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REAR WINDOW (Fenêtre sur cour) - Alfred Hitchcock - 1954

Publié le par Laurent Bigot

Avec REAR WINDOW (Fenêtre sur cour), Hitchcock montre qu'il peut être dangereux d'épier ses voisins. Dans ce thriller haletant, une curiosité bien naturelle - et sans doute compréhensible - envers la vie des autres plonge James Stewart et Grace Kelly dans un cauchemar de meurtre et de suspense.

Avec REAR WINDOW (Fenêtre sur cour), Hitchcock montre qu'il peut être dangereux d'épier ses voisins. Dans ce thriller haletant, une curiosité bien naturelle - et sans doute compréhensible - envers la vie des autres plonge James Stewart et Grace Kelly dans un cauchemar de meurtre et de suspense.

Immobilisé dans son appartement avec une jambe cassée, le photographe L.B. Jefferies observe ses voisins, leur prêtant des vies imaginaires, jusqu'à ce qu'un cri dans la nuit le persuade que l'un d'eux est un meurtrier.
Alors qu'Hitchcock tournait Le Crime était presque parfait pour Warner, en 1953, son agent Lew Wasserman, anticipant le bon accueil escompté pour ce film et exploitant le succès de L'Inconnu du Nord-Express (1951), passa un nouveau contrat avec la Paramount pour le tournage de neuf films. Le premier devait être, en 1954, Fenêtre sur cour ; d'après une nouvelle de Cornell Woolrich. 
 
REAR WINDOW (Fenêtre sur cour) - Alfred Hitchcock - 1954
Fenêtre sur cour est basé sur une nouvelle de Cornell Woolrich (William Irish, de son nom de plume), intitulée "It Had to be a Murder", publié en 1942 dans Dime Detective Magazine. Hitchcock en a retenu le personnage central à la jmabe cassée (Jeff) qui épie ses voisins et se persuade que l'un d'entre eux (Thorwald) a tué sa femme. Dans le scénario, il lui adjoint une petite amie (Lisa) et remplace la servante noire par une infirmière (Stella). Dans la nouvelle, Jeff était simplement un voyeur, par ailleurs oisif. Le coup de génie d'Hitchcock a été d'en faire un photographe, justifiant ainsi sa conduite et permettant par là même au public de lui pardonner son voyeurisme, devenu simple curiosité.

Fenêtre sur cour est basé sur une nouvelle de Cornell Woolrich (William Irish, de son nom de plume), intitulée "It Had to be a Murder", publié en 1942 dans Dime Detective Magazine. Hitchcock en a retenu le personnage central à la jmabe cassée (Jeff) qui épie ses voisins et se persuade que l'un d'entre eux (Thorwald) a tué sa femme. Dans le scénario, il lui adjoint une petite amie (Lisa) et remplace la servante noire par une infirmière (Stella). Dans la nouvelle, Jeff était simplement un voyeur, par ailleurs oisif. Le coup de génie d'Hitchcock a été d'en faire un photographe, justifiant ainsi sa conduite et permettant par là même au public de lui pardonner son voyeurisme, devenu simple curiosité.

REAR WINDOW (Fenêtre sur cour) - Alfred Hitchcock - 1954
Dès le départ, Hitchcock avait pensé à James Stewart (1908-1997) et à Grace Kelly (1929- 1982) pour les personnages principaux. Il avait apprécié le travail et le caractère conciliant du premier dans La Corde (1948), et il avait ressenti comme un rayon de soleil la présence de la seconde sur le plateau de Le Crime était presque parfait. Stewart était libre pour le tournage et si confiant dons le succès du film qu'il a troqué une partie de son cachet contre une participation aux bénéfices. Grace Kelly, en revanche, pour pouvoir jouer Lisa, a dû refuser un rôle dans Sur les quais d'Elia Kazan, alors que le personnage avait été créé pour elle. Pour Hitchcock. Stewart représentait un Monsieur Tout-Ie-monde avec qui les voyeurs pouvaient aisément s'identifier et à qui l'on pardonnait facilement sa curiosité. En outre, son jeu très expressif était essentiel pour le film, dans la mesure où beaucoup d'informations passent par les mimiques du visage de l'acteur tandis qu'il observe ses voisins depuis sa fenêtre. En Grace Kelly, Hitchcock retrouvait l’archétype de la blonde froide qu'il avait toujours recherché et la partenaire idéale pour un James Stewart à la fois réservé et sensible - la beauté glaciale qui bouillonne sous le vernis mondain. Le cocktail Stewart-Kelly fait des étincelles à l’écran, les deux acteurs se taquinant, flirtant et s'agaçant délicieusement tout au long du film. 

 

REAR WINDOW (Fenêtre sur cour) - Alfred Hitchcock - 1954
1 - Les volets s'ouvrent lentement derrière les titres, comme un rideau de théâtre qui se lève, donnant à la fenêtre valeur de scène ou d'écran de cinéma. Les trois volets symbolisent les trois étapes de la méthode d'Hitchcock, qu'il résume ainsi : « Un homme regarde ; il voit ; il réagit.»  2 - Le photographe L. B. Jefferies s'éveille dans son appartement new-yorkais. Voilà six semaines qu'il y est bloqué, la jambe dans le plâtre, sans autre occupation que d'observer ses voisins. Tandis qu'il téléphone à son rédacteur en chef, il est témoin d'une dispute conjugale dans l'appartement d'en face.  3 - Jeff reçoit la visite de Stella, l'infirmière, qui le soigne tout en plaisantant. Le dialogue introduit sa relation avec Lisa et son aversion pour tout engagement, thème central du film. Stella reproche aussi à Jeff sa manie d'épier (autre thème récurrent) qui, dit-elle, lui attirera des ennuis.  4 - Le soir, Jeff est réveillé par un baiser de sa petite amie, Lisa Fremont, qui allume les lumières dans la pièce, allant de lampe en lampe avec grâce. On livre un dîner qu'elle a commandé à un grand restaurant. Lorsqu'elle évoque sa journée et ses rêves d'avenir, Jeff se renfrogne.

1 - Les volets s'ouvrent lentement derrière les titres, comme un rideau de théâtre qui se lève, donnant à la fenêtre valeur de scène ou d'écran de cinéma. Les trois volets symbolisent les trois étapes de la méthode d'Hitchcock, qu'il résume ainsi : « Un homme regarde ; il voit ; il réagit.» 2 - Le photographe L. B. Jefferies s'éveille dans son appartement new-yorkais. Voilà six semaines qu'il y est bloqué, la jambe dans le plâtre, sans autre occupation que d'observer ses voisins. Tandis qu'il téléphone à son rédacteur en chef, il est témoin d'une dispute conjugale dans l'appartement d'en face. 3 - Jeff reçoit la visite de Stella, l'infirmière, qui le soigne tout en plaisantant. Le dialogue introduit sa relation avec Lisa et son aversion pour tout engagement, thème central du film. Stella reproche aussi à Jeff sa manie d'épier (autre thème récurrent) qui, dit-elle, lui attirera des ennuis. 4 - Le soir, Jeff est réveillé par un baiser de sa petite amie, Lisa Fremont, qui allume les lumières dans la pièce, allant de lampe en lampe avec grâce. On livre un dîner qu'elle a commandé à un grand restaurant. Lorsqu'elle évoque sa journée et ses rêves d'avenir, Jeff se renfrogne.

Un reporter-photographe. Après avoir balayé les immeubles de la cour, la caméra entre dans la chambre pour trouver Jeff endormi. Elle s'arrête un instant sur l'inscription de son plâtre et recule pour le cadrer en entier, dans son fauteuil roulant. Puis elle montre un appareil photo brisé, une photographie d'accident de voitures de course et d'autres clichés d'actualité, qui témoignent de la profession de reporter-photographe de Jeff. Par cette séquence initiale, sans action ni dialogue, Hitchcock présente le personnage principal, son appartement et son voisinage, la nature et la cause de sa blessure, sa profession et son principal employeur (bien que le titre des magazines empilés, Lire, soit masqué par des rouleaux de pellicule).

Un reporter-photographe. Après avoir balayé les immeubles de la cour, la caméra entre dans la chambre pour trouver Jeff endormi. Elle s'arrête un instant sur l'inscription de son plâtre et recule pour le cadrer en entier, dans son fauteuil roulant. Puis elle montre un appareil photo brisé, une photographie d'accident de voitures de course et d'autres clichés d'actualité, qui témoignent de la profession de reporter-photographe de Jeff. Par cette séquence initiale, sans action ni dialogue, Hitchcock présente le personnage principal, son appartement et son voisinage, la nature et la cause de sa blessure, sa profession et son principal employeur (bien que le titre des magazines empilés, Lire, soit masqué par des rouleaux de pellicule).

Baiser historique. Un panoramique de 25 secondes sur la cour au crépuscule s'achève sur le visage de Jeff : une ombre le couvre soudain. Raccord sur Lisa, source de l'ombre, puis à nouveau sur Jeff qui s'éveille et sourit. Le visage lumineux de Lisa, en très gros plan, envahit l'écran, avant un baiser célèbre dans l'histoire du cinéma. En général, une ombre qui tombe sur un visage endormi présage une menace. Plus tard, nous découvrirons que Jeff voit en Lisa une menace pour son indépendance.

Baiser historique. Un panoramique de 25 secondes sur la cour au crépuscule s'achève sur le visage de Jeff : une ombre le couvre soudain. Raccord sur Lisa, source de l'ombre, puis à nouveau sur Jeff qui s'éveille et sourit. Le visage lumineux de Lisa, en très gros plan, envahit l'écran, avant un baiser célèbre dans l'histoire du cinéma. En général, une ombre qui tombe sur un visage endormi présage une menace. Plus tard, nous découvrirons que Jeff voit en Lisa une menace pour son indépendance.

REAR WINDOW (Fenêtre sur cour) - Alfred Hitchcock - 1954
Un monde virtuel
 
Hitchcock trouvait très stimulante l'idée de travailler dans un lieu unique, comme il l'avait déjà fait pour La Corde, Lifeboat et Le Crime était presque parfait. Un tour de force technique de ce type le motivait, car il aimait affronter les obstacles, pour le plaisir de les contourner ou de les dépasser : Mais cette fois, la plus grande partie du film devait être tournée à travers les yeux du personnage principal, le photographe indépendant L. B. Jefferies (« Jeff») - un personnage un peu voyeur, dirigé par un réalisateur voyeur pour un public voyeur.
La quasi-totalité du film se passe dans l'appartement new-yorkais de Jeff, au cœur du quartier bohème de Greenwich Village, Le script prévoyait également sept ou huit autres appartements, où devaient se dérouler des scènes vues par Jeff.
Une telle contrainte excluait des décors naturels car, même si l'on avait trouvé un immeuble approprié, il eut été pratiquement impossible d'obtenir une lumière adéquate dans les différentes pièces, de nuit comme de jour.
Fenêtre sur cour a donc entièrement été tourné dans un énorme décor monté sur le plateau 17, le plus grand des studios Paramount. Il comprenait en tout trente et un appartements, dont douze parfaitement meublés et aménagés, avec l'eau courante et l'électricité. L'ensemble fut construit selon les indications d'Hitchcock, mais en se basant sur un lieu réel, dans Greenwich Village. Dans la cour en contrebas, il y a des arbustes, un petit jardin et une allée étroite conduisant à la rue, où l'on aperçoit des voitures et des piétons.
Selon Grace Kelly, qui joue Lisa Fremont la petite amie de Jeff, pendant le tournage du Crime était presque parfait, Hitchcock évoquait sans cesse la chose : « Quand il avait un moment de tranquillité, il se laissait aller à parler de la construction du formidable décor. C'était pour lui une véritable délectation. »
Mais, selon elle, ce n'était pas tant les petits détails des logements qui aiguisaient son appétit, que « les gens que l'on devait voir dans les appartements en face de la fenêtre sur cour, avec leurs petites histoires, et la manière dont ils émergeraient comme personnages et ce qu'ils révéleraient ». 

 

Tout au long du film, Grace Kelly porte des robes somptueuses, conformes à sa position de jeune élégante de la bonne société. Comme toujours, c'est Hitchcock qui a décidé du style et des couleurs. La réalisation des costumes a valu Edith Head une nomination aux Oscars.

Tout au long du film, Grace Kelly porte des robes somptueuses, conformes à sa position de jeune élégante de la bonne société. Comme toujours, c'est Hitchcock qui a décidé du style et des couleurs. La réalisation des costumes a valu Edith Head une nomination aux Oscars.

REAR WINDOW (Fenêtre sur cour) - Alfred Hitchcock - 1954

John Michael Hayes

Fenêtre sur cour s'annonçait sous de bons auspices non seulement par la préparation satisfaisante du décor, mais aussi sur un autre plan. Jusque-là, c'est à sa femme Alma qu'Hitchcock avait confié les relations avec les auteurs chargés de préparer le scénario et les scripts ; mais cette fois, celle-ci désirait rester en retrait. Ainsi, pour la première fois, le réalisateur a dû faire entièrement confiance à un auteur tout en affirmant sa conception des choses avec vigueur, bien sûr. Le choix effectué par le réalisateur allait s'avérer très heureux. John Michael Hayes, né en 1919 et ancien journaliste, avait travaillé précédemment sur le script de quatre films, dont Le Port des passions d'Anthony Mann, avec James Stewart. Il avait également écrit, avec succès, des dramatiques à suspense pour la radio et c'est son talent dans ce domaine qui a conduit Hitchcock à lui demander d'abord de se charger de l'adaptation de Fenêtre sur cour, puis d'en achever le script.

La collaboration des deux hommes sur le scénario fut fructueuse. Hitchcock avait demandé à Hayes d'élargir l'histoire originelle en introduisant diverses intrigues secondaires pour les autres appartements, afin de faire écho au thème central du film : les relations entre le photographe L. B. Jefferies, qui fuit les responsabilités et dont le rôle était écrit pour James Stewart et sa petite amie, une femme du monde élégante. 

 

Rear Window est le film de l'indiscrétion, de l'intimité violée et surprise dans son caractère le plus infâmant, le film du bonheur impossible, le film du linge sale qui se laverait dans la cour, le film de Ia solitude morale, une extraordinaire symphonie de la vie quotidienne et des rêves détruits.

François Truffaut

1 – Le théâtre de la cour - Alors que Lisa, vexée, s'affaire dans la cuisine, Jeff recommence à épier. Miss Lonelyheart (« Cœur solitaire») reçoit un soupirant imaginaire et, incapable de poursuivre ce rôle, s'effondre en larmes. Miss Torso, au contraire, est entourée d'admirateurs. Le représentant de commerce sert à dîner à sa femme alitée et tous deux se disputent. Lisa apporte le plat réchauffé de la cuisine et demande d'où vient la musique enchanteresse que l'on entend. Jeff lui parle du compositeur.  2 – Pluie d’une nuit d’été - Somnolent dans son fauteuil, Jeff est réveillé par une pluie d'orage. Il perçoit diverses scènes dans l'immeuble d'en face, et remarque en particulier le représentant de commerce qui, à plusieurs reprises, sort de chez lui sous la pluie, puis revient, toujours avec sa valise d'échantillons. Enfin, à l'aube, alors que Jeff s'est endormi, il sort avec à son bras une femme en noir.  3 – Rapports tendus - Le dialogue entre Lisa et Jeff laisse entendre que ce dernier voit dans la jeune femme une menace pour son style de vie aventureux. Lorsqu'elle lui offre de partager son existence, il la rabroue en lui expliquant qu'elle est trop habituée au luxe pour pouvoir supporter l'inconfort de ses missions. Lisa quitte la pièce, profondément peinée. Jeff la retient un instant en lui proposant de s’en tenir au statu quo. Après son départ, il contemple la cour endormie. Soudain, un cri retentit dans la nuit.  4 – Soupçons - Le lendemain, Jeff parle à Stella des allées et venues suspectes du représentant de commerce. Tous deux voient ce dernier jeter un regard noir au chien des voisins qui renifle les plates-bandes. Jeff observe le représentant de commerce avec ses jumelles et son téléobjectif. Il le voit envelopper une scie et un couteau de boucher dans du papier journal, et commence à le soupçonner de meurtre.

1 – Le théâtre de la cour - Alors que Lisa, vexée, s'affaire dans la cuisine, Jeff recommence à épier. Miss Lonelyheart (« Cœur solitaire») reçoit un soupirant imaginaire et, incapable de poursuivre ce rôle, s'effondre en larmes. Miss Torso, au contraire, est entourée d'admirateurs. Le représentant de commerce sert à dîner à sa femme alitée et tous deux se disputent. Lisa apporte le plat réchauffé de la cuisine et demande d'où vient la musique enchanteresse que l'on entend. Jeff lui parle du compositeur. 2 – Pluie d’une nuit d’été - Somnolent dans son fauteuil, Jeff est réveillé par une pluie d'orage. Il perçoit diverses scènes dans l'immeuble d'en face, et remarque en particulier le représentant de commerce qui, à plusieurs reprises, sort de chez lui sous la pluie, puis revient, toujours avec sa valise d'échantillons. Enfin, à l'aube, alors que Jeff s'est endormi, il sort avec à son bras une femme en noir. 3 – Rapports tendus - Le dialogue entre Lisa et Jeff laisse entendre que ce dernier voit dans la jeune femme une menace pour son style de vie aventureux. Lorsqu'elle lui offre de partager son existence, il la rabroue en lui expliquant qu'elle est trop habituée au luxe pour pouvoir supporter l'inconfort de ses missions. Lisa quitte la pièce, profondément peinée. Jeff la retient un instant en lui proposant de s’en tenir au statu quo. Après son départ, il contemple la cour endormie. Soudain, un cri retentit dans la nuit. 4 – Soupçons - Le lendemain, Jeff parle à Stella des allées et venues suspectes du représentant de commerce. Tous deux voient ce dernier jeter un regard noir au chien des voisins qui renifle les plates-bandes. Jeff observe le représentant de commerce avec ses jumelles et son téléobjectif. Il le voit envelopper une scie et un couteau de boucher dans du papier journal, et commence à le soupçonner de meurtre.

Apparition d’Hitchcock. Dans l’extrait diffué, le compositeur est à sort piano. Derrière lui, un personnage rondouillard remonte une pendule avant de se retourner vers la caméra, révélant le visage d'Hitchcock.

Apparition d’Hitchcock. Dans l’extrait diffué, le compositeur est à sort piano. Derrière lui, un personnage rondouillard remonte une pendule avant de se retourner vers la caméra, révélant le visage d'Hitchcock.

REAR WINDOW (Fenêtre sur cour) - Alfred Hitchcock - 1954
Le scénariste John Michael Hayes connaissait James Stewart car il avait travaillé avec lui dans Le Port des passions, mais pas Grace Kelly, qui devait jouer Lisa. Le réalisateur s'est donc arrangé pour que l'auteur passe une huitaine de jours en compagnie de l'actrice. Finalement, le personnage créé a été une sorte d'hybride entre Grace Kelly (qui avait débuté comme mannequin) et Mel Lawrence, l'épouse de Hayes. 
REAR WINDOW (Fenêtre sur cour) - Alfred Hitchcock - 1954
Dans la nouvelle originelle, le seul contact du photographe avec le monde extérieur était une domestique noire. Hayes et Hitchcock ont remplacé ce personnage conventionnel par une infirmière, Stella, figure maternelle interprétée par Thelma RItter. L'une des meilleures actrices de seconds rôles d'Hollywood. Les conversations entre Stella et Jeff, au début du film, éclairent le passé de celui-ci et présentent sa relation avec Lisa. Mais la fonction essentielle de l'infirmière consiste à dispenser un humour désabusé à l'Intention du public. Ainsi, selon Hayes, les spectateurs allaient « pouvoir s'esclaffer ensemble, s'accrocher aux sièges ensemble et crier ensemble ». De fait le script est plein d'esprit, ce qui rend les personnages à la fois crédibles et sympathiques. Hitchcock a été si satisfait du travail de son auteur qu'il l'a embauché pour ses trois films suivants. 

 

REAR WINDOW (Fenêtre sur cour) - Alfred Hitchcock - 1954

Contourner la censure. 

Toutefois, avant le tournage, Il fallait encore franchir un obstacle, celui des censeurs, ce qui n'était pas une petite affaire en ce début des années 1950.

Le script comportait de nombreuses allusions à la sexualité, même s'il nous paraît aujourd'hui bien anodin. Il y avait le dos nu, les sous-vêtements et les pas de danse de Miss Torso, l'agression sur Miss Lonelyheart (« Cœur solitaire »), l'appétit sexuel de la jeune mariée et l'adultère supposé de Thorwald. En outre, la relation centrale entre Jeff et Lisa laissait supposer des relations sexuelles hors mariage. Tout cela faisait un cocktail détonant pour le très prude Joseph Breen, censeur en chef au Hayes Office depuis une vingtaine d'années. Toutefois, ce personnage était sur le point de se retirer et ses nombreuses objections au script n'ont, pour la plupart, pas été retenues par son successeur ; Geoffrey M. Shurlock, plus sensible à l'évolution de l'opinion : le script de Fenêtre sur cour est donc sorti presque indemne de l'épreuve. 

 

REAR WINDOW (Fenêtre sur cour) - Alfred Hitchcock - 1954
De pied en cap
Hitchcock attachait autant d'importance aux tenues de ses acteurs qu'au décor. La responsable des costumes, Edith Head, a rapporté qu'il a pratiquement défini lui-même toute la garde-robe-couleurs et style - de Grace Kelly. Parfois, dans le film, la tenue de l'actrice l'associe visuellement à une autre femme, notamment à l'une des célibataires, Miss Torso et Miss Lonelyheart, ou illustre un thème. Ainsi, le réalisateur a voulu que le costume de Lisa, lors de sa première apparition, suggérât « une porcelaine de Dresde, quelque chose que l'on peut à peine toucher ». Dans un cas au moins, sa tenue a un sens symbolique précis : à la fin du film, elle est en pantalon, ce qui revient à dire qu'elle porte la culotte! Pour faciliter l'identification des occupants des autres appartements que l'on aperçoit depuis la fenêtre de Jeff, leur costume est typé. Miss Lonelyheart, par exemple, s'habille en vert émeraude. 
 
1 – Lisa convaincue. Lisa reproche encore à Jeff sa curiosité, mais quand elle voit le suspect fermer une grande malle avec une grosse corde, sa résistance s'émousse. Elle va jusqu'au bâtiment d'en face et découvre que l'homme s'appelle Lars Thorwald. Le lendemain matin, pendant que Stella s'affaire près de lui, Jeff appelle l’inspecteur Tom Doyle, un copain de régiment, et lui fait part de ses soupçons. L’infirmière se délecte de suppositions macabres. Deux manutentionnaires viennent enlever la malle de Thorwald. 2 – Détective. Doyle sceptique, accepte quand même de vérifier les dires de Jeff. Il revient peu après avec une explication simple et convaincante à propos de la disparition de Mrs Thorwald, qui aurait tout simplement pris le train et se trouverait à Merritsville. Le dépit de Jeff, qui n'a pas été pris au sérieux, se manifeste par des démangeaisons au bout de son pied immobilisé dans le plâtre ; il se met à se gratter le gros orteil avec délice, au moyen d'un gratte-dos.  3 – Pour la nuit. Ce soir-là, Jeff regarde Miss Lonelyheart se préparer et sortir. Une réception est organisée chez le compositeur. Puis il voit Thorwald rentrer chez lui, faire ses bagages et parler des bijoux de sa femme au téléphone. Lisa arrive et déclare qu'elle va rester pour la nuit - une première à laquelle Jeff réagit sans enthousiasme. Lisa affirme qu'une femme ne part jamais sans ses bijoux. Contrepoint ironique à la scène, on entend la Jeune mariée rappeler son mari qui fume à la fenêtre.  4 – Affaire classée. Doyle revient. Jeff est gêné par les signes de la présence de Lisa : son ombre au plafond, son déshabillé, ses pantoufles. Le photographe présente la jeune femme à l'inspecteur, qui réfute les théories du couple et se plaint de l'intuition féminine, qu'il juge totalement Irréaliste. Finalement, il propose d'oublier toute l'affaire et de boire un bon verre entre amis. Mais il comprend qu'il ne pourra pas vaincre l'obsession de Jeff et Lisa, et finit par quitter les lieux.

1 – Lisa convaincue. Lisa reproche encore à Jeff sa curiosité, mais quand elle voit le suspect fermer une grande malle avec une grosse corde, sa résistance s'émousse. Elle va jusqu'au bâtiment d'en face et découvre que l'homme s'appelle Lars Thorwald. Le lendemain matin, pendant que Stella s'affaire près de lui, Jeff appelle l’inspecteur Tom Doyle, un copain de régiment, et lui fait part de ses soupçons. L’infirmière se délecte de suppositions macabres. Deux manutentionnaires viennent enlever la malle de Thorwald. 2 – Détective. Doyle sceptique, accepte quand même de vérifier les dires de Jeff. Il revient peu après avec une explication simple et convaincante à propos de la disparition de Mrs Thorwald, qui aurait tout simplement pris le train et se trouverait à Merritsville. Le dépit de Jeff, qui n'a pas été pris au sérieux, se manifeste par des démangeaisons au bout de son pied immobilisé dans le plâtre ; il se met à se gratter le gros orteil avec délice, au moyen d'un gratte-dos. 3 – Pour la nuit. Ce soir-là, Jeff regarde Miss Lonelyheart se préparer et sortir. Une réception est organisée chez le compositeur. Puis il voit Thorwald rentrer chez lui, faire ses bagages et parler des bijoux de sa femme au téléphone. Lisa arrive et déclare qu'elle va rester pour la nuit - une première à laquelle Jeff réagit sans enthousiasme. Lisa affirme qu'une femme ne part jamais sans ses bijoux. Contrepoint ironique à la scène, on entend la Jeune mariée rappeler son mari qui fume à la fenêtre. 4 – Affaire classée. Doyle revient. Jeff est gêné par les signes de la présence de Lisa : son ombre au plafond, son déshabillé, ses pantoufles. Le photographe présente la jeune femme à l'inspecteur, qui réfute les théories du couple et se plaint de l'intuition féminine, qu'il juge totalement Irréaliste. Finalement, il propose d'oublier toute l'affaire et de boire un bon verre entre amis. Mais il comprend qu'il ne pourra pas vaincre l'obsession de Jeff et Lisa, et finit par quitter les lieux.

Photos de tournage

Photos de tournage

Raymond Burr, qui deviendra célèbre dans les rôles de Perry Mason et de Robert T. Dacier (L’Homme de fer), joue Lars Thorwald. Malicieusement, Hitchcock l’a fait maquiller pour qu’il ressemble à David O’Selznick, le producteur de la Warner.

Raymond Burr, qui deviendra célèbre dans les rôles de Perry Mason et de Robert T. Dacier (L’Homme de fer), joue Lars Thorwald. Malicieusement, Hitchcock l’a fait maquiller pour qu’il ressemble à David O’Selznick, le producteur de la Warner.

1 – Second meurtre. Dépités, Lisa et Jeff retournent à la fenêtre et contemplent la triste fin de soirée de Miss Lonelyheart. Alors qu'ils ont baissé leurs stores, un cri retentit. Le chien du couple de l'escalier de secours est retrouvé étranglé. Le couple se répand en lamentations, tandis que Thorwald est le seul à ne pas se montrer. Il fume chez lui, dans l'obscurité. 2 – Chantage. Le soir suivant, Stella, Lisa et Jeff continuent à épier. Thorwald lave les murs de sa salle de bains. Jeff est convaincu que quelque chose est enterré dans la plate-bande. Il téléphone à Thorwald, se fait passer pour un maître chanteur et lui fixe un rendez-vous dans un bar proche. Thorwald sort. Lisa et Stella descendent dans le jardin, creusent, mais ne trouvent rien.  3 – L’alliance. Lisa s'introduit chez Thorwald pour y rechercher les bijoux de sa femme. Hélas, l'homme revient. Jeff assiste, impuissant et anxieux, à la confrontation. Il appelle la police. La jeune femme se fait arrêter pour vol. Jeff s'aperçoit, en regardant avec son téléobjectif, qu'elle porte au doigt l'alliance de Mrs Thorwald. Il appelle son ami Thomas Doyle.  4 – Dernier acte. Le téléphone sonne chez Jeff, mais personne ne parle. La porte de l'immeuble claque, des pas approchent. Thorwald entre chez Jeff et l'accule contre la fenêtre, bien que celui-ci tente de se défendre en l'éblouissant à coups de flashs. Thorwald fait basculer Jeff par la fenêtre. La police surgit et se saisit de Thorwald. Jeff lâche prise et tombe.

1 – Second meurtre. Dépités, Lisa et Jeff retournent à la fenêtre et contemplent la triste fin de soirée de Miss Lonelyheart. Alors qu'ils ont baissé leurs stores, un cri retentit. Le chien du couple de l'escalier de secours est retrouvé étranglé. Le couple se répand en lamentations, tandis que Thorwald est le seul à ne pas se montrer. Il fume chez lui, dans l'obscurité. 2 – Chantage. Le soir suivant, Stella, Lisa et Jeff continuent à épier. Thorwald lave les murs de sa salle de bains. Jeff est convaincu que quelque chose est enterré dans la plate-bande. Il téléphone à Thorwald, se fait passer pour un maître chanteur et lui fixe un rendez-vous dans un bar proche. Thorwald sort. Lisa et Stella descendent dans le jardin, creusent, mais ne trouvent rien. 3 – L’alliance. Lisa s'introduit chez Thorwald pour y rechercher les bijoux de sa femme. Hélas, l'homme revient. Jeff assiste, impuissant et anxieux, à la confrontation. Il appelle la police. La jeune femme se fait arrêter pour vol. Jeff s'aperçoit, en regardant avec son téléobjectif, qu'elle porte au doigt l'alliance de Mrs Thorwald. Il appelle son ami Thomas Doyle. 4 – Dernier acte. Le téléphone sonne chez Jeff, mais personne ne parle. La porte de l'immeuble claque, des pas approchent. Thorwald entre chez Jeff et l'accule contre la fenêtre, bien que celui-ci tente de se défendre en l'éblouissant à coups de flashs. Thorwald fait basculer Jeff par la fenêtre. La police surgit et se saisit de Thorwald. Jeff lâche prise et tombe.

Un dernier panoramique sur les habitants de la cour conclut les histoires secondaires : le compositeur fait entendre à Miss Lonelyheart l'enregistrement du morceau sur lequel il travaillait ; des peintres refont l'appartement des Thorwald ; le couple de l'escalier entraîne un chiot à monter dans le panier ; le fiancé de Miss Torso, un soldat de petite taille, rentre au foyer et manifeste plus d'intérêt pour le contenu du réfrigérateur que pour la belle danseuse ; les nouveaux mariés ont troqué leur lune de miel contre des querelles. Enfin, nous pénétrons chez Jeff pour le trouver dans son fauteuil roulant, mais dos à la fenêtre et l'air apaisé. Il a les deux jambes dans le plâtre - châtiment de son voyeurisme ? Selon Hitchcock, « il l'a mérité! »

Un dernier panoramique sur les habitants de la cour conclut les histoires secondaires : le compositeur fait entendre à Miss Lonelyheart l'enregistrement du morceau sur lequel il travaillait ; des peintres refont l'appartement des Thorwald ; le couple de l'escalier entraîne un chiot à monter dans le panier ; le fiancé de Miss Torso, un soldat de petite taille, rentre au foyer et manifeste plus d'intérêt pour le contenu du réfrigérateur que pour la belle danseuse ; les nouveaux mariés ont troqué leur lune de miel contre des querelles. Enfin, nous pénétrons chez Jeff pour le trouver dans son fauteuil roulant, mais dos à la fenêtre et l'air apaisé. Il a les deux jambes dans le plâtre - châtiment de son voyeurisme ? Selon Hitchcock, « il l'a mérité! »

REAR WINDOW (Fenêtre sur cour) - Alfred Hitchcock - 1954
REAR WINDOW (Fenêtre sur cour) - Alfred Hitchcock - 1954
REAR WINDOW (Fenêtre sur cour) - Alfred Hitchcock - 1954
REAR WINDOW (Fenêtre sur cour) - Alfred Hitchcock - 1954
REAR WINDOW (Fenêtre sur cour) - Alfred Hitchcock - 1954
REAR WINDOW (Fenêtre sur cour) - Alfred Hitchcock - 1954
REAR WINDOW (Fenêtre sur cour) - Alfred Hitchcock - 1954
REAR WINDOW (Fenêtre sur cour) - Alfred Hitchcock - 1954
REAR WINDOW (Fenêtre sur cour) - Alfred Hitchcock - 1954

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