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9 - LA FIN DU JOUR - Julien Duvivier (1938)

Publié le par Laurent Bigot

En même temps que l’habilleur portant les costumes de Flambeau et le maquilleur portant les perruques et les moustaches du rôle, Cabrissade s’était glissé dans la chambre. Marny commençait à repasser le rôle tout en se maquillant, quand, Cabrissade qui tournait autour de lui, nerveux, attaqua, railleur :
- Le président des Chevaliers de la Triste-Figure, dans le rôle de Flambeau, laissez- moi rire.
- Marny faisait la sourde oreille et Cabrissade continuait, méprisant :
- Le rôle, c'est Flambeau qu'il s'appelle, et pas Triste Bougie. Il fallait choisir quelqu'un qui ait de la chaleur, du panache.
- Vous, par exemple, riposta sèchement Marny. Vous confondez... L’Aiglon n'est pas une farce militaire.
Cabrissade sentit que ses sarcasmes n'auraient pas de prises sur lui et il changea soudain d'attitude. Une détresse parut dans ses yeux et, soudain, s'agenouillant à côté de l'acteur, il implora :
- Écoutez, Marny... ce rôle-là m'est resté sur le cœur toute ma vie. Aujourd'hui, laissez-le-moi. Vous n'avez pas idée de ce que je peux mettre là-dedans. Du succès, vous en avez eu, moi, jamais, Une fois, une seule fois. Laissez-moi jouer... Les gosses sont dans la salle. Qu'ils aient un bon souvenir de papa Cabrissade.
Les gosses, c'étaient Pierre et ses scouts qui avalent la permission d'assister à la représentation, mais, Marny, sa tête faite, riposta glacial :
- Ils auraient le souvenir d'un vieillard ridicule sortant sous les huées.
 
Ce refus méprisant mit soudain une expression de haine et de rancune sur le visage de Cabrissade. Il s'accrocha à Marny, collé à lui, provocant, gênant tous ses mouvements. Méchancetés et insultes, il les jeta à pleine bouche, menaçant, fou de rage et de colère. Il osa même parler de la femme de Marny. C'en était trop. Celui-ci, qui jusqu'alors s'était efforce de rester calme, le saisit au collet, lui ordonnant de se taire. Cabrissade regimba. Il y eut une courte lutte et, frappé d'un coup de poing au visage, Marny s’écroula. ..A ce moment, on frappa à la porte…
 
Extraits tirés de :
LE FILM COMPLET DU JEUDI – La Fin du Jour – Renée Leyral – n° 2283 du 29/06/1939
9 - LA FIN DU JOUR - Julien Duvivier (1938)

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