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5 - THE KILLERS (Les Tueurs) Robert Siodmak (1946), avec Burt Lancaster et Ava Gardner

Publié le par Laurent Bigot

5 - THE KILLERS (Les Tueurs) Robert Siodmak (1946), avec Burt Lancaster et Ava Gardner
Swede ne peut accepter son sort ; il méprise le poste de policier que lui offre Lubinsky (« tu gagnes en une année ce que je gagnais parfois en un mois»). Mrs Lubinsky, Lilly, l'ancienne fiancée de Swede, raconte en un quatrième flash-back la rencontre fatale de l'ex-boxeur avec Kitty (Ava), la maîtresse en titre d'un homme d'affaires véreux, «Big Jim» (Colfax (Albert Dekker), qui purge justement une peine de prison : ... sa bande a organisé une surprise-party dans un luxueux appartement. Quand Swede entre, Kitty est nonchalamment appuyée à un piano, un verre en main; une longue robe bustier de satin noir, les épaules couvertes de sa soyeuse chevelure noire, des gants noirs couvrant les avant-bras - toute l'apparence, d'un érotisme raffiné, la désigne comme instrument insondable de la fatalité et, plus encore, comme objet des projections idéalisantes, des craintes et des désirs masculins. Siodmak l'entoure d'un halo de rêve qui indique à quel point la créature vampire vit de l'imagination de ses victimes. Elle ignore Swede du regard - son arme principale - alors que Swede ne la quitte plus des yeux. Tandis qu'elle fredonne «The More I Know Of Love», une lampe aveuglante en forme de bougie, une sorte de symbole phallique enflammé, les sépare - créant une composition visuelle très évocative de la passion dévastatrice qui entraînera Swede dans la mort. 
5 - THE KILLERS (Les Tueurs) Robert Siodmak (1946), avec Burt Lancaster et Ava Gardner
Comment Siodmak trouva  la vamp qui causera la chute de Swede ? Plusieurs grandes vedettes briguent le rôle sans succès ; Walter Wanger a aperçu la starlette Ava Gardner, 21 ans, dans son tout premier film Whistle Stop (un petit budget produit par Seymour Nebenzal) et la recommande chaudement à Hellinger. Convoquée à Universal City après un long et frustrant apprentissage à la M.G.M., Ava est instantanément conquise par le dynamisme nerveux et l'enthousiasme d'un producteur qui enfin prend ses aspirations de comédienne au sérieux : «Mark m'a vue comme une actrice, non comme un objet sexuel». Siodmak dirige un bout d'essai avec Ava et Lancaster qui séduit les bonzes du studio et, moyennant une forte somme, Hellinger convainc Louis B. Mayer de lui prêter l'actrice pour cinq semaines. Alors commence un délicat et patient travail de transformation où perce toute l'intuition du cinéaste. Ayant saisi qu'Ava souffre terriblement d'insécurité et que ses talents de mime sont limités, il lui enseigne d'abord à transmettre son charisme particulier à la caméra, à exploiter au maximum ce que lui offre sa nature. Des heures durant, il lui apprend à moduler la voix (qu'elle a trop mince), à simuler la fourberie, l'indifférence calculée ou la peur par un regard, un mouvement subtil des paupières. «La caméra est un verre agrandissant» répète-t-il, «il faut exprimer ses émotions avec le plus d'économie possible». Chaque matin, il rassemble ses comédiens autour de lui et leur communique son entrain, son assiduité féroce au travail. «Nous étions tous nouveaux - Burt, Ava et moi» racontera Edmond O'Brien à Charles Higham. «Siodmak et Hellinger nous donnèrent l'impression de participer à quelque chose d'important et un sens de ce que nous pouvions faire avec une scène qui nous mit extraordinairement en confiance. Siodmak donnait par exemple à chaque acteur un mot-clé : à moi «inscrutable», à Ava, «souriante - mais pas souriante» etc. Il était si excité d'avoir Ava qu'il la laissait dominer visuellement chaque scène. ( ... ) Siodmak nous a vraiment poussé jusqu'au bout de nos possibilités, Ava, Burt et moi. Lorsqu'il tomba malade un jour et qu'il fut remplacé, nous perdîmes tous les pédales ! ». Le compliment est de taille. 
5 - THE KILLERS (Les Tueurs) Robert Siodmak (1946), avec Burt Lancaster et Ava Gardner

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