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LA BELLE EQUIPE – Julien Duvivier (1936)

Publié le par Laurent Bigot

LA BELLE EQUIPE – Julien Duvivier (1936)
Ce chef-d’œuvre de Julien Duvivier écrit par Charles Spaak, tourné en plein "Front Populaire" avec une sublime Viviane Romance, en garce, venue troubler la bonne entente de cinq amis chômeurs ayant gagné à la loterie et décidant de construire une Guinguette "au bord de l'eau". Magistralement servie par Jean Gabin, Aimos et Charles Vanel, ce petit bonheur grisant des bords de Marne sent bon l'amitié, l'amour et la gaité.

 

LA BELLE EQUIPE – Julien Duvivier (1936)
En début d’année, celle du Front Populaire, Duvivier peaufine avec Charles Spaak l’écriture de ce scénario provisoirement baptisé Jour de Pâques qui deviendra à sa sortie dans les salles La Belle Équipe.
Si Duvivier travaille sur ce projet, il n'est pas le seul car, de son côté, fortement engagé avec le Parti communiste français, Jean Renoir s'intéresse beaucoup à cette histoire et propose a Spaak, leur scénariste commun, d'échanger leurs sujets ; Duvivier refuse.
Côté social, la France bouge avec, le 11 mai, la première grande manifestation ouvrière, début d'un vaste mouvement de revendications avec occupation d’usines ; le 24 mai, on assiste à un immense défilé de soutien au Front Populaire, le parti victorieux des élections législatives le 3 mai précédent ; le 26 mai, cent mille ouvriers métallurgistes descendent dans la rue, bientôt ils sont deux millions de grévistes. C'est dans cette atmosphère de révolution sociale, après l'élection du socialiste Léon Blum à la tête du gouvernement français, que Julien Duvivier entreprend, le 4 juin, le tournage de La Belle Équipe, parfaite illustration du climat de l'époque. Aux studios de Joinville, il a réuni les artisans de son succès, deux anciens débutants des studios Pathé-Natan, Jean Gabin et Charles Vanel : « Quand il est arrivé chez Pathé au début des années vingt, précise Vanel, Gabin était comme moi engagé à l'année. Mais nous n'avons pas travaillé ensemble à ce moment-là. » 
[cliché] Photo très rare. Jean Gabin et Charles Dorat durant le tournage de "La Belle Equipe", on aperçoit Julien Duvivier assis sur le rail juste en-dessous de la caméra. (Photo collection Dorat)

[cliché] Photo très rare. Jean Gabin et Charles Dorat durant le tournage de "La Belle Equipe", on aperçoit Julien Duvivier assis sur le rail juste en-dessous de la caméra. (Photo collection Dorat)

(Plan 18) La caméra pivote pour saisir, en contre-plongée, Jean et l'hôtelier qui, sur une des passerelles qui relient entre elles les chambres, discutent. Jean engueule copieusement l'hôtelier. Tout au long de la seine, la caméra suit les personnages qui descendent les escaliers en continuant à discuter fort...

À la sortie du film, l'affiche pose problème, ce sera d'abord des échanges aigres-doux entre les deux comédiens, Vanel étant très égocentrique, affection fort répandue chez les comédiens. Selon lui, son contrat indique clairement que l'affiche comportera la mention « Gabin et Vanel dans ... » ; or, sur les premiers encarts publicitaires, le nom de Gabin apparaît en plus gros caractères que le sien : « J'ai été voir Duvivier, raconte Vanel. "Mais cela a toujours été prévu dans son contrat", m'a-t-il dit. "Dans ce cas vous auriez dû m'en parler, vous ou lui !" J'étais vexé. » De ce jour, Vanel ne tournera plus jamais avec Gabin, ils ne se parleront même plus !

À la sortie du film, l'affiche pose problème, ce sera d'abord des échanges aigres-doux entre les deux comédiens, Vanel étant très égocentrique, affection fort répandue chez les comédiens. Selon lui, son contrat indique clairement que l'affiche comportera la mention « Gabin et Vanel dans ... » ; or, sur les premiers encarts publicitaires, le nom de Gabin apparaît en plus gros caractères que le sien : « J'ai été voir Duvivier, raconte Vanel. "Mais cela a toujours été prévu dans son contrat", m'a-t-il dit. "Dans ce cas vous auriez dû m'en parler, vous ou lui !" J'étais vexé. » De ce jour, Vanel ne tournera plus jamais avec Gabin, ils ne se parleront même plus !

Tourné pendant le bel été 36, sorti à la mi-septembre, La Belle équipe de Julien Duvivier est peut-être le film le plus inspiré par l'esprit des événements, sans qu'on puisse cependant lui accoler l'étiquette « politique ». On retrouve dans ce film toute la mythologie de 36.
La solidarité ouvrière éveillée par les paroles de Jean, elle est symbolisée par la construction de la guinguette, la mise en commun de l'argent, la nuit passée sur le toit à retenir les tuiles menacées par l'orage.
L'affiche du film représente cinq silhouettes se tenant par la main. Un nom doit être trouvé pour la propriété commune,  « Chaque citoyen (étant) président », elle s'appellera « Chez nous ». L'enseigne qui l'illustre est encadrée de deux mains qui se serrent, le symbole de la C.G.T. de l’époque (est-ce volontaire ?). La solidarité s’exerce aussi envers le cinquième, Mario, réfugié politique espagnol, amoureux d'Huguette.
L’opposition à l'égoïsme méprisant des propriétaires : le patron de l'Hôtel du roi d’Angleterre, pour qui les chômeurs sont « un tas de fainéants qui cherchent du travail en priant le bon Dieu de ne pas en trouver» ; ou encore le prêteur vendeur du terrain qui se voit devenir le véritable patron de la guinguette : « alors, qu'est-ce que vous attendez pour prendre une truelle ? » et dont les fesses sont menacées par des pieds d'ouvriers.
Le rêve d'ascension sociale : la propriété reste un but, la mise en commun n'étant qu'un moyen : « De l'eau, un potager et puis une p'tite maison au milieu. Ça va ? » Le jour de l'inauguration, Jean et Charlot (Charles Vanel) sont tout fiers de s'entendre appeler « patrons » par le cuisinier ; leurs portraits en pied trônent près de l'enseigne. C'est le rêve classique et toujours actuel du petit propriétaire indépendant et « pépère ». 

(plan 78) L'appartement de jean, où la foule des locataires s'entasse dans une atmosphère bon enfant au son de l'accordéon. Une locataire (s'adressant à Jean) : Eh dites-donc, qu'est-ce que vous allez faire maintenant ? Jean : Ah je sais pas, mais en tout cas, j'voudrais m'payer un carillon Westminster, ça fait vingt ans que j'en ai envie dites donc ! (plan 87) Gros plan. Un énorme paquet de billets de banque, sur le bord d'un guichet, manipulé par des mains expérimentés qui comptent les liasses. (plan 93) Dans la chambre de Jean. Plan rapproché sur les pieds endoloris, en chaussettes striées de Raymond, étendu sur un lit, cigare au bec. La caméra panote le long du lit, puis continue son mouvement sur Charles, en chaussettes également sur une chaise, pendant la harangue de Jean. "Au fond, voulez-vous que je vous dise, on veut tous la même chose ! La liberté ! La liberté dans un petit coin à nous ! Et ben, ça, ici ou ailleurs, aucun de nous peut l"avoir seul ! Vous croyez que vous irez loin avec vos vingt billets ? Mais si on reste unis, on en aura CENT...vous entendez, cent billets !

A lire, la critique, il faudra vraiment attendre longtemps pour que ce film soit enfin reconnu. Julien Duvivier, la mal-aimé de la profession, des critiques... Merci à Patrick Brion (M. Cinéma de Minuit) qui a permis, avec détermination et insistance, la diffusion des films de ce grand réalisateur qui nous a laissé une filmographie inégale mais au talent jamais égalé lorsqu'il était au somment de son art.

A lire, la critique, il faudra vraiment attendre longtemps pour que ce film soit enfin reconnu. Julien Duvivier, la mal-aimé de la profession, des critiques... Merci à Patrick Brion (M. Cinéma de Minuit) qui a permis, avec détermination et insistance, la diffusion des films de ce grand réalisateur qui nous a laissé une filmographie inégale mais au talent jamais égalé lorsqu'il était au somment de son art.

LA BELLE EQUIPE – Julien Duvivier (1936)

(plan 100) Vus de la rivière, en travelling latéral, les bords de la marne, avec une luxueuse bâtisse à laquelle on devine des dépendances, sur une musique un peu nostalgique. Jean (off) : Oh tout ça c’est pour des capitalistes ! Raymond : Alors qu’est-ce qu’on est nous ? (plan 103) La caméra panote de gauche à droite pour venir cadrer une grande bâtisse très délabrée, avec un panneau cloué sur un arbre. Raymond (off) : Eh les gars, bloquez les freins, renversez la vapeur, machine arrière, toute ! (plan 107) La « belle équipe », cadrée de dos, contemple la future auberge. Raymond, puis les autres, se retournent. Jean : Alors, tu commences à comprendre ? (plan 114) Jean, pris d’une soudaine inspiration, s’approche de Jacques en se frappant la poitrine du poing. Jean : Non, mon pote, moi je sais ce qu’on va faire, on va faire une guinguette ! Un coin pour les amoureux, les sportifs et les pêcheurs à la ligne ! (…) Mais l’été, on refusera du monde ! Y aura de la musique, de la gaieté et de l’amour ! Et puis l’hiver, on sera chez nous, peinards, comme des rentiers.

LA BELLE EQUIPE – Julien Duvivier (1936)

(plan 137) Gina, vêtue avec luxe sinon avec raffinement, est entrée dans la grande pièce, regarde Jean venir vers elle, tandis que la caméra se rapproche pour les cadrer tous les deux, Gina déjà provocante et Jean, genre « gars qui n’a pas froid aux yeux même devant une très belle fille ». Jean : Le patron c’est moi. Enfin, moi et puis les autres. Ici, c’est une république où tous les citoyens sont présidents, ma petite dame ! (plan 142) Gina s’avance vers Charles, tout sourire. La caméra se rapproche d’elle, et vient cadrer le « couple ». Gina : Ben, depuis le temps, je voulais savoir comment t’allais ! Charles : Ben maintenant que t’as vu, tu veux te barrer ! (plan 145) Charles, de dos, vient s’appuyer çà une fenêtre, sous le coup d’une trop forte émotion. Gina le rejoint, et essaie de caresser sa joue. Gina : Ca m’embête de te le demander si on n’est pas des amis ! Je veux…Je veux ma part ! (…) T’as gagné à la loterie, je suis ta femme ! (plan 148) Gina, s’éloigne de la fenêtre pour se rapprocher de Charles debout devant son établi. Gina : Allez, donne-moi deux mille francs ! (…) Veux-tu venir me voir demain, chez moi, je t’attendrai ! Rue de Douai, au 16 ! Au deuxième, t’auras qu’à rentrer, la clé sera sur la porte !

LA BELLE EQUIPE – Julien Duvivier (1936)

(plan 156) Les éléments se déchaînent : la pluie, le vent, l’orage. Mario rentre sous la pluie, sans doute après raccompagné Huguette à la gare. (plan 162) Une planche, malencontreusement en équilibre sur le bord d’un toit, bascule. (plan 169) Mario, Jean et Charles, au milieu de la pièce, catastrophés, le regard tourné vers le plafond d’où l’eau coule à grosses gouttes. (plan 179) Vue sur les toits, où les compagnons, sont tous couchés, retenant victorieusement les tuiles, malgré la pluie, le vent… Le groupe : « La victoire, en chantant, nous ouvre la barrière, la liberté guide nos pas… » (plan 196) Le lendemain. Tous se dirigent maintenant vers le « dancing », où les traces de la tempête de la nuit et de ses conséquences sont bien visibles, et se lamentent. Raymond : Mais va falloir un supplément pour réparer tous les dégâts, la toiture, la verrière… Jean : Fais ton compte, dis combien il te faut. Quoi, la réserve est là pour ça, pas vrai ? Eh ben allez ! (plan 197) Jean, dont on ne voit que les mains, sort la « réserve » de sa cachette, une boîte en carton, qu’il tend à Raymond. Jean : Ben y manque deux billets ! (plan 198) Charles, les mains derrière le dos, visiblement très gêné, devant une fenêtre. Charles : J’aurais dû vous le dire plus tôt, je les ai donné à ma femme, oui, tu sais, celle qui est venu l’autre jour, que tu as vue ! Elle m’a dit que c’était son droit, ah, j’aurais pas dû ! C’est arrivé comme ça ! (plan 200) Jean s’approche du lit où Charles est toujours assit, l’air démesurément penaud, visiblement en état de faiblesse. Jean : T’as eu tort mon vieux, il suffit pas de le dire, cet argent-là il nous le faut pour la maison ! Allez, tu vas aller chez elle et puis tu vas le reprendre. Charles : Je ne peux pas, je ne peux pas ! Jean : Bon, ben c’est moi qui irait !

LA BELLE EQUIPE – Julien Duvivier (1936)

(plan 201) Gina, assise sur son lit, le dos tourné à la porte, la cuisse découverte, la gorge généreusement dévoilée par sa combinaison, la robe de chambre à moitié glissée, lit une brochure en mangeant un croissant trempé qu’elle engloutit d’une bouche avide, quand on frappe. Jean, très bien habillé, chapeau sur la tête, vient de refermer la porte et se tourne vers Gina qui l’agonie de reproches. Gina : Non mais, en v’là des manières ! Ben, on frappe avant de rentrer ! Jean : Ben j’ai frappé ! Gina : On dit qui on est ! Jean : Ben, je suis Jean quoi ! (plan 203) Un regard ravageur droit dans les yeux de Jean, elle écarte avec un demi-sourire les pans de la robe de chambre hâtivement rajustée pour montrer que, effectivement, elle est en combinaison. Gina : J’ai pas de rouge et je suis pas coiffée ! Jean : T’es belle tout de même va ! Dis donc, ça coûte cher une liquette comme ça ? (plan 206) Gina s’assoit sur une chaise à côté du lit et entreprend de mettre ses bas en dévoilant largement ses jambes, et, par conséquent, le reste aussi. Jean : Dis donc, y a longtemps que c’est fini, Charles et toi ? Gina : Dans les quatorze mois ! Une bêtise que j’avais faite ! Un pauvre type ! Jean : Et l’argent qu’il t’a donné, ou tu l’as mis ? Entre nous je suis venu le chercher ! Je te dis tout de suite pour qu’il y ait pas de surprise ! Gina : Y a rien d’autre ici qui te ferait plaisir ? (plan 207) Elle lui tapote le menton et commence à s’éloigner. Elle arrive près de la fenêtre, se penche pour prendre quelque chose. Jean la rejoint et, la relevant assez brutalement, lui prend les deux mains dans les siennes, mais sans tendresse. Jean : Y a le toit de notre maison qu’est crevé, t’entends l’artiste, le toit de notre maison, une maison qui s’appelle « Chez Nous », alors donne-moi l’argent, t’as compris ? Je veux que tu me donnes l’argent, tu m’entends, je suis pas venu ici pour rien !

Renoir était prêt à céder La Grande Illusion à Duvivier pour tourner La Belle Equipe, mais finalement Duvivier n’y consentit point.

LA BELLE EQUIPE – Julien Duvivier (1936)

Peut-on comparer « la guinguette collectiviste » selon l’expression de Vinneuil, à la coopérative du Crime de Monsieur Lange ? Pas vraiment. La coopérative représernte une conviction profonde, « militante », des auteurs, Renoir et le Groupe Octobre. La Belle Equipe basée sur le « deux ex machina » du billet de loterie ne songe jamais à faire œuvre critique de la société, par exemple, à propos du chômage. Même Mario, l’exilé politique, ne pense guère à l’Espagne ; son statut de paria ne sert qu’au scénario. Le ressport principal est la fatalité, comme dans de nombreux films de l’époque (l’équipe Carné-Prévert), en particulier ceux de Duvivier-Spaak :  La Bandera, plus tard Pépé le Moko donnent au héros une fin tragique. 

Par ailleurs, toute la carrière de Duvivier le montre comme un cinéaste pessimiste ; les scènes où l’on voit la grand-mère d’Huguette rendue à la solitude lorsque sa petite fille part avec Mario, ne sont pas spécialement gaies. Charles Spaak a souligné que sa volonté était de raconter une histoire individuelle, non de tirer une leçon de portée générale ; « le sujet de la Belle Equipe entrait davantage dans le tempérament et dans les idées de Renoir que dans ceux de Duvivier qui n’était pas un metteur en scène engagé, très brillant mais (…) dont les idées politiques étaient très flottantes ». Renoir était prêt à céder La Grande Illusion à Duvivier pour tourner La Belle Equipe, mais finalement Duvivier n’y consentit point.

"Le Peuple au cinéma" - Geneviève Guillaume Grimaud (1986)

 

(plan 220) Dans la future grande salle de l’auberge, Mario, Charles et Jean sont en train de soulever avec difficulté le « zinc », pour l’installer. Par la droite, Raymond surgit : Eh dites, un gendarme ! Il arrive par ici ! Mario : Oh, ça recommence ! (plan 226) De dos, les camarades regardent le gendarme, accoudés au zinc. Le gendarme : C’est-t’y un de vous, Mario Alpmer ? Un petit brun, pas mal, avec une moustache ! Ma fille a vu sa photo, elle avait les larmes aux yeux, c’est une sensible ! Charles : On connaît pas, hein ? Jean : Non ! (plan 230) Plan moyen sur les bords de la Marne, évidemment ignorante de la visite, Huguette arrive d’un pas joyeux. La caméra la suit, jusqu’à ce qu’elle arrive devant l’auberge en scrutant les fenêtres. Huguette : Mario ! Mario ! Mario ! Mario ! (plan 232) Mario, résigné descend l’escalier. La caméra le suit, qui guette au-dessus l’arrivée d’Huguette. Le gendarme s’approche de lui, et c’est lui alors que la caméra suit pour cadrer les deux hommes en plan américain, sort un papier de la sacoche et le tend à Mario. Le gendarme : C’est un arrêt d’expulsion. Vous avez quarante-huit heures.

LA BELLE EQUIPE – Julien Duvivier (1936)

C’est l’histoire d’un bonheur. Mais ce bonheur populaire bien mérité sera menacé par quatre obstacles :

La loi et l'ordre : bien que leur représentant soit le débonnaire gendarme Antomarchi (Charpin), il faut les respecter: Mario sera expulsé le jour du drapeau.

La mort : ce même jour, le casse-cou Tintin tombera du toit où il dansait après avoir planté ce fameux drapeau.

Les femmes : Jacques, amoureux d'Huguette, est partit au Canada pour ne pas trahir Mario ; Jean est devenu l'amant de Gina (Viviane Romance), l'épouse volage qui ne voulait plus de Charlot, sans savoir que celui -ci l'aimait encore.

L'argent : Jacques, Mario et Tintin en avaient emprunté en cachette à l'ancien propriétaire du terrain qui se verra déjà patron de la guinguette.

Le jour de Pâques, le drame éclatera : Gina furieuse de se voir repoussée par Jean, viendra « embobiner» le faible Charlot que Jean abattra au cours de la dispute qui s'ensuit*.

* Dans la fin initiale prévue par Duvivier. Il y en aura une deuxième…on y reviendra plus tard.

 

LA BELLE EQUIPE – Julien Duvivier (1936)

(plan 278) Vue en plongée de la piste de danse, très animée. La caméra panote lentement sur la gauche, cadrant toujours les danseurs, puis commence à remonter le long du bâtiment, pour venir cadrer Raymond, sur le toit, qui, quand il commence son discours, fait arrêter instantanément et la musique et les danseurs, qui se tournent vers lui. Raymond : Citoyens ! Raymond « dit Tintin » va planter sur le toit de cette maison qui est la vôtre le drapeau des travailleurs ! (plan 282) Charles assis, Mario et Jean, debout tous prostrés, contemplent le corps de Raymond, encadré de deux cierges, tandis qu’une musique funèbre (Quand on s’promène au bord de l’eau sur un mode tragique) retentit et qu’on entend une cloche au loin. Mario se tourne, comme vers l’horloge, tandis que Jean, perdu dans sa douleur, ne peut détacher ses yeux du cercueil de son ami. Mario : C’est l’heure du train ! Jean : Quoi ? Ah oui, tu pars ! Tu pars toi aussi…5il tourne son regard vers Charles) Alors on est plus que tous les deux… (plan 292) Dans une demi-pénombre, toujours prostré, Charles écoute lui aussi le sifflment du train, tandis qu’on découvre le corps de Raymond au premier plan, étendu sur le lit. Charles tend l’oreille pour saisir les bribes de la conversation téléphonique de Jean. Il se lève et s’approche avec précaution de la porte ouverte, pour mieux entendre. Jean, dans la cabine téléphonique, au pied de l’escalier, parle à Gina, portes ouvertes, puis après un coup d’œil vers l’étage, les referme sur lui. Jean : Je peux pas venir, je t’expliquerai…ouais… J’ai pas le temps de discuter…Allez bonsoir.

LA BELLE EQUIPE – Julien Duvivier (1936)

(plan 306) Dehors devant l’auberge, Jean est en train de mettre la dernière touche de peinture à la pancarte « Chez Nous », tandis que Charles, cigare à la main et main dans la poche, s’approche, visiblement désœuvré. : Charles : Te donne pas tant de mal, va, on n’ouvrira pas ! (…) Y vaut mieux qu’on se sépare. (…) Je pourrais le supporter si je savais rien d’elle (en parlant de Gina). (…) Bien sûr, chaque fois que tu sors, t’as une raison. Des courses, des trucs à rapporter, le billard, la belote… Mais quand tu rentres, c’est toujours le même parfum que tu ramènes, alors j’en peux plus ! (plan 310) Jean prends Charles par le col et le tourne vers lui pour le forcer à le regarder dans les yeux. Jean : Ecoute, on a construit une maison, c’est quelque chose hein ! Eh ben on va faire encore mieux ! Est-ce-que Gina c’est une femme digne pour nous ? Non ! Eh ben on va la trouver tous les deux, oui, tous les deux, et puis on va lui dire qu’elle peut aller courir ailleurs, t’entends ? Tous les deux ! Après tu me croiras ? (Plan 311) M. Jubette, qui soulève son chapeau et Jean et Charles, de l’autre côté, surpris dans leur élan. M. Jubette : Vous ne me reconnaissez pas ? Nous nous sommes déjà vus chez le notaire. (…) A vos amis M. Mario, M. Jacques et M. Raymond, j’ai prêté cinq mille francs sur leur part ! Si dans trois semaines cette somme ne m’est pas remboursée, les parts m’appartiennent. Comprenez bien que j’ai rendu services à ces brave gens !

LA BELLE EQUIPE – Julien Duvivier (1936)

Quand on s'promène au bord de l'eau. Les paroles sont écrites par Julien Duvivier et Louis Pauterat ; la musique est composée par Maurice Yvain et Jean Sautreuil.

L'histoire de La Belle équipe continue là où celle des autres films échappe en général à l'auteur. Le public boude ... Les producteurs, s’y attendant, avaient demandé à Duvivier et Spaak d'avoir une fin de rechange dans laquelle l'amitié de Charlot et Jean résiste au piège de Gina. Montrée aux directeurs de salles lors de la première corporative, elle fut trouvée séduisante. Devant l'échec des premières projections, les deux auteurs acceptent de se rendre au verdict populaire. On choisit une salle de banlieue (Le Dôme, à La Varenne) et le public d'habitués du samedi soir, invité à rester gratuitement après la séance normale. À une écrasante majorité (305 voix sur 366 suffrages exprimés), la fin optimiste est préférée. La fin pessimiste sera néanmoins gardée pour l'exportation ; c'est à cela qu'on doit aujourd'hui de l'avoir conservée : la seule copie disponible est sous-titrée en allemand. 

La séquence début au plan 370, c’est un plan d’ensemble très bucolique, où l’on voit, filmée depuis la rive, au milieu des arbres, deux barques glisser sur l’eau, tandis qu’on entend une musique très nostalgique. Plan 381, Gina et son marlou sont assis, mais les regards de Gina, ne sont que pour Charles et Jean, son compagnon joue plutôt « le bel indifférent » tout en enlevant des miettes imaginaires de la table. C’est à la fin de ce plan que la suite diverge. Suit la version initiale, voulue par Duvivier, la fin pessimiste, à la suite, est diffusée la fin optimiste.

Sur l'expression souvent employée : Duvivier tourne deux fins pour La Belle équipe. Il vaudrait mieux dire: Duvivier « monte» deux fins (avec la monteuse Marthe Poncin), car les séquences sont exactement les mêmes à une différence près, outre l'ordre, les quelques plans et répliques du meurtre dans la version « noire ». La version « rose » est tournée en un seul plan où Jean sépare Charles et Gina ; la version noire présente au contraire une succession de plans rapides pour nous préparer à voir Jean sortir son arme. Les deux montages sont techniquement parfaits, la fin heureuse compte quelques images en moins. Le montage change la signification des séquences, comme celle d'un plan isolé. L'ami avec qui Gina arrive est montré seul à sa table, pianotant d'un air énervé pendant que la jeune femme est avec Charles dans la réserve. Dans la fin optimiste, cette image signifie simplement qu'il s'ennuie : nous le regardons. Dans la fin pessimiste, le plan suit immédiatement celui du visage de Jean venant de comprendre que Gina a rejoint Charles. C'est donc Jean qui regarde, le spectateur ne faisant que suivre ce regard fixant la place vide de Gina…
LA BELLE EQUIPE – Julien Duvivier (1936)
LA BELLE EQUIPE – Julien Duvivier (1936)
À ce jour, il n'existe pas d'édition de ce film en DVD. C'est le dernier des "grands" Gabin des années d'avant-guerre à attendre sa réédition pour cause de querelle entre éditeur potentiel et les héritiers de Julien Duvivier et de Charles Spaak, à propos de quelle fin doit être utilisée. Duvivier voulait la fin pessimiste, l'éditeur pressenti (René Château) privilégie la fin optimiste, celle exploitée en salle.
Depuis 2000, Christian Duvivier, fils de Julien Duvivier, ainsi que Janine Spaak, épouse de Charles Spaak, le scénariste du film, reprochaient aux Éditions René Chateau d'exploiter sans autorisation le long métrage.
En 2006, René Chateau avait déjà été interdit d'exploiter le film et avait été condamné à verser 20 000 € aux ayants droit de Duvivier. Une décision de justice a condamné en 2011 les éditions René Chateau pour avoir exploité la fin optimiste, interdisant la société d'exploiter le film. Dans un arrêt rendu le 23 février 2011, la cour d'appel de Paris a confirmé la contrefaçon, évalué à 60 000 € le préjudice patrimonial, y ajoutant 35 000 € de frais de justice.
LA BELLE EQUIPE – Julien Duvivier (1936)
Lors d’une interview accordée au site DVDCLASSIK en mars 2009, Patrick Brion explique le problème des droits pour obtenir l’autorisation de diffuser certains films.
 
P. BRION : « C'est très très très compliqué. Et c’est de pire en pire depuis trois / quatre ans. Parce qu’on arrive aujourd’hui à des périodes où les droits de certains films doivent être renouvelés, ce qu’on appelle les droits d’auteur. Bon, si vous voulez, moi je suis auteur, j’écris des livres et je suis très respectueux du droit d’auteur, attention. Mais les héritiers abusifs me fatiguent beaucoup. Alors quand ce sont des enfants ou des petits-enfants… [Il hoche un peu la tête] Quand aujourd’hui, vous ne pouvez pas passer de films, parce qu’il y a des petits cousins ou des petits-neveux, qui souvent n’ont jamais rencontré la personne dont ils sont les héritiers, et qui exigent des sommes aberrantes des producteurs ou des distributeurs, qui du coup ne les leur donnent pas, on se retrouve avec des films bloqués. Là, il y a un vrai problème. Aujourd’hui, il y a tout de même beaucoup de films, de notre patrimoine français notamment, qui sont bloqués pour des questions de droits d’auteur, et c’est invraisemblable ! On ne peut pas diffuser La Fête à Henriette de Duvivier... Je voulais le passer en décembre, on n’y est jamais parvenu. J’avais pourtant à peu près tout déminé, et puis non... mais il ne faut pas prendre de risque, à France Télévisions tout doit être réglé. Toujours pour rester dans le domaine de Duvivier, on ne peut plus voir ni La Belle équipe ni La Fin du jour, qui sont des films marquants, ni en salles, ni à la télévision, ni en DVD. J’espère que ça va se régler, mais on ne peut plus voir non plus Monsieur Ripoix, ni Le Diable au corps, tous deux avec Gérard Philippe. Et je peux en citer d’autres ! Quand le droit d’auteur aboutit à une espèce de gel de films marquants du patrimoine, il y a un problème... qui ne cesse d'empirer. Je me bats sur des problèmes de droits. D’abord, je perds un temps énorme avec ça, et je ne parviens pas tout le temps à les régler, même si j’ai une certaine connaissance juridique, notamment des droits cinématographiques. Il y a des héritiers, complètement azimutés par le DVD, la VOD, etc…, qui demandent tout de même 50% de l’opération financière faite sur un film ! Evidemment, les producteurs ne les donnent pas, et je trouve qu’ils ont raison. »
LA BELLE EQUIPE – Julien Duvivier (1936)

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dupont 27/01/2017 14:15

Bonjour à vous,
Avez vous identifier la passerelle que l'on aperçoit lorsque le groupe marche sur les quai ?
Merci à vous.
Denis.

Laurent Bigot 27/01/2017 18:34

Bonjour Denis, je ne sais pas et il n'y pas assez d'éléments pour pouvoir identifier le lieu. Cordialement. Laurent

Yassine 23/07/2015 01:32

Bonsoir, j'aurais aimé savoir de quel ouvrage vous avez tiré la photographie de tournage.
Merci d'avance.

Laurent Bigot 24/07/2015 17:06

Bonjour Yassine, si je me souviens bien...ce cliché est tiré de la revue "L'Avant Scène". Laurent

pascal 18/01/2015 00:48

bonsoir, il y à un film de Duvivier que je rêve de revoir un jour c'est "Marianne de ma jeunesse" avec pierre vanec, mais j'ai beau faire des recherches je pense que c'est cause perdu.

Laurent Bigot 18/01/2015 00:57

Il est sortit en DVD en 2008 et encore à la vente, il est sur le site Ama.....