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9 - AN AMERICAN IN PARIS (Un américain à Paris) – Vincente Minnelli (1951)

Publié le par Laurent Bigot

9 - AN AMERICAN IN PARIS (Un américain à Paris) – Vincente Minnelli (1951)

Le fameux ballet ! Arthur Freed doit se battre avec les dirigeants de la Metro pour obtenir une rallonge plus que conséquente, de l'ordre du demi-million de dollars, ce qui ne s'était encore jamais vu. La conception proprement dite du ballet sera l'œuvre de Minnelli, Kelly et d'une nouvelle venue dans l'affaire, mais toujours une fidèle de Minnelli, Irene Sharaff. La préparation est si longue que Minnelli trouve le temps de diriger la suite à succès de Father of The Bride, Father's Little Oividend. Il y retrouve son chef opérateur, le grand John Alton, qui travaille si vite, si bien et avec si peu de lumière qu'il l'impose pour le ballet (il regrettera de ne pas l'avoir eu pour la totalité du film). Pendant l'absence de Minnelli, Kelly règle et filme les numéros de Leslie Caron, sur des costumes de Sharaff, et selon la conception visuelle très précise de Minnelli. Le trio Sharaff-Minnelli-Kelly passe des journées entières, enfermé. Sharaff dessine plus de 500 costumes. Un énorme travail de re-création est fait à partir des tableaux de Dufy, Renoir, Utrillo, Rousseau, Van Gogh et Toulouse-Lautrec. Le tournage commence le 6 décembre pour se terminer le 2 janvier 1951. Il en coûte à la Metro, 542 000 dollars supplémentaires, le film entier atteignant la jolie somme de 2 723 903 dollars (le coût moyen d'un "musical", quand un autre que Minnelli le réalisait, était de l'ordre de 1 400 000 dollars). La Metro ne devait pas regretter son investissement : An American in Paris rapportera plus de 8 millions. 

9 - AN AMERICAN IN PARIS (Un américain à Paris) – Vincente Minnelli (1951)

Sans son ballet, il est évident que l'accueil fait au film aurait été différent, qu'il n'aurait pas bénéficié de cette "aura" exceptionnelle. Sans son ballet, An American in Paris n'aurait pas dépassé le niveau artistique d'une comédie musicale très ordinaire, d'un film réalisé, par exemple, par Gene Kelly sans l'aide de Donen, ou par Charles Walters en petite forme. Des scènes entières nous semblent aujourd'hui fort peu "minnelliennes" : la danse de Kelly avec la vieille dame et Guétary ("By Strauss"), ou son numéro avec les enfants (I Got Rhythm") ont une gentillesse, mais aussi une platitude et une convention qui nous semblent appartenir bien davantage à l'univers de Kelly qu'à celui du cinéaste de Yolanda et du Pirate. Minnelli en était vraisemblablement conscient. En 1964, il nous avouait que les tableaux peints par Kelly étaient "très ordinaires, mais il n'était pas dans nos intentions de faire penser que Jerry Mulligan était un peintre de talent." 

9 - AN AMERICAN IN PARIS (Un américain à Paris) – Vincente Minnelli (1951)

Reste le prodigieux ballet final, d'une grande étrangeté : à un film dans son ensemble, débonnaire et gentillet, succède soudain un véritable feu d'artifice d'images. Une rose rouge suffit à Minnelli pour nous faire entrer dans son univers onirique. Mais la surprise est l'étrange mélancolie dans laquelle baigne le rêve de Jerry Mulligan. La femme aimée ne cesse de disparaître aux yeux de celui qui l'aime. Le Paris des peintres éclate de couleurs et la musique de Gershwin, soigneusement réorchestrée, nous emporte dans un rythme irrésistible. Il ne reste pourtant plus qu'un homme seul, une rose à la main. Un happy end inespéré (un soudain accès de générosité d'Henri Baurel-Georges Guétary, le fiancé de Leslie Caron) permet à la danseuse de rejoindre le peintre. On ne nous empêchera pas de penser que la véritable conclusion du ballet était beaucoup moins optimiste. Mais il s'agit d'un tout autre film. 

9 - AN AMERICAN IN PARIS (Un américain à Paris) – Vincente Minnelli (1951)

Le film devient dès lors une symphonie de couleurs qui permet à Minnelli de rendre hommage à Dufy (la place de la Concorde) ct à Renoir (le marché aux fleurs), à Utrillo (les rues de Montmartre) et au douanier Rousseau (le jardin des Plantes), à Van Gogh (l'Opéra) et à Toulouse-Lautrec, avant de revenir à Dufy. Les ors de la séquence de l'Opéra s'opposent au style plus dessiné de la danse de Kelly dans l'imitation de Chocolat et la place de la Concorde revue par Minnelli en hommage à Dufy est un lieu cosmopolite où se croisent des races diverses et, où le héros est menacé par des furies en train de danser. Jamais encore un ballet n'est apparu aussi artistique et aussi intelligent que celui-ci, tourné en quatre semaines pour un peu plus d'un million de dollars. Alors que le reste du film souffre d'influences contradictoires, le ballet final marque une parfaite osmose entre le goût pour le rêve de Minnelli et la volonté de Kelly d'imposer sa propre marque. Leslie Caron lui donne d'ailleurs parfaitement la réplique, incarnant au cours de cette fuite à travers Paris le symbole d'un amour - presque - perdu. Bien que tourné en studio, le film témoigne aussi de la passion de Minnelli pour Paris où se situeront plus tard deux de ses plus beaux films, Gigi et Les Quatre Cavaliers de l'Apocalypse.

9 - AN AMERICAN IN PARIS (Un américain à Paris) – Vincente Minnelli (1951)

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