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SLIGHTLY SCARLET (Deux rouquines dans la bagarre) – Alla, Dwan (1956)

Publié le par Laurent Bigot

SLIGHTLY SCARLET (Deux rouquines dans la bagarre) – Alla, Dwan (1956)

Le plus beau – avec Party Girl – des « films noirs » en couleurs.

Patrick Brion

Interrogeant Allan Dwan pour savoir dans quel style pictural celui-ci voulait que soit tourné Slightly Scarlet, John Alton entendit le cinéaste lui répondre : « Rembrandt, sans aucun doute ! »
 
Dernier des sept films en couleurs photographiés par AIton et réalisés par Dwan pour le producteur Benedict Bogeaus, ce drame psychologique et policier est une fulgurante et lyrique composition qui permet au génial chef opérateur de Silver Lode et de Tennessee's Partner de créer, grâce aux couleurs, un univers baroque fascinant. À ce titre, Slightly Scarlet est certainement, avec Party Girl de Nicholas Ray, le plus beau des « films noirs» en couleurs. Dès la première scène, dont les images se mêlent aux noms du générique, on demeure émerveillé et séduit par la luxuriance des couleurs et par l'apparition de Rhonda Fleming et d'Arlene Dahl, aussi rousses et resplendissantes l'une que l'autre. Aux intrigues ténébreuses du film - la kleptomanie de Dorothy, la volonté de Ben Grace de succéder à son patron, la lutte de Jansen contre le crime et la corruption -, Dwan et John AIton opposent, comme pour mieux les rehausser, un style flamboyant dans lequel les ombres jouent un rôle important. L'érotisme du film, du polo blanc sans manches de Rhonda Fleming à la combinaison d'Arlene Dahl, créée par elle-même, se combine à la peinture du syndicat du crime, une organisation dont le chef tout-puissant demeure invisible. Allan Dwan a regretté que le Code de l'époque ne lui ait pas permis de réaliser ainsi qu'il le souhaitait certaines scènes du film, et il cite à ce propos la séquence où Caspar découvre la présence de Dorothy en voyant un pied émerger du canapé de son living-room. La scène demeure pourtant dans le film, Caspar étant en effet surpris et séduit par ce pied nu et par cette femme - Dorothy - quasiment offerte à lui et dont il prend la cheville en un évident geste de possession amoureuse. La manière dont Arlene Dahl se frotte les jambes voluptueusement avec un gratte-dos, et la scène au cours de laquelle Caspar jette sous les pieds nus de Dorothy des liasses de billets que la jeune femme foule sensuellement demeurent des moments stupéfiants dont l'intensité érotique ne semble jamais avoir été brimée ... 
SLIGHTLY SCARLET (Deux rouquines dans la bagarre) – Alla, Dwan (1956)
L'ambition insatiable de Ben Grace, montant les uns contre les autres, pour tenter de remplacer Caspar, la conduite amoureuse de June passant des bras de Jansen à ceux de Grace, les rapports de ce dernier avec les deux femmes, sortant avec Dorothy comme pour exciter la jalousie de June et, à côté de ces êtres plus ou moins corrompus et corruptibles, l'apparition d'une nouvelle équipe - maire et chef de la police - résolue à combattre le crime, tous ces éléments se mêlent, Dwan privilégiant visiblement ses personnages féminins à l'intrigue policière proprement dite. Rhonda Fleming n'hésitera pas, après avoir décoché une flèche  de fusil sous-marin au gangster Caspar, à lui tirer deux balles dans le corps, commençant ainsi le final shakespearien qui clôt le film. Allan Dwan avait alors soixante et onze ans et près de quatre cents films à son actif.
Patrick Brion - Le Film Noir 

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