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2 - LA FIN DU JOUR - Julien Duvivier (1938)

Publié le par Laurent Bigot

Une fenêtre s'ouvrit violemment au rez-de-chaussée de l'abbaye de Saint-Jean-de-la-Rivière, et Cabrissade, ennemi personnel de l'intendant, qu'il harcelait de ses tracasseries, parut. Sa voix claironnante se répercuta dans la cour.
- Bonjour, charmant sourire ! Il y a du courrier ?
Mais Je facteur occasionnel n'était pas aimable et il riposta agressif :
- C'est encore vous, Monsieur Cabrissade, qui avez coupé les fleurs du grand massif.
- L’innocent Cabrissade n'est pas sorti de sa chambrette, riposta l'autre d'un air moqueur.
- Évidemment, vous ne faites jamais rien. Rira bien qui rira le dernier. Pas fâché de vous dire que I‘administrateur vous attend dans son bureau.
- J'aurai plaisir à lui serrer la main, riposta le vieil acteur, c'est un homme qui a de la conversation.
 
Fermant la fenêtre au nez de son adversaire, il sortit se dirigeant vers le bureau de M. Laroche. Sur le chemin, il rencontre Mme Chabert, qui conservait un visage si jeune sous ses bandeaux blancs et une si jolie allure avec sa taille demeurée mince.
L'œil malicieux de Cabrissade, remarqua l'air embarrassé de Mme Chabert et découvrit derrière son dos un bouquet de fleurs.
- Oh, oh ! Nous transgressons les règlements. Nous coupons les fleurs du grand massif,
La voix de l'ancienne actrice s'altéra d'un rien d’émotion tandis qu'elle avouait : 
- C’est pour Saint-Clair. Quand on débarque ici, le premier jour... c'est si dur.
Cabrlssade n'était pas dupe. Il se souvenait. Cela remontait à des années. Entre Saint-Clair et Marthe Chabert, il y avait eu… sait-on quoi ? Dans ce diable de métier, on s’aime, on se quitte…
- Vous ne craignez pas que Marly ne cause un scandale ?
- Parce-que Saint-Clair lui a chipé sa femme dix ans avant la guerre ! s’écria Cabrissade avec un gros rire. Un quart de siècle, cela me paraît suffisant pour se consoler d’avoir été trompé. Si j’avais tué mon rival chaque fois que j’ai été cocu, la France serait une métropole !
 
Marny avait demandé à M. Laroche de bien vouloir le recevoir et il fallait une raison grave pour que cet homme taciturne, dont la grande dignité cachait le drame intérieur, franchît le seuil du bureau du directeur. L’arrivée de Saint-Clair le bouleversait.
- Je suis venu vous demander de ne pas m’imposer de vivre auprès de Saint-Clair. J’ai droit au repos. J’ai tout raté, ma vie d’acteur et ma vie d’homme. Si, si, je n’ai pas d’illusion, je sais ce que je vaux. J’ai eu du talent et pas de succès. Quant à ma vie privée… Quel four ! La présence de Saint-Clair me rappellerait ce qu’elle a eu de plus pénible, de plus humiliant…
- Votons Marny, dit l’administrateur avec bonté… A votre âge, les passions… il faut être généreux. Votre femme est morte depuis si longtemps…
- Vous vous souvenez des circonstances ?
- Oui… un accident de chasse…
- Un accident ? Oui, c’est ce qu’on m’a dit… si seulement je pouvais être sûr. 
 
Extraits tirés de :
LE FILM COMPLET DU JEUDI – La Fin du Jour – Renée Leyral – n° 2283 du 29/06/1939
 
2 - LA FIN DU JOUR - Julien Duvivier (1938)

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