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3 - LES BAS-FONDS - Jean Renoir (1936)

Publié le par Laurent Bigot

Le Renoir des années trente s'impose également comme le révélateur des symptômes d'une civilisation malade de ses propres valeurs. Travaillant - comme tout grand cinéaste - sur le monde mental de ses personnages, Renoir dépasse d'entrée de jeu la simple reproduction d'une pluralité de psychologies individuelles pour créer des types humains caractéristiques de structures psychiques collectives.
 
La participation du cinéaste Jean Renoir à l'essor du Front populaire se fait sous deux formes essentielles : un engagement militant et l'intégration de la montée, du triomphe puis de l'échec du Front populaire dans le procès même de ses découpages.
En 1935, le Parti communiste français demande à Jean Renoir d'assumer la direction d'une équipe de techniciens, d'acteurs et de cinéastes et de réaliser un film de propagande en faveur du Parti. Le but est clair : à l'occasion des prochaines échéances électorales d'avril-mai 1936, il s'agit de convaincre les Français de voter massivement pour le parti ouvrier. « ... ce que Je fis avec joie, dit Renoir. Il me semblait que tout honnête homme se devait de combattre le nazisme. Je suis un faiseur de films, ma seule possibilité de prendre part à ce combat était un film». Renoir milite également à « Ciné-liberté », où il fait un travail d'éducation de masses.
 
Phénomène aujourd'hui décisif, il intègre l'histoire du Front populaire dans les formes de sa mise en scène s’appuyant sur deux lignes directrices:
- l'existence d'une tradition du « film noir» s'achevant sur la mort et souvent le meurtre de l'un des protagonistes (La chienne, Toni, Le crime de monsieur Lange, Les bas-fonds, La bête humaine, La règle du jeu), auxquels il conviendrait d'ajouter La Marseillaise (mort de Bomier) et d'une certaine façon Madame Bovary) ;
- le procès d'une collectivisation progressive des formes de cette mise à mort, La Marseillaise assurant le passage du plan du collectif à celui de la classe voire de la nation en lutte. La fin des années trente opère une sorte de retour à la situation du début de la décennie, mais en intégrant les acquis de l'Histoire. Dans La chienne, le meurtre de Maurice Legrand est l'acte d'un homme seul, profondément désespéré, dans lequel s'exprime toute l'oppression et l'injustice dont il n'a cessé d'être la victime. Dans Toni, Josépha, elle aussi à la limite de la résistance, accomplit au fond le même geste.
 
Daniel Serceau
 
3 - LES BAS-FONDS - Jean Renoir (1936)

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