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PICNIC – Joshua Logan (1955)

Publié le par Laurent Bigot

Kim Novak – William Holden – Betty Field – Susan Strasberg – Cliff Robertson – Arthur O’Connell – Verna Felton

Kim Novak – William Holden – Betty Field – Susan Strasberg – Cliff Robertson – Arthur O’Connell – Verna Felton

Découvrez, dans son intégralité, l'article dédié, par François Truffaut,  au film de Joshua Logan, lors de sa sortie en 1955, PICNIC
 
Dans une petite ville du Kansas débarque un beau matin William Holden, crasseux, bronzé et nonchalant. Contre un bon repas, il brûle les ordures chez une vieille dame qui, de surcroît, lui lave sa chemise. Entre temps, il a fait, torse nu la connaissance d'une jolie fille, Kim Novak, et de sa jeune sœur Susan Strasberg.
Chemise lavée, Holden peut enfin rendre visite à Cliff Robert son un ami de collège, fortuné et fiancé à Kim Novak.
Le lendemain a lieu un grand pique-nique traditionnel, nous dirions en France une kermesse, qui occupera tout le dimanche. Holden se montre particulièrement brillant, il danse comme un dieu, fait le boute-en-train et doit bientôt repousser les avances d'une institutrice Rosalind Russell - qui a trop bu de whisky. Comme il se dérobe, elle l'injurie et, dégoûté, il se sauve, rattrapé par Kim Novak dans les bras de qui il passera la nuit. Holden, s'étant battu avec Cliff Robertson et avec la police, s'enfuit sur un tram de marchandises après avoir supplié Kim Novak de venir le retrouver à Tulsa. Celle-ci, malgré les pleurs de sa mère, le rejoindra en autocar et la dernière image nous montre, vus d'hélicoptère le train de marchandises et l'autocar se rejoignant.
 
Je ne sais si, récompensée par le Prix Pulitzer, la pièce Picnic de William Inge, également auteur de « Come Back Little Sheba » et de « de Bus Stop », est géniale ou non mais le film qu'en ont tiré Daniel Taradash scénariste-dialoguiste et Josh Logan metteur en scène - après avoir été celui de la pièce à Broadway - n'est pas loin de l'être.
A travers cette tranche de vie, c'est un portrait de l'Amérique que brosse pour nous Josh Logan, sans méchanceté inutile et sans trop de sentimentalité, mais avec une lucidité un peu cruelle qui apparente son regard sur le monde à celui de Jean Renoir. Mais s'il est nécessaire de voir plusieurs fois « Elena et les hommes » avant d'en déceler toutes les beautés, il n'est rien dans Picnic qui ne soit perceptible lors d'une première vision. C'est la seule raison pour laquelle Picnic peut séduire davantage que le film de Renoir. S'il faut prolonger la comparaison, les deux films ont en commun d'être davantage que des histoires racontées en images, et de nous offrir de l'amour une vision à la fois plus vraie qu'à l'ordinaire à l'écran, charnelle et finalement désenchantée.
 
Dans Picnic, Josh Logan nous laisse choisir nos émotions, on peut rire ou pleurer des excentricités de ses personnages, chaque idée, pile et face, étant exprimée avec ce qu'elle contient de pathétique et de cocasse. Si Josh Logan était plus jeune, il aurait fait de Picnic un film à la fois plus cruel, plus généreux et aussi naïf, mais ses quarante-huit ans, sa corpulence, sa volubilité et sa franche santé lui font dominer son sujet et l'aborder avec une distance, à mon sens, salutaire.
En Josh Logan nous saluons un nouveau très grand metteur en scène dont Jacques Rivette dit qu'il est « Elia Kazan multiplié par Robert Aldrich » ce qui est d'une grande justesse car Picnic fait penser à « East of Eden » par la délicatesse du trait et à « Vera Cruz » par sa fulgurance. Josh Logan après Picnic - son premier film - et « Bus Stop » m'apparaît comme un cinéaste si doué pour le cinéma (direction d'acteurs, caméra, amélioration d'un scénario mise en valeur de chaque idée) qu'il ne saurait rater un film à moins de le vouloir. Voilà un pur metteur en scène, un homme dont on sait par ailleurs qu'il ne se laisse pas marcher sur les pieds puisqu'il quitta Hollywood aux environs de 1935 pendant le tournage de « History is made tonight » qui, s’il l’avait terminé, eût été son premier film comme metteur en scène.
 
Picnic, que pour ma part je préfère à Bus Stop, est d'une invention incessante et d'une verve de chaque image. Selon son bon plaisir Josh Logan n'hésite pas à nous faire rire au milieu d'une scène triste ou inversement, il nous mène littéralement par le bout du nez et la salle comblée se pâme d'aise. (1955)
 
"Les Films de ma vie" - François Truffaut - Edition : Flammarion (Champs Contre-Champs) - 1987
 
PICNIC – Joshua Logan (1955)

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