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ROBERT LE VIGAN

Publié le par Laurent Bigot

ROBERT LE VIGAN
ROBERT LE VIGAN est un acteur français, né Robert Coquillaud, émigré en Espagne, puis en Argentine, après avoir suivi en Allemagne, à Sigmaringen, les dignitaires pétainistes en fuite devant la Libération de la France, à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il y avait chez Robert Le Vigan cette étincelle de folie qui se confond aisément avec le génie et qui en fit l'un des acteurs français les plus extraordinaires des années 30 et 40. 
ROBERT LE VIGAN
Né en 1900, il est mort en Argentine le 13 octobre 1972. II jouait au théâtre avec succès depuis quelques années quand, en 1931. Julien Duvivier lui donna un court rôle dans Les cinq gentlemen maudits. Dès lors, l'acteur abandonna toute activité théâtrale pour ne plus faire que du cinéma, bien que son existence matérielle fût alors précaire. Il ne pouvait guère prétendre aux premiers rôles, à une époque où le prototype du «jeune premier» s'appelait Henry Garat. Le Vigan avait un visage mince et mobile, des yeux vifs, inquiets et petits, qui donnaient un sentiment de gêne au spectateur. Il était voué aux rôles inquiétants, aux emplois de traîtres «compliqués», et aux nuances psychologiques où se mêlait quelque démence. Il fut aussi un Christ étonnant dans le GOLGOTHA, de Julien Duvivier (1934, où Jean Gabin jouait Ponce Pilate), ainsi qu'un tortueux légionnaire dans LA BANDERA, du même Duvivier (1935) qui d'ailleurs fera appel à Le Vigan pour presque tous les films qu'il dirigea entre 1931 et 1939, jusqu'à LA CHARRETTE FANTOME.
ROBERT LE VIGAN
Sa voix un peu molle, un peu caverneuse (mais sa diction était impeccable) ajoutait à l'insolite d'un personnage qui savait cependant s'adapter merveilleusement à tous les rôles qu'on lui confiait.
Parmi les films où il apparut, on retient surtout, outre ceux déjà cités : LE PETIT ROI (J. Duvivier, 1933, avec Robert Lynen); MARIA CHAPDELAINE (J. Duvivier, 1933, avec J. Gabin, J.-P. Aumont et Madeleine Renaud) ; MADAME BOVARY (J. Renoir, 1934, avec Valentine Tessier) ; LES MUTINÉS DE L'ELSENEUR (P. Chenal, 1935) ; LA BANDERA (J. Duvivier, 1935, J. Gabin, Annabella) ;PEPE LE MOKO (J. Duvivier, 1936, avec J. Gabin ): LES BAS-FONDS (J. Renoir, 1936, où il était éblouissant dans le personnage de l'acteur) ; REGAIN (M. Pagnol, 1937) ; LES DISPARUS DE SAINT-AGIL (Christian-Jaque, 1938); QUAI DES BRUMES (1938 ; il incarnait le peintre obsédé par l'idée de représenter non pas les choses elles-mêmes, mais «ce qu'il y a derrière les choses» et qui se suicidait en laissant ses effets et ses papiers au déserteur incarné par Gabin); ERNEST LE REBELLE (Christian-Jaque, 1938, le rôle d'un truculent et cruel général latino-américain); LE DERNIER TOURNANT (P. Chenal, 1939) ; LE PARADIS PERDU (A. Gance, (939) ; L'ASSASSINAT DU PERE NOEL (Christian-Jaque, (1941) ; et enfin GOUPIL MAINS-ROUGES de Jacques Becker, où il interprétait le rôle de Goupi-Tonkin, ancien colonial habité par la fièvre et la folie. 
ROBERT LE VIGAN
Cette folie, Robert Le Vigan la partageait quelque peu avec ses personnages. Elle prit la forme d'un délire de la persécution en 1944. Il jouait alors à Nice, où la production s'était installée, le rôle de «Chand d'habits» dans LES ENFANTS DU PARADIS, de Marcel Carné (une seule scène avait été tournée, et aux dires du réalisateur, Le Vigan y était extraordinaire), quand il fut saisi de panique à l'annonce du débarquement allié, et disparut. Il est vrai qu'il s'était passablement compromis dans la collaboration avec les Allemands. Rejoignant à Paris son ami l'écrivain Louis-Ferdinand Céline, ils prophétisèrent tous deux l'Apocalypse et se retrouvèrent à Sigmarigen, vitupérant à la fois les Allemands, les Alliés, les Russes et annonçant le suprême châtiment qui devait prendre la forme d'un déferlement des masses asiatiques sur l'Europe (les Chinois en particulier hantaient beaucoup leur délire). Si Céline passa les années suivantes au Danemark, Le Vigan réussit après un long temps à passer en Espagne, où il vécut misérablement. En 1950, il y a tourné deux films totalement dénués d'intérêt : LEY DEL MAR, de Miguel Iglesias, et EL CORREO DEL REY de Ricardo Gascon. Se jugeant encore peu en sécurité dans ce pays il est parti pour l'Argentine en 1951. La même année, il paraît sur les écrans argentins dans un film de dernier ordre intitulé L'ORQUIDEA (L'Orchidée). Depuis, on perd pratiquement sa trace. Il semble qu'il soit apparu encore dans quelques rôles de plus en plus épisodiques, dans des films sans notoriété jusqu'à sa mort. 
ROBERT LE VIGAN

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fanny 30/12/2016 14:01

Bonjour,

Je viens de revoir "un américain à Paris" ! Or, dans le film, alors que Gene Kelly et Guetary discutent dans un bar, un homme passe devant eux et dit deux ou trois mots incompréhensibles. Cet homme porte un bérêt sur la tête et c'est le sosie de Robert le Vigan (le sosie et la voix !!). Avez-vous une idée sur ce point ?
Bravo pour votre site !

Clemy 28/05/2016 18:06

Bonjour, je salue votre travail et j'aimerais savoir quelles sont les sources que vous avez utilisées pour rédiger cet article.
Bonne continuation.

Laurent Bigot 01/06/2016 20:00

Bonjour, merci pour votre encouragement. Pour cet article, j'ai utilisé principalement "L’encyclopédie du cinéma" de Roger Boussinot (Ed. Bordas 1980). Je suis à moitié satisfait du résultat, surtout que depuis je me suis procuré l'ouvrage de Claude Beylie : "Robert Le Vigan - Désordre et Génie". Donc, à refaire... Bonne soirée. Laurent