Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

DIAL M FOR MURDER (Le crime était presque parfait) – 1954 – Alfred Hitchcock

Publié le par Laurent Bigot

DIAL M FOR MURDER (Le crime était presque parfait) – 1954 – Alfred Hitchcock
Pour son quatrième film tourné avec la Warner Bros, Hitchcock s'attacha à une pièce de théâtre à succès et accepta de réaliser Le Crime était presque parfait en relief. Malgré les contraintes techniques que cela imposait, il signa une œuvre singulière, un huis clos riche de tous les éléments hitchcockiens : psychologie, intrigue amoureuse, humour et suspense. Le film fournit l'occasion de la première collaboration du maître avec Grace Kelly, qui dévoile ici tous ses talents.
DIAL M FOR MURDER (Le crime était presque parfait) – 1954 – Alfred Hitchcock
L’histoire :
Ancienne vedette de tennis, Tony Wendice a découvert que sa femme, Margot, avait un amant en la personne du romancier Mark Halliday. Il décide alors de la faire tuer et engage à cet effet un peu scrupuleux camarade de collège, Swann alias capitaine Lesgate, déjà compromis dans diverses escroqueries dont il a eu connaissance. Mais l'opération soigneusement montée par Tony ne se déroule pas comme prévu et c'est Swann qui trouve la mort, Margot étant parvenue en se défendant contre son agresseur à le poignarder avec une paire de ciseaux. Tony contribue alors à accuser Margot de ce qui serait le meurtre prémédité de Swann, lequel l'aurait fait chanter grâce à une lettre d'amour de Mark. Margot, reconnue coupable, est condamnée à mort. Mark demeure persuadé de l'innocence de la femme qu'il aime. La ténacité de l'inspecteur Hubbard, qui mène l'enquête, permettra de démasquer in extremis Tony, victime d'un détail qui lui avait échappé. 

Meurtre à la clé

Quand Tony Wendice, ancien joueur de tennis, décroche son téléphone, le sort de sa femme semble scellé. Mais le crime qu'il a mis au point depuis des années est-il si implacable qu'il le croit... ?
Comme tout réalisateur - et qui plus est comme tout réalisateur travaillant aux Etats-Unis -, Hitchcock dépendait fortement de ses producteurs. En 1953, il était lié depuis quatre ans à la Warner Bros. Pour ces studios, il avait déjà réalisé Le Grand Alibi, L'Inconnu du Nord-Express, La Loi du silence, et il était encore sous contrat pour un film. Le roman de David Duncan, The Bramble Bush, sur lequel il travaillait depuis un moment, ne le satisfaisait plus. Aussi Hitchcock choisit-il d'enchaîner, sans perdre de temps : « j'avais un contrat à la Warner Bros, et je travaillais sur un scénario intitulé Bramble Bush, c'était l'histoire d'un homme qui avait volé le passeport d'un autre sans savoir que le véritable propriétaire du passeport volé était recherché pour meurtre. J'al travaillé là-dessus pendant quelque temps et ça n'allait pas du tout. J'ai découvert que la Warner Bros avait acheté les droits d'une pièce qui était un succès à Broadway, Dial « M » for Murder, et immédiatement j'ai dit : "Je prends ça", car je savais que là-dessus je pouvais naviguer.»

 

DIAL M FOR MURDER (Le crime était presque parfait) – 1954 – Alfred Hitchcock
DIAL M FOR MURDER (Le crime était presque parfait) – 1954 – Alfred Hitchcock
Tony Wendice et sa femme Margot prennent leur petit déjeuner. L'amant de Margot, Mark Halliday, arrive des Etats-Unis. Margot refuse d'avouer leur liaison à son mari, bien qu'elle soit victime d'un chantage. Ils doivent aller au théâtre tous les trois, mais le mari se décommande et les laisse partir seuls. 
En quelques plans, Hitchcock définit la situation. Une paisible petite rue londonienne. Un bobby, en faction, ne peut que constater le calme du quartier. Chez eux, Tony et Margot s'apprêtent à déjeuner. Tony embrasse sa femme. C'est, pense-t-on, un mari aimant. Margot lit distraitement le journal jusqu'au moment où elle découvre l'annonce de l'arrivée de Mark Halliday. Elle regarde son mari par-dessus le journal et, quelques secondes plus tard. Hitchcock montre les deux amants en train de s'étreindre. Tout est en place pour le drame. 

 

DIAL M FOR MURDER (Le crime était presque parfait) – 1954 – Alfred Hitchcock
DIAL M FOR MURDER (Le crime était presque parfait) – 1954 – Alfred Hitchcock
DIAL M FOR MURDER (Le crime était presque parfait) – 1954 – Alfred Hitchcock
DIAL M FOR MURDER (Le crime était presque parfait) – 1954 – Alfred Hitchcock
DIAL M FOR MURDER (Le crime était presque parfait) – 1954 – Alfred Hitchcock

Comme tout huis clos, le Crime était presque parfait risquait de pâtir du manque d'espace et de profondeur. Pour ne pas réaliser une œuvre étouffante, Hitchcock disposa avec intelligence la pièce et multiplia les cadrages audacieux. La présence de lampes, en multipliant les sources d'éclairage, donnait plus de mouvement à l'image. De même, les personnages sont filmés avec des objets au premier plan afin d'animer la composition; cette mise en scène valorisait le tournage en trois dimensions. 

 

DIAL M FOR MURDER (Le crime était presque parfait) – 1954 – Alfred Hitchcock
DIAL M FOR MURDER (Le crime était presque parfait) – 1954 – Alfred Hitchcock

Hitchcock pensa un moment confier les deux rôles principaux du Crime était presque parfait à Cary Grant et Olivia de Havilland. Les studios refusèrent. Le réalisateur fit donc appel à une jeune actrice qui n'avait tourné que trois films jusque-là : Grace Kelly (1919- 1982). Excellente dans le film, Kelly allait devenir l'actrice la plus régulière d'Hitchcock, avec Ingrid Bergman. 

Avec ses allures de séducteur, Ray Milland (1907-1986) remplaçait parfaitement Grant en méchant plein de channe. Les rôles secondaires furent confiés à des acteurs qu'Hitchcock connaissait bien. Robert Cummings (1908-1990) avait tenu le rôle principal dans La Cinquième colonne (1942). Quant à l'extraordinaire inspecteur Hubbard, il était incarné par l'acteur auquel Hitchcock confia le plus grand nombre de rôles, devançant même Grant et Stewart si on compte ses participations aux séries télévisées du réalisateur : John Williams (1903- 1983), déjà apparu dans Le Procès Paradine (1947) et qui allait jouer dans La Main au collet (1955), signait là son plus grand rôle.

 

DIAL M FOR MURDER (Le crime était presque parfait) – 1954 – Alfred Hitchcock
DIAL M FOR MURDER (Le crime était presque parfait) – 1954 – Alfred Hitchcock
DIAL M FOR MURDER (Le crime était presque parfait) – 1954 – Alfred Hitchcock
Resté seul, Tony contacte un certain Lesgate à qui il donne rendez-vous chez lui, prétextant une blessure au genou. On découvre qu'il connaît tout du passé de l'homme qui s'appelle Swann. Il lui apprend la liaison de sa femme et lui explique qu'il est à l'origine du chantage qu'elle subit.
Tony veut convaincre Swann de tuer sa femme. Le meurtre est prévu pour le lendemain : Swann doit s'introduire chez les Wendice en l'absence de Tony et tuer sa femme au moment où ce dernier l'appellera au téléphone. Swann finit par accepter et empoche un acompte. 
Hitchcock contrôle l'art de la mise en scène à la perfection. Pour accentuer l'effet produit. Lorsque Tony annonce qu'il a renoncé à tuer sa femme quand il a vu Swann, Hitchcock demande simplement à son acteur de vider sa pipe dans un cendrier situé derrière son canapé. Lorsque la phrase tombe, Swann se retourne, interloqué. Le mouvement souligne l'inquiétude qui l'envahit. Anthony Dawson fait brillamment évoluer son personnage, d'abord cordial et sympathique, et se révélant, au terme de la scène, angoissé et brutal

L’aspect « théâtre filmé », parfois insupportable, trouve au contraire ici une brillante justification. Hitchcock en profite pour s'attacher aux costumes et aux couleurs, que l'utilisation du relief oblige à être plus soutenues. « Pour la couleur. déclarait-il, il y avait une recherche intéressante concernant l'habillement de Grace Kelly. Je l'ai habillée de couleurs vives et gaies au début du film et ses robes sont devenues de plus en plus foncées au fur et à mesure que l'intrigue devenait plus "sombre'". 

 

DIAL M FOR MURDER (Le crime était presque parfait) – 1954 – Alfred Hitchcock
DIAL M FOR MURDER (Le crime était presque parfait) – 1954 – Alfred Hitchcock
DIAL M FOR MURDER (Le crime était presque parfait) – 1954 – Alfred Hitchcock
DIAL M FOR MURDER (Le crime était presque parfait) – 1954 – Alfred Hitchcock
DIAL M FOR MURDER (Le crime était presque parfait) – 1954 – Alfred Hitchcock
Il était difficile à Hitchcock d'apparaître dans un huis clos, mais pas impossible : il l'avait déjà montré dans Lifeboat et La Corde. En s'immisçant dans la photographie où sont réunis Tony et Swann, Hitchcock se range du côté de ceux qui dirigent le déroulement des événements. Il est lié au complot meurtrier de Tony Wendice par un passé commun.

Il était difficile à Hitchcock d'apparaître dans un huis clos, mais pas impossible : il l'avait déjà montré dans Lifeboat et La Corde. En s'immisçant dans la photographie où sont réunis Tony et Swann, Hitchcock se range du côté de ceux qui dirigent le déroulement des événements. Il est lié au complot meurtrier de Tony Wendice par un passé commun.

DIAL M FOR MURDER (Le crime était presque parfait) – 1954 – Alfred Hitchcock
DIAL M FOR MURDER (Le crime était presque parfait) – 1954 – Alfred Hitchcock
DIAL M FOR MURDER (Le crime était presque parfait) – 1954 – Alfred Hitchcock

Ce diable d'Hitchcock

Si Hitchcock se montra effectivement capable de « naviguer» avec beaucoup de facilité dans l'histoire de Frederic Knott, l'auteur du Crime était presque parfait, ce ne fut pas sans avoir à éviter quelques icebergs, à commencer par le procédé de tournage en trois dimensions (3D). L'idée venait de - et fut imposée par - la Warner. Comme tous les grands studios américains, la Warner devait faire face en ce début des années 1950 au terrible défi que représentait le développement de la télévision. Hollywood était en crise. Grace Kelly en témoigna : « C'était en 1953, et voilà que la Warner Brothers ferme ses studios pendant cinq mois : c'était la première panique due à la télévision, ses effets ont frappé Hitchcock à cette époque. Notre film a été le premier tourné après Cinq mois d'interruption, » Le danger du petit écran imposait une réaction vigoureuse, notamment en multipliant ou en développant l'attrait des films projetés en salle. Alors vint Bwana : en 1952, le premier film en relief draina des foules immenses. Le sujet de Bwana le diable, d'Arch Oboler, était Idéal pour lancer le procédé : au Kenya, en 1898, un couple de lions met en péril la vie d'un groupe d'ouvriers construisant le chemin de fer : Le slogan publicitaire parlait de lui-même: « Un lion sur vos genoux! » Le film remporta un succès phénoménal. Les salles de cinéma ressemblaient à des rendez-vous d'artistes, chaque spectateur portant l'obligatoire paire de lunettes à monture en carton et verres contrastés, l'un rouge et l'autre vert. La Warner s'intéressait au nouveau procédé et misa gros sur la 3D. Hitchcock dut s'y plier. Non sans un certain plaisir sans doute car, malgré quelques plaintes sur les restrictions qu’imposait le tournage en 3D, le réalisateur était féru d'innovation et d'expérience. Et il montra que, même avec de telles contraintes, il savait rester le maître et imposer sa patte…

Avant même d'être adapté par le réalisateur, Le Crime était presque parfait était « un Hitchcock », pour reprendre l'expression de l'intéressé, L'imbrication de la scène conjugale et de la tentative de meurtre, la fausse coupable accusée par la société pour ses mœurs plus que pour sa véritable culpabilité, tout cela formait le matériau idéal pour un film d'Hitchcock. Plus cinéaste que dialoguiste, le réalisateur fit appel à l'auteur, Frederic Knott, pour peaufiner le scénario en fonction des Impératifs du tournage, lequel se déroula en très peu de temps. Trente-six jours suffirent pour mettre en boîte toute la pellicule du Crime était presque parfait! Le format, un huis clos, et donc l'utilisation d'un seul décor, facilita une telle rapidité. La majeure partie du temps de tournage, qui s'échelonna entre le 30 juillet et le 25 septembre 1953, fut d'ailleurs consacrée au maniement de l'énorme machine - une caméra! - permettant de réaliser un film en relief. 

 

Tony emmène Mark à son club. Il parvient à convaincre sa femme de rester à la maison, et subtilise sa clé pour la placer sous le tapis de l'escalier, où doit la trouver le meurtrier. À l'heure dite, Swann s'introduit dans l'appartement et attend le signal du coup de téléphone. Tony, en retard, appelle sa femme, qui va répondre. Swann tente de l'étrangler. Mais Margot attrape des ciseaux, avec lesquels elle le blesse mortellement. 
 
La scène du meurtre compta parmi les plus longues à tourner. Hitchcock tint à multiplier les prises de vue sous tous les angles possibles pour se permettre une certaine liberté lors du montage, mais également parce que la partie finale allait comporter de nombreux plans rapidement enchaînés. La musique de Tiomkin suit le rythme de l'image et atteint son paroxysme au moment où Margot tue son bourreau. Une fois de plus, le meurtre est largement teinté d'érotisme : le déshabillé de Margot, la position des corps, certains plans évocateurs, autant d'éléments allusifs à connotation sexuelle. La joute mortelle pourrait tout aussi bien être une joute amoureuse, et ce n'est pas un hasard si la scène évoque le viol de Frenzy. Hitchcock joue avec l'identification de son public, en nous plaçant d'abord du point de vue de Swann, puis de celui de Margot. La scène elle-même est précédée par le retard de Tony et l'attente de Swann qui en accentue le suspense. 
 
L'appareil de prise de vue nécessaire pour filmer en relief était encombrant et peu maniable. En conséquence, Hitchcock dut renoncer à certains plans. Pour d'autres, il s'adapta: ainsi, le gros plan du doigt composant le numéro de téléphone nécessitait un trucage, la caméra ne pouvant s'approcher assez près. Le réalisateur fit construire un cadran de téléphone et un doigt énorme pour obtenir l'effet souhaité. Il avait déjà eu recours à un tel procédé en 1945, dans La Maison du docteur Edwardes, quand Murchison menace Constance avec un pistolet agrandi.
Au moment où Tony Wendice parvient enfin à atteindre le téléphone pour faire retentir la sonnerie fatale, Hitchcock nous montre l'acheminement mécanique de l'appel. Comme le soulignera Donald Spoto, « c'est un bon exemple de "temps filmé" allongeant de quelques secondes un "temps réel" pour mieux souligner son importance et faire monter la tension qu'entraîne ce retard. »
Le coup de téléphone se faisant attendre, Swann quitte sa cachette et gagne la porte pour s'en aller. Au moment où il s'apprête à la franchir, la sonnerie retentit. On le voit alors hésitant sur ce qu'il doit faire. Le plan s'arrête là. On passe ensuite dans la chambre de Margot. Lorsqu'elle se lève pour aller répondre, on ignore si Swann est parti ou non. 
 
La caméra est installée dans une fosse afin d'augmenter la notion de relief, et cette inhabituelle position accentue le malaise du spectateur qui comprend instinctivement que quelque chose d'anormal est en train de se préparer. Cette sensation est perceptible même lorsque le film est présenté « en plat », ce qui a été le cas la plupart du temps. En dehors de quelques objets situés au premier plan (des bouteilles) ou en amorce - ce qui est d'habitude la signature des films tournés en relief - ce dernier n'est réellement utilisé que dans la scène du meurtre, lorsque la main de Margot se tend derrière elle - c'est-à-dire vers le spectateur - et saisit la paire de ciseaux qui va lui servir à tuer son agresseur, Hitchcock signe au passage l'un de ses plans les plus audacieux en montrant Margot en train d'être étranglée et dont les pieds nus se tendent et se débattent comme sous l’effet d'un orgasme.
DIAL M FOR MURDER (Le crime était presque parfait) – 1954 – Alfred Hitchcock
DIAL M FOR MURDER (Le crime était presque parfait) – 1954 – Alfred Hitchcock
DIAL M FOR MURDER (Le crime était presque parfait) – 1954 – Alfred Hitchcock

Un film en 3D

Le cinéma conventionnel nous offre une image plate, qui ne sort pas de la surface de l'écran. À l'inverse, le cinéma en relief, le procédé « 3D » (pour Trois Dimensions) vise à nous donner l'impression que l'image n'est pas confinée dans le plan de l'écran, et que ses éléments peuvent être perçus comme se situant devant ou derrière l'écran. La 3D constitue ainsi un pas supplémentaire dans l'illusion de la réalité. Comme tous les procédés cinématographiques, l'origine du relief est ancienne, son développement seul ayant été tardif. Les hommes et les femmes qui travaillaient sur les techniques cinématographiques n'ignoraient pas que l'impression de profondeur provient en partie de la vision binoculaire. Fermez un œil et vous voyez « plat ». C'est parce qu'elle nous offre deux points de vue sur les objets observés que notre vision fait naître la profondeur. D'où l'idée, très simple, de recréer cette vision en filmant deux images distinctes, enregistrées par deux objectifs d'écartement égal à celui des yeux humains, qui est, en moyenne, de 65 millimètres. La stéréoscopie était née. Encore fallait-il pouvoir visionner une telle image. Pour que l'effet souhaité se révèle à la projection, il fallait que l'œil droit et l'œil gauche reçoivent chacun uniquement l'image qui lui était destinée. La première solution consista à utiliser une visionneuse binoculaire ... donc pas d'écran et pas, à proprement parler, de cinéma ! Ce n'est que lorsque les filtres polarisants furent mis au point, durant l’entre-deux guerres, qu'on put espérer diffuser en salle des films en relief. Le procédé, qui ne sera réellement commercialisé que dans les années 1950, reposait sur la projection de deux images, une droite et une gauche, à travers deux filtres polarisants d'orientations perpendiculaires. L'écran métallisé permettait de conserver la polarisation. Le spectateur observait alors l'écran à travers deux filtres polarisants de même orientation que les filtres de projection (les fameuses lunettes) et chaque œil percevait ainsi uniquement l'image qui lui était destinée. Un léger décalage entre les deux images - par ailleurs rigoureusement identiques - faisait naître l'impression de relief.

 

DIAL M FOR MURDER (Le crime était presque parfait) – 1954 – Alfred Hitchcock
DIAL M FOR MURDER (Le crime était presque parfait) – 1954 – Alfred Hitchcock
DIAL M FOR MURDER (Le crime était presque parfait) – 1954 – Alfred Hitchcock
L'obligation d'utiliser des lunettes bicolores (aux verres rouge et vert, ou rouge et bleu) fut une des raisons de l'échec rapide du relief : l'instrument provoquait d'affreux maux de tête !

L'obligation d'utiliser des lunettes bicolores (aux verres rouge et vert, ou rouge et bleu) fut une des raisons de l'échec rapide du relief : l'instrument provoquait d'affreux maux de tête !

La diffusion en 3D nécessitait l'utilisation simultanée de deux projecteurs. L'enchaînement des bobines était impossible sans pause, ce qui explique la présence d'un entracte dans le film.

La diffusion en 3D nécessitait l'utilisation simultanée de deux projecteurs. L'enchaînement des bobines était impossible sans pause, ce qui explique la présence d'un entracte dans le film.

À son retour, Tony dit à sa femme d'aller se coucher et accueille les policiers. Avant leur arrivée, il fait disparaître les indices : il détruit le bas qui a servi à Swann et le remplace par un bas de Margot, récupère la clé sur le mort et la replace dans le sac de sa femme, glisse la lettre de Mark dans la poche de Swann. Il aide ensuite la police à découvrir les fausses preuves, tout en jouant le mari soucieux d'aider sa femme.

Le lendemain, l’inspecteur Hubbard rend visite aux Wendice. Il questionne Margot. Feignant de la défendre, Tony le guide vers des éléments accusant sa femme. Il déclare avoir déjà vu Swann, le jour où Margot s'est fait voler son sac contenant la lettre à l'origine du chantage. Mais Margot affirme que rien n'a été pris dans son sac. À l'arrivée de Mark, l'inspecteur reconnaît l'auteur de la lettre retrouvée sur Swann.

L'inspecteur est au courant de la liaison de Mark avec Margot, qui doit reconnaître qu'elle était victime d'un chantage. L'inspecteur lui dicte ses droits. Le procès a lieu, Margot, reconnue coupable, est condamnée à mort. 

Hitchcock souhaitait coller à la pièce de théâtre dont il s'inspirait, et voulait conserver l'unité de temps et de lieu. Pour cela, il fallait que le procès soit le plus bref possible. Il choisit une mise en scène théâtrale où, en quelques minutes, Margot est accusée et condamnée. Le fond changeant de couleur était très réfléchi. Il répond à l'évolution, du plus clair au plus sombre, des robes que portait Grace Kelly. Là, le fond rouge se fait de plus en plus sanglant. Dans ce contexte, la robe du juge évoque une Inquisition d'un autre temps. 

 

DIAL M FOR MURDER (Le crime était presque parfait) – 1954 – Alfred Hitchcock
DIAL M FOR MURDER (Le crime était presque parfait) – 1954 – Alfred Hitchcock
DIAL M FOR MURDER (Le crime était presque parfait) – 1954 – Alfred Hitchcock
DIAL M FOR MURDER (Le crime était presque parfait) – 1954 – Alfred Hitchcock
Le crime était presque parfait marque la rencontre entre Hitchcock et Grace Kelly, celle qui sera, avec Ingrid Bergman, son actrice préférée, celle qui dirigera à nouveau dans La Main au collet et Fenêtre sur cour… A l’image des poupées gigognes qui s'emboîtent les unes dans les autres. Le film offre une superbe succession de mises en scène : Hitchcock met en scène le film, Tony met en scène sa rencontre avec Lesgate, puis ce que devra être le meurtre de Margot et, enfin lorsque la situation est brusquement inversée,  il met lui-même en scène les détails destines à faire accuser sa femme de ce qui serait an meurtre prémédité. L’inspecteur Hubbard réussit peu à peu à démonter ces différentes mises en scène et à prouver la culpabilité de ce séduisant criminel dont le charme n'est pas sans rappeler celui du héros de L’Ombre d’un doute

 

DIAL M FOR MURDER (Le crime était presque parfait) – 1954 – Alfred Hitchcock
DIAL M FOR MURDER (Le crime était presque parfait) – 1954 – Alfred Hitchcock
DIAL M FOR MURDER (Le crime était presque parfait) – 1954 – Alfred Hitchcock
« ln the mood for love»
Le tournage en relief imposait plusieurs contraintes, dont une utilisation particulière de la couleur, comme le rappela Grace Kelly : « Il fallait des couleurs plus vives. L’utilisation des lunettes enlevait de la force à la couleur, ce qui obligeait à l'accentuer. » Pourtant que l'on voit Le Crime était presque parfait en 3D ou en « plat », l'effet reste le même. Hitchcock, qui avait débuté comme décorateur, est un des utilisateurs les plus habiles de la couleur, et ce, dès les débuts du cinéma en couleur. 
Le film devait suivre une évolution bien particulière. Il démarrait sur un air de comédie et évoluait vers le drame. C'était là notamment un moyen de faire évoluer l'ambiance pour éviter l'ennui que pouvait provoquer le huis clos. Hitchcock en fit part dès le début du tournage à son actrice : « Il m'a parlé de l'ambiance - "the mood" - qu'il voulait faire passer dans le film. Comme on ne peut pas faire grand-chose dans deux pièces, il a insisté sur l'ambiance qui devenait de plus en plus oppressante, ce qu'il appelait "the diminution of mood"... Pour ma première scène, je suis habillée de rouge, puis les couleurs de mes robes sont de plus en plus sombres, c'est fait exprès. » 
La couleur joue un rôle crucial dans l'évolution de l'ambiance du film. Les couleurs vives du départ cèdent progressivement la place à une lumière terreuse, terne. Le même salon, qui semble si gai au début, a une allure triste et grise dans les dernières scènes. Hitchcock joue habilement avec l'éclairage : les multiples lampes à la lumière chaude du début s'éteignent peu à peu, les volets se ferment, l'ombre envahit la pièce. 
Quand le film fut terminé, Hitchcock buta sur un nouveau problème, Alexandre Korda, qui avait vendu les droits de la pièce, invoqua une clause du contrat pour en bloquer la distribution un certain temps après la fin de la pièce au théâtre. Résultat : quand le film sortit finalement, en mai 1954, le cinéma en relief était déjà moribond, Le procédé avait vécu, La mode de la 3D était morte, La Warner fit en sorte que le film puisse être diffusé aux États-Unis en relief ou en film plat. Les salles françaises, elles, ne le diffusèrent qu'en plat. Il fallut attendre la nouvelle sortie d'une version restaurée en 1980 pour que les spectateurs français puissent apprécier les effets de la 3D. Pourtant, le public ne s'y était pas trompé, dès 1954, le Crime était presque parfait fut salué pour ce qu'il était : un grand Hitchcock.
 

 

DIAL M FOR MURDER (Le crime était presque parfait) – 1954 – Alfred Hitchcock
DIAL M FOR MURDER (Le crime était presque parfait) – 1954 – Alfred Hitchcock
DIAL M FOR MURDER (Le crime était presque parfait) – 1954 – Alfred Hitchcock
Enorme ! 
L'appareil de prise de vue nécessaire pour filmer en relief était encombrant et peu maniable. En conséquence, Hitchcock dut renoncer à certains plans. Pour d'autres, il s'adapta : ainsi, le gros plan du doigt composant le numéro de téléphone nécessitait un trucage, la caméra ne pouvant s'approcher assez près. Le réalisateur fit construire un cadran de téléphone et un doigt énorme pour obtenir l'effet souhaité. Il avait déjà eu recours à un tel procédé en 1945, dans La Maison du docteur Edwardes, quand Murchison menace Constance avec un pistolet agrandi. 
 

 

Arrive l'inspecteur. Mark se cache dans la chambre pendant qu'Hubbard questionne Tony au sujet de fortes dépenses. Tony évoque des gains faits aux courses. Mark découvre la mallette que Tony soutient avoir perdue. Elle est pleine de billets. Mark appelle Hubbard, et accuse Tony de vivre sur l'argent destiné à payer Swann. Tony rétorque que c'est l'argent que sa femme voulait donner au maître chanteur. L'inspecteur subtilise l'imperméable et la clé de Tony et, après son départ, retourne dans l'appartement où le rejoint Mark. La police amène Margot qui, avec sa clé, ne parvient pas à ouvrir la porte de son appartement. 
L'inspecteur fait entrer Margot par la porte donnant sur le jardin. Il lui avoue qu'il croit son mari coupable d'avoir voulu la faire assassiner et raconte comment il a découvert que la clé du sac de Margot était celle de Swann, celle de l'appartement étant restée cachée sous le tapis de l'escalier. La venue de Margot devait prouver qu'elle n'avait pas caché elle-même la clé. Hubbard renvoie le sac au commissariat. De retour, Tony ne trouve pas sa propre clé, et comprend qu'il a l'imperméable de l'inspecteur. Il se rend au commissariat pour récupérer le sac de sa femme censé contenir la bonne clé. 
De retour du commissariat, Tony tente d'ouvrir la porte avec la clé de Swann. N'y parvenant pas, il repart, s'arrête dehors à la porte de l'immeuble, hésite, repart et finalement revient. Il a finalement compris de quelle clé il s'agit, et retourne alors prendre la bonne clé dans sa cachette sous le tapis de l'escalier, prouvant ainsi qu'il est l'auteur du complot. En entrant, il découvre que Mark, Margot et l'inspecteur l'attendent. Toujours très gentleman, il félicite Hubbard et propose un verre à l'assemblée ... 

 

DIAL M FOR MURDER (Le crime était presque parfait) – 1954 – Alfred Hitchcock
DIAL M FOR MURDER (Le crime était presque parfait) – 1954 – Alfred Hitchcock
DIAL M FOR MURDER (Le crime était presque parfait) – 1954 – Alfred Hitchcock
DIAL M FOR MURDER (Le crime était presque parfait) – 1954 – Alfred Hitchcock
DIAL M FOR MURDER (Le crime était presque parfait) – 1954 – Alfred Hitchcock

L'importance de certains éléments dans la narration hitchcockienne tient à la fréquence de leurs apparitions. Ainsi du téléphone, visible dans de nombreux plans du Crime était presque parfait Mais Hitchcock va plus loin, puisqu'il en fait un des acteurs principaux de l'intrigue. Après que Tony a fait reposer son projet de meurtre sur un appel téléphonique, c'est au tour de l'inspecteur d'utiliser l'appareil pour faire évoluer son enquête. Plus encore, Hubbard se sert des mêmes armes que Tony, puisque le téléphone sert à piéger Tony en organisant ses allers et retours à la recherche de la clé. 

Lorsqu'il montre la scène où Tony réfléchit à la cause de l'impossibilité d'ouvrir sa porte avec la clé, Hitchcock alterne des vues de Tony à l'extérieur et d'autres de l'intérieur, où Hubbard fait le récit de ce qu'il voit à Mark et Margot. Pourtant, un tel montage ne fait pas tomber le film dans la redondance, la répétition. Au contraire, le suspense en est amplifié. Le récit de l'inspecteur ne fait pas double emploi avec les vues de Tony, il les complète. Le suspense hitchcockien tient autant au « comment» une action se déroule qu'au fait de savoir si scène action va oui ou non avoir lieu. 

 

Commenter cet article