heurts de style, The Night of the Hunter est un film d'une grande richesse d'inventions qui ressemble à un fait divers horrifiant raconté par des petits enfants. Malgré la beauté de la photographie de Stanley Cortez, l'homme qui éclaira si extraordinairement The Magnificent Amberson (La splendeur des Anderson), la mise en scène oscille du trottoir nordique au trottoir allemand, s'accroche au passage au bec de gaz expressionniste en oubliant de traverser dans les clous plantés par Griffith. Charles Laughton ne craint pas de briller quelques feux rouges et de renverser quelques policemen dans ce film unique qui fait aimer le cinéma de recherches quand il cherche vraiment et le cinéma de trouvailles quand il trouve!
 
"Les Films de ma vie" - François Truffaut - Edition : Flammarion (Champs Contre-Champs) - 1987
François Truffaut, à propos de...THE NIGHT OF THE HUNTER (La nuit du chasseur)

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