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2 - LE ROUGE EST MIS - Gilles Grangier (1957)

Publié le par Laurent Bigot

C'est le scénariste Michel Audiard qui, en 1957, a l'idée d'adapter pour l'écran le roman Le rouge est mis. Depuis l'adaptation du polar Du rififi chez les hommes deux ans plus tôt, Auguste Le Breton est devenu très à la mode, et Gabin a déjà interprété Razzia sur la chnouf, inspiré d'un de ses livres. Audiard propose donc le projet au duo gagnant formé par Gilles Grangier et Jean Gabin, qui ont déjà trois films en commun. L'acteur accepte sans hésiter le rôle de Louis le Blond, qui lui permet de renouer avec un rôle de malfrat : ces derniers temps, il a plutôt joué les « flics » notamment dans Razzia sur la chnouf et Maigret tend un piège. Si l’écrivain se dit prêt à vendre les droits de son roman, c’est à la condition expresse d’en écrire les dialogues ; or Gabin exige ceux de Michel Audiard. Le breton acceptera finalement, non sans mal, le dialoguiste. Mais il travaillera avec lui au scénario. Ainsi, il se rendra plusieurs fois chez lui en banlieue parisienne dans une auberge de Montfort-L’Amaury où il a établi « son bureau d’été ». Si leur duo littéraire délivre un texte empreint de violence, moins raffiné qu’à l’habitude, c’est de l’excellente « cuvée Audiard » servie par un Gabin au mieux de ses effets.
2 - LE ROUGE EST MIS - Gilles Grangier (1957)
Les séances de travail laisseront d'ailleurs un souvenir amusé au réalisateur, qui ne sera pas dupe des airs de mafieux que Le Breton se plaisait à prendre : « Il s'était fait un nom et avait construit son personnage autour. Il laissait entendre que son passé n'était pas blanc-bleu. Tout juste s'il ne disait pas que Du rififi chez les hommes était un roman autobiographique. Mais en fait, son casier judiciaire était vierge, ce qui faisait bien rire Albert Simonin (son rival de l'époque) ». Le romancier pousse même son personnage très loin : « À l'époque, li se promenait avec un Luger dans sa valise lorsqu'il nous retrouvait avec Audiard pour parler de l'adaptation de son roman. La crosse de l'arme avait une série d'entailles - une entaille = un ennemi tué - et il disait qu'il allait rendre visite à son éditeur qu'il ne trouvait pas « raisonnable ». C'était sans doute une façon de nous prévenir qu'il ne fallait pas trahir son livre ».
 
JEAN GABIN INCONNU – Jean-Jacques Jelot-Bkanc – Ed. Flammarion (2014)
COLLECTION GABIN -  Eric Quéméré – 2005
 

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