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GILDA – Charles Vidor (1946) - "Je la détestais, donc je pensais à elle jour et nuit"

Publié le par Laurent Bigot

GILDA – Charles Vidor (1946) - "Je la détestais, donc je pensais à elle jour et nuit"
Si Gilda devient l'un des plus grands succès de l'année 1946 et entrera dans la mémoire collective des cinéphiles comme un classique du film Noir, il le doit à l'érotisme intense de son actrice principale. Rita Hayworth, ou plus exactement au strip-tease légendaire qui fit tourner la tête de Glenn Ford et d’un grand nombre de spectateurs masculins. Elle se contente pourtant de retirer ses gants en chantant « Put the Blame on Mame », invitant ainsi ironiquement le public masculin à rendre les femmes responsables de toutes les catastrophes qui s'abattent sur le monde. 

 

GILDA – Charles Vidor (1946) - "Je la détestais, donc je pensais à elle jour et nuit"
Cette apparition de la star ne fait pas seulement partie de ce que le cinéma hollywoodien de l'ère des studios a de plus fascinant à offrir, et résume aussi le conflit principal du film : sur la scène dont l'arrière-plan est plongé dans l'ombre, Gilda a l'apparence d'un torse avec ses longs gants noirs assortis avec sa robe à bustier. En les ôtant et en dénudant progressivement ses bras elle retrouve visuellement son intégrité physique. La célèbre scène n'est donc pas seulement destinée au seul plaisir masculin, elle la montre aussi comme une femme qui ne se laisse justement pas réduire à l’état objet.
GILDA – Charles Vidor (1946) - "Je la détestais, donc je pensais à elle jour et nuit"
Comme la scène le montre avec éloquence, Gilda vit sa sexualité avec une belle assurance. C'est bien là le problème pour les hommes, en particulier pour Johnny, dont la goujaterie est à la hauteur de sa frustration. L'intrigue criminelle peu crédible dissimule mal le fait que ce conflit est le véritable thème du film. Le fait que Ballin est le chef d'un cartel cherchant à dominer le monde est indéniablement moins salivant que les tensions érotiques et le jeu des dépendances à l'intérieur du trio. Et ces derniers sont d'autant plus complexes que Ballin et Johnny, loin de se considérer comme des concurrents, éprouvent une attirance érotique l'un pour l'autre. 

 

GILDA – Charles Vidor (1946) - "Je la détestais, donc je pensais à elle jour et nuit"
Il va de soi que de telles allusions sexuelles ne doivent pas être ouvertement commentées à une époque où sévit le Production Code de triste mémoire. Le cinéma hollywoodien de l'ère des studios a établi un langage cinématographique codé permettant de contourner ses restrictions - le plus souvent sous forme de clichés. Gilda se réapproprie ce langage avec brio pour tourner en ridicule l'autocensure grotesque de l'industrie du cinéma. Son irrévérence se manifeste aussi bien dans la danse lascive de l'héroïne que dans le plaisir tangible que les Cinéastes prennent à banaliser la symbolique freudienne. Ballin, par exemple, possède une « amie» bien spéciale, une canne qu'une pression sur un bouton transforme en épée mortelle - ce qui amène Johnny à demander s'il s'agit d'un ami masculin ou féminin. 
GILDA – Charles Vidor (1946) - "Je la détestais, donc je pensais à elle jour et nuit"
On notera avec intérêt que la mise en scène réfléchie de l'érotisme, la confrontation avec le regard masculin du cinéma, a justement conduit à ce que Gilda, comme aucun autre film avec Hayworth, donne des ailes à l'imagination du public masculin. Le constat désabusé de Rita Hayworth nous donne à comprendre que tous les hommes de sa vie étaient d'abord amoureux de Gilda, la « déesse de l'amour» du 7e art : « Les hommes vont au lit avec Gilda et se réveillent le matin aux côtés de Rita.»
Jörn Hetebrügge
GILDA – Charles Vidor (1946) - "Je la détestais, donc je pensais à elle jour et nuit"

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