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CALL NORTHSIDE 777 (Appeler Nord 777) – Henry Hathaway (1948)

Publié le par Laurent Bigot

CALL NORTHSIDE 777 (Appeler Nord 777) – Henry Hathaway (1948)
LE FILM NOIR DOCUMENTAIRE
Dans sa critique de T-Men, 1948 (La brigade du suicide), Variety évoque l'utilisation de la technique «March of Time». Cela confirme l'impact du style de The March of Time, programme d'actualités diffusé d'abord à la radio, puis dans les cinémas, du début des années 1930 jusqu'à l'après-guerre. Produit par les frères Louis et Richard de Rochemont en association avec le magazine TIME, ce programme de vingt minutes combine des images d'actualité, des interviews et quelques reconstitutions, méthode encore employée de nos jours par la téléréalité. Louis de Rochemont finit par passer à la production de longs métrages pour la 20th Century Fox. Bien qu'il n'ait produit que quelques films noirs – à commencer par The House on 92nd Street, 1945 (La Maison de la 9e rue) et Boomerang ! 1947 -, le style documentaire appliqué à des enquêtes criminelles se propage rapidement à d’autres productions de la Fox, telles que Call Northside 777, 1948 (Appelez nord 777) et The Street with No Name, 1948 (La Dernière Rafale), puis à d’autres studios. Le film policier domine la production de l'âge d'or du film noir pendant une période relativement brève, avant de se convertir à la télévision. L’un des meilleurs  est peut-être The Naked City, 1948 (La Cité sans voiles) de Mark Hellinger et Jules Dassin. Comme La Brigade du suicide, ce film est basé sur des faits réels choisis parmi les « huit millions d'histoires » que compte New York et s'inspire notamment du photojournalisme cru d’Artur Fellig, alias « Weegee ». La collaboration suivante entre Mann (non crédité) et AIton, intitulée He Walked by Night, 1948 (Il marche dans la nuit), débute par une brève récapitulation des méthodes de la police de Los Angeles, dans le style de La Cité sans voiles. Trois ans plus tard, l'un des principaux acteurs du film, Jack Webb, crée la plus célèbre des séries consacrées au quotidien d’un policier, Badge 714  ou  Coup de filet (Dragnet) dont sera tiré en 1954 un long métrage éponyme, l'un des tout derniers policiers de l'âge d'or du film noir. (Burkhard Röwekamp)
 
CALL NORTHSIDE 777 (Appeler Nord 777) – Henry Hathaway (1948)
L'usine à rêves d'Hollywood ne sait pas seulement adapter pour le grand écran des contes glamour pour adultes, elle sait aussi décrire ce qui se passe en marge de la société, preuve de la faculté d'adaptation des plus grands studios cinématographiques du monde. Appelez Nord 771 appartient à ces drames sociaux qui racontent des histoires de laissés-pour-compte. Son réalisme social minimaliste fascine par sa complexité inhabituelle: à côté d'emprunts aux films de gangsters, de détectives, de tribunaux et de reporters, des stratégies quasi documentaires veillent à l’authenticité et à la crédibilité du récit. Les sites de tournage ont été soignesement sélectionnés, les milieux sont décrits avec une grande justesse et adaptés à un cadre historique qui souligne l'intégrité de l'ensemble. Au début film, l'annonce rappelant que l’histoire repose sur des faits réels est on ne peut plus crédible.

 

CALL NORTHSIDE 777 (Appeler Nord 777) – Henry Hathaway (1948)
À Chicago, pendant la prohibition, deux immigrés polonais, Frank Wiecek (Richard Conte) et Tomek Zaleska (George Tyne), sont condamnés à la prison à perpétuité pour le meurtre d'un agent de police, bien que les circonstances du drame ne soient pas claires. Onze années passent avant qu'un journaliste du Chicago Times ne s'intéresse à leur sort et se batte pour la réhabilitation des deux hommes. Mais le chemin va être long et parsemé d'embûches, car rien ne s'obtient facilement à Chicago - encore moins la vérité et la justice. Il semble que cette ville n'abrite que des flics corrompus et des juges indifférents, des petits truands égoïstes et des ouvriers désespérés ; puis arrive un reporter du nom de McNeal (James Stewart), un homme arrogant qui, face à cette catastrophe humaine, va découvrir la compassion à l’image de conversion de Saül sur le chemin de Damas.
CALL NORTHSIDE 777 (Appeler Nord 777) – Henry Hathaway (1948)

Dans la mise en scène de la ville, les existences tortueuses de ses habitants deviennent une métaphore visuelle. La caméra expressive et naturaliste de Joseph MacDonald joue avec l'ombre et la lumière, les contrastes abrupts, les compositions verticales, les structures en grille et en treillis et les vues en plongée, pour générer avec brio une sensation oppressante et claustrophobe. Et au milieu de tous ces gratte-ciel à l'air menaçant, de ces couloirs qui semblent ne jamais vouloir finir, de ces arrière-cours obscures et de ces pauvres intérieurs, Tillie Wiecek (Kasia Orzazewski) se bat en femme droite et sûre d'elle pour que justice soit faite à son fils, Frank.

Depuis des années, elle met de côté chaque cent péniblement gagné pour prouver l'innocence de son fils. Lorsque McNeal lui rend visite après avoir lu une annonce promettant une récompense à quiconque fournira des informations sur le véritable meurtrier de l’agent de police, l’horrible détresse de cette mère émeut le spectateur. Et son fils Frank n’est pas mieux loti : depuis longtemps résigné à son sort, il a convaincu sa femme de divorcer pour lui rendre la vie plus facile, à elle et à son fils.

 

CALL NORTHSIDE 777 (Appeler Nord 777) – Henry Hathaway (1948)
CALL NORTHSIDE 777 (Appeler Nord 777) – Henry Hathaway (1948)
Bien que le journal cherche inflexiblement à faire éclater la vérité sur  a sur l'affaire Wiecek, les efforts de McNeaI pour élucider l’affaire sont sans cesse battus en brèche. Là où vérité et justice doivent se plier à des intérêts individuels égoïstes au mépris des valeurs de la vie en société, il ne reste plus qu'à se fier à une technologie quasi fétichiste : place aux détecteurs de mensonge et aux instruments photographiques pour établir la vérité. Et si l'espoir reste vivace à la fin de ce remarquable film, c'est en grande partie  à ce genre d’appareils.

 

CALL NORTHSIDE 777 (Appeler Nord 777) – Henry Hathaway (1948)
CALL NORTHSIDE 777 (Appeler Nord 777) – Henry Hathaway (1948)
CALL NORTHSIDE 777 (Appeler Nord 777) – Henry Hathaway (1948)
CALL NORTHSIDE 777 (Appeler Nord 777) – Henry Hathaway (1948)
CALL NORTHSIDE 777 (Appeler Nord 777) – Henry Hathaway (1948)
CALL NORTHSIDE 777 (Appeler Nord 777) – Henry Hathaway (1948)

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