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LA FIN DU JOUR - Julien Duvivier (1938)

Publié le par Laurent Bigot

LA FIN DU JOUR - Julien Duvivier (1938)
Extraits tirés de :
JULIEN DUVIVIER « Le mal aimant du cinéma français » Vol 1 : 1896-1940 – Eric Bonnefille – Edition L’Harmattan – 2002
JULIEN DUVIVIER – Raymond Chirat – Edition Premier Plan – 1968
LE FILM COMPLET DU JEUDI – La Fin du Jour – Renée Leyral – n° 2283 du 29/06/1939
 
L'amertume et la déchéance de vieillir exposées dans un milieu bien défini. Ce sujet original, dont René Lehmann écrivit : «  C'est un grand film français, je dirais même un film qu'on n'eût pu réaliser ailleurs qu'en France» s'ouvre sur la représentation d'adieux de Louis Jouvet. Acteur autrefois adulé, briseur de cœurs, il entre à l'Abbaye de Saint-Jean-Ia-Rivière, institution charitable où les vieux comédiens sans ressources terminent leurs jours. Son arrivée sert de catalyseur. Parmi ses anciens camarades, il retrouve Victor Francen dont il a jadis séduit la femme et Michel Simon, cabot raté, vieux gavroche, éternelle doublure des grandes vedettes. Il rencontre également Gabrielle Dorziat qui eut un enfant de lui, et Sylvie, rancunière, qui se venge de ses déceptions par la méchanceté et la médisance. Au village voisin, il tente de séduire une jeune servante, Madeleine Ozeray, la mène au bord du suicide, dont Francen la sauvera à temps. A la fin du film, tandis que Jouvet sombre dans la folie, Michel Simon meurt en coulisse, désespéré de n'avoir pu jouer le rôle de Flambeau quand se présentait l'occasion unique de sa vie. C'est Victor Francen, son souffre-douleur, qui, sur sa tombe, prononce son éloge funèbre, et, à travers lui, exalte le comédien. 
Ce scénario très touffu, mais bien charpenté, s'alourdit de deux thèmes secondaires : la menace de fermeture qui plane sur la maison de retraite ; la description d'une troupe de scouts campant aux environs de l'abbaye et qui sympathisent avec Michel Simon. Comme toujours, on dénombre une infinité de silhouettes jouées par de vieux acteurs - certains de renom : Arquillière, Pierre Magnier, Jean Coquelin, etc. - dont certains ont droit à de petits tableaux (par exemple le mariage de M. et Mme Philémon, d'une sensiblerie fâcheuse, qui est un des point faibles du film).
 
La technique du metteur en scène est d'une sûreté étonnante : le long travelling qui suit l'entrée de Jouvet dans Ie salon de l'abbaye où il s'avance, guidé par la voix d'une pensionnaire qui chante « Le temps des cerises », tandis que, peu à peu, ses camarades sont découverts à leurs occupations ; les flashes au réfectoire sur les têtes des vieilles actrices ; la scène, fielleuse à souhait, où Sylvie brandit les lettres d'amour de Jouvet ; la révolte des pensionnaires pris de boisson, leur coucher à la lueur des bougies, et, au début, la description hachée et comme essoufflée d'une fin de tournée médiocre sont les pièces maîtresses d'un ensemble calculé, dont la bande sonore est aussi très étudiée. En dépit de la dispersion des intrigues, le film, bien conduit, reste très clair, mais, conséquence du sujet, extrêmement bavard. Si Duvivier connaît les vertus de la brièveté dramatique, Spaak appuie, explique, délaie, et fait si bien que l'étude de ces cas frisant la pathologie finit par tomber dans un pessimisme arbitraire et ravalé à des mesquineries, des criailleries et des radotages.
 
A l'actif de Duvivier la composition de Jouvet, dans un rôle déplaisant qu'il éloigne de la caricature et joue en virtuose, sur un ton mi-figue mi-raisin ; et surtout l’interprétation saisissante de Michel Simon aussi à l'aise dans la cocasserie que dans la déchéance finale, et qui éclipse un ensemble d'une tenue parfaite, soigné dans les plus petits rôles.
 
LA FIN DU JOUR - Julien Duvivier (1938)
Distribution
Julien Duvivier tourne La Fin du jour, en novembre et décembre 1938, écrit par le metteur en scène en collaboration avec Charles Spaak, trace le portrait de quelques vieux comédiens regroupés dans un hospice menacé de fermeture. Le scénario est centré sur trois d'entre eux : un cabotin sans talent, un acteur qui n'a pas connu le succès, un vieux beau qui a collectionné les conquêtes féminines. Par allusion à la maison de retraite de Pont-aux-Dames, le film devait initialement s'appeler Pont aux Souvenirs mais, avant même le début du tournage, devient La Fin du jour. Les trois comédiens choisis pour tenir les rôles principaux sont parmi les plus populaires : Raimu, Louis Jouvet et Michel Simon. Mais Raimu, finalement, se retire du projet : il semble qu'il n'ait pas réussi à s'entendre avec le producteur (Arys Nissotti, de la société Régina, surnommé Pistache Arys par Raimu) sur la question financière. On laisse aussi entendre que Raimu ne voulait plus travailler avec Michel Simon (il vient d'être son partenaire dans Noix de Coco de Jean Boyer). Simon lui-même n'a pas, non plus, un immense respect pour Raimu, même s'il reconnaît son talent. Il dira, plus tard, que " Raimu était con, constamment con, à ce point que c'en devenait inquiétant, admirable. Un con, parfois, se relâche. Raimu, lui, ne se relâchait jamais. Cela dit, lui donner la réplique était un plaisir : il était souvent génial, et sans effort ".

 

LA FIN DU JOUR - Julien Duvivier (1938)
L'abandon de Raimu modifie les plans : son rôle (le cabotin) est alors confié à Michel Simon, qui cède le sien (le séducteur vieillissant) à Jouvet. Et Victor Francen est choisi pour reprendre le personnage de Jouvet - qui de toute façon avoue avoir « accepté d'interpréter ce film avant de lire le scénario ; Duvivier m'en avait dit quelques mots : c'était suffisant pour moi. J'ai une confiance illimitée en Julien Duvivier ». A leurs côtés, Madeleine Ozeray incarne une jeune fille séduite par Jouvet - rôle qui n'est pas vraiment de composition, puisqu'elle l'est dans la vie (leur liaison dura de 1933 à 1942). La distribution, étonnante, réunit encore Gabrielle Dorziat, Sylvie, Charles Granval, Gaston Modot. Et - le sujet s'y prête - Duvivier engage des comédiens qui eurent autrefois leur heure de gloire (parfois sous sa propre direction) : le fameux Gaston Jacquet, mais aussi Camille Beuve, Jean Coquelin, Maurice Schutz, Pierre Magnier, Alexandre Arquillière... Cinémonde, à cette occasion, rend à certains d'entre eux un émouvant hommage : Emilie Lindey, fondatrice du Théâtre Pigalle et du Conservatoire français de Londres, devenue brocanteuse aux puces de Saint-Ouen : Claude Bénédict, qui dirigea en 1913 le Théâtre Français de New York, réduit désormais aux figurations... Signalons tout particulièrement la présence de Georges Denola, ancien cinéaste de la SCAGL, et dont Duvivier fut l'assistant. « Je suis si heureux de ne pas avoir été totalement oublié », s'émeut Denola. 
Duvivier s'entoure aussi de quelques-uns de ses meilleurs collaborateurs : outre Spaak, il retrouve Armand Thirard parmi les opérateurs, Maurice Jaubert pour la musique, Jacques Krauss pour les décors. Et l'assistant réalisateur n'est autre que son frère, Pierre Duvivier.
A propos de Spaak, remarquons au passage qu'il a casé dans La Fin du jour l'un de ses multiples « Noblet ». En effet - était-ce un clin d'œil personnel ? une forme de fétiche ? - on ne compte plus les personnages ainsi nommés dans les scénarios auxquels il a travaillé, que ce soit au début (Pension Mimosas, 1934) ou à la fin (La main à couper, 1974) de sa carrière. C'est ici Henri Nassiet qui interprète un certain Gaston Noblet... 
LA FIN DU JOUR - Julien Duvivier (1938)
Début novembre, on commence les extérieurs de La Fin du jour à Lourmarin et aux Baux -de- Provence (Bouches du Rhône). Une certaine nervosité règne : la mésentente entre Jouvet et Simon est légendaire et l'on craint l’affrontement. En 1929 déjà, lors de la création de Jean de la Lune à la Comédie des Champs- Elysées, Simon avait abandonné son rôle au bout de soixante représentations, ne supportant plus Jouvet. Récemment encore, leur cohabitation sur le plateau de Drôle de drame de Marcel Camé n'a pas été sans heurts. D'ailleurs, bien des années plus tard, Michel Simon parlera encore de Jouvet en des termes rageurs : « C'était la reine des salopes, une vraie ordure ! ». Pourtant, contre toute attente, sur le tournage de La Fin du jour, les deux hommes préfèrent s'ignorer. Ils n'ont même pas le plaisir de s'insulter par dialogue de Spaak interposé, puisque leurs personnages ont une certaine estime l'un pour l'autre. Le tournage s'achèvera en décembre, dans les studios Filmsonor d'Epinay-sur-Seine. 
Lorsque le film sort, le 24 mars 1939, au cinéma Madeleine, il devient l'objet de polémiques de la part de certains journaux lui reprochant d'être cruel, méprisant envers les comédiens. Spaak, revenant dix ans plus tard sur ces attaques, s'en étonnera encore : « Dieu sait pourtant que ce que nous avons vu (à Pont-aux-Dames) passait en horreur ce que nous avons raconté. S'il est un lieu au monde où l'on se fout du théâtre, d'Eschyle et de Molière et de Shakespeare, c'est Pont-aux-Dames, où l'on ne rencontre que des vieux pareils aux autres vieux, en dépit d'un scénario où nous nous sommes obstinés à prétendre le contraire ». Duvivier, lui, est d'autant plus contrarié qu'il a voulu au contraire y insuffler son amour du théâtre. La Fin du jour est, et restera toujours, un de ses films auxquels il tient le plus. Mais il a le plaisir de recevoir le soutien de ceux qui, justement, risquaient de se sentir blessés : les membres du Comité de l'association d'artistes qui administre la maison de retraite de Pont-aux-Dames lui adressent une lettre de félicitations. « Nous avons, parmi les premiers, admiré tout ce que votre art délicat et puissant a su mettre dans La Fin du jour. Nous avons été pris, d’un bout à l'autre, sous votre maîtrise : le talent de nos camarades nous a semblé donner une mesure encore jamais atteinte ». Et, le vendredi 31 mars, Duvivier et Spaak sont chaleureusement reçus à Pont-aux-Dames par son président, Victor Boucher. Un déjeuner en leur honneur a été organisé, avec les pensionnaires de la maison. Duvivier plaisante : "Autrefois je fus acteur. Sans aucun éclat ! Tout le monde l'a oublié, et moi aussi !". A l'issue du repas, Victor Boucher prononce un discours évoquant « la profonde, la sincère, la réelle admiration que je suis heureux d'offrir à Julien Duvivier (...) Mon cher, je me sens très à l'aise, ici, dans cette maison de Pont-aux-Dames, modèle de vos évocations les plus émouvantes, modèles de celles-là, pour vous remercier d'avoir donné, dans La Fin du jour, à ces évocations, la place prépondérante qui leur était due, laissant à la folie le soin de nous présenter les excuses du héros qui, par moment, je l'avoue, a tourmenté notre cœur »

 

LA FIN DU JOUR - Julien Duvivier (1938)
Quelques mois plus tard, le film fait partie de la sélection française projetée à la septième Mostra de Venise. Mais le festival, commencé le 8 août, s'achève en catastrophe le 1er septembre. La déclaration de guerre imminente ayant empêché le jury international d'établir le palmarès, ce n'est qu'au début de janvier 1940 que les organisateurs, ayant recueilli l'avis des membres du jury, annoncent que le prix de la biennale est partagé entre La Fin du jour, Les quatre plumes blanches (Zoltan Korda) et La vie du Dr Koch (Hans Steinhoft). En revanche, le film de Duvivier aura raté, en juillet 1939, le Grand Prix National du cinéma français, attribué à Quai des brumes
LA FIN DU JOUR - Julien Duvivier (1938)
Comme les deux principales collaborations précédentes de Spaak avec Duvivier (La Bandera et La belle équipe), La Fin du jour traite des rapports au sein d'une collectivité. Les pensionnaires de l'hospice Saint-Jean La Rivière ont en commun avec les légionnaires de La Bandera (et les prisonniers de La grande illusion, écrit par Spaak et Renoir) de ne s'être pas choisis, de former un groupe « forcé ». Comme la Légion, la maison de retraite des comédiens est un lieu clos, coupé d'une société où on les a quasiment oubliés - oubli choisi par les légionnaires, oubli subi par les acteurs dont le métier n'existait que par la reconnaissance du public. Mais, ici, contrairement à La Bandera et La belle équipe la structure du groupe ne sera pas détruite, Il y a certes des oppositions internes (avant tout des chamailleries) et surtout externes (l'arrivée de Saint-Clair [Jouvet] qui réveille des rancœurs et manque de faire naître des rivalités amoureuses ; le risque de fermeture de l'hospice) mais - fait rare chez Duvivier - la solidarité vient contrer les menaces : de l'intérieur (les comédiens forment une famille qui accepte l'excentricité de Cabrissade [Simon] sans approuver sa cruauté envers Marny [Francen]) et de l'extérieur (l'appui des jeunes campeurs, de la presse, des acteurs plus chanceux empêche la faillite de l'institution). Les liens en seront même renforcés : les « fauteurs de troubles » ont disparu (Cabrissade est mort, Saint-Clair envoyé en hôpital psychiatrique), les vieux amants se sont mariés pour mieux éviter la séparation. A ce titre, en dépit de sa réputation de noirceur, c'est un des seuls films de Duvivier où soit exprimé un espoir en l'humanité, où la quasi-totalité des personnages soient observés avec une certaine tendresse. Seul Saint-Clair, finalement, en poussant Jeannette [M. Ozeray] au suicide, ne bénéficie pas de circonstances atténuantes aux yeux de Duvivier et Spaak - encore est-il plus souvent pathétique que monstrueux. Cabrissade, bien qu'odieux avec Marny (il lui lit son avis de décès !), est, lui, présenté tel un enfant, avec sa cruauté mais aussi son irresponsabilité. 

 

Les scènes les plus terribles sont essentiellement groupées à la fin du film : affrontement Marny-Cabrissade, mort de ce dernier, affrontement Marny-SaintClair, tentative de suicide de Jeannette, crise de folie de Saint-Clair. Il y a pas mal d'excès dans tout cela, qui ont partiellement déformé l'image du film - et amoindrissent sa qualité. Mais l'horreur un peu complaisante de ce dernier quart d'heure n'est pas représentative de l'ensemble. Si tristesse il y a, elle n'est guère, on l'a vu, dans le regard porté sur les êtres, mais dans la mélancolie inhérente à l'approche de la « fin du jour » :  la fin de la vie, mais aussi la fin d'une époque théâtrale (on évoque « Grande Sarah » et Lucien Guitry), d'une certaine idée du spectacle (la scène étant concurrencée par le cinéma). On sait aujourd'hui que s'approchaient aussi la fin de l'avant-guerre et d'un certain cinéma. Mais - contrairement, notamment, à certains épisodes du Carnet de bal - ce n'est pas tout à fait la fin des illusions : Cabrissade est « resté fidèle à son rêve de jeunesse », dit Marny dans son éloge funèbre. Et c'est bien ce qui unit, tous ces comédiens : malgré leurs déceptions, leur manque de succès ou de talent, ils n’ont pas trahi leur idéal, leur passion du théâtre. C’est ce qui les empêche de sombrer dans l'amertume (même Marny, qui estime avoir « raté sa vie d’acteur et sa vie d’homme », redevient enthousiaste pour évoquer les auteurs qu’il aime). C’est aussi ce qui fournit au film une de ses qualités essentielles : l'évident amour du théâtre et des comédiens s'en dégageant, ainsi que le souhaitait Duvivier, avec un attachement particulier aux « petits, aux sans-grade et aux obscurs ». Le cinéaste s'est même, d'une certaine façon, mis en scène pour mieux l'exprimer, en la personne du journaliste incarné par François Périer, avouant à Marny : « Votre voix n'a pas changé. Je l'ai entendue si souvent au Grand Théâtre à Lille » - allusion nette à la propre jeunesse de Duvivier, habitué de ce lieu dans les dernières années d'avant la guerre de 14. Lors d'une scène bouleversante, Marny et Mme Chabert (Gabrielle Dorziat) jouent, dans une grange, pour le seul François Périer. Mais le plus bel hommage aux comédiens vient du plaidoyer de Cabrissade, expliquant que les acteurs « ne sont pas des vieillards comme les autres »... 
LA FIN DU JOUR - Julien Duvivier (1938)

Le monde des acteurs permet d'autant plus à Duvivier de jouer avec le mensonge et la duplicité, entre Cabrissade qui affabule « non pas par méchanceté mais pour que les choses soient un peu plus jolies », et Saint-Clair qui s'envoie d'anciennes lettres pour faire croire à une correspondance amoureuse, après avoir prétendu au début du film qu'il va se retirer sur ses terres. Cabrissade a d'ailleurs toujours été « en dehors », de la réalité, et même de la scène, puisqu'il a toute sa vie appris de grands rôles, comme doublure, espérant en vain la défection d'une vedette. Saint-Clair, lui, non content d'embellir oralement sa vie, va jusqu'à mettre en scène le suicide de Jeannette, lui dictant sa lettre d'adieu (qui est, bien sûr, une lettre d'amour à lui-même). « Le théâtre, quelle vie ! », commente Saint-Clair. « Et la vie, quel théâtre ! », rétorque Cabrissade.

 

Le jeu avec les apparences se poursuit, en quelque sorte, au niveau de l'interprétation. Au-delà du fait que Saint-Clair, Cabrissade et Marny, comédiens oubliés ou méconnus, sont interprétés par trois acteurs très populaires, ceux-ci sont parfois amenés à inverser à l'écran l'image qu'ils ont dans la vie, ainsi dans cette scène où Francen défend le théâtre classique et méprise les « drames bourgeois » face à Jouvet qui déclare détester les pièces en vers et n'aimer que le théâtre « dans un cadre moderne, avec des mots de tous les jours ». Plus cruellement, Francen, censé être dans le film un grand acteur méconnu, est alors fort célèbre mais fréquemment éreinté par la critique, en raison notamment des rôles grandiloquents dont il a abusé. Il y a un malaise à le voir moqué par Simon et Jouvet, eux dont le talent est largement reconnu et applaudi. En tout cas, Francen livre ici une de ses meilleures interprétations, affichant une dignité où perce la douleur.

La mémoire, le poids du passé, causes de souffrances de plusieurs héros de Duvivier, sont ici forcément présents : « Le drame, c'est d'avoir de la mémoire », résume bien Marny. Mais l'on souffre aussi de l'absence de mémoire, que ce soit la sienne, comme Cabrissade bafouillant pathétiquement sur scène, ou celle des autres : « Les hommes n'ont pas de mémoire », soupire Mme Chabert, oubliée par Saint-Clair… Succès éphémères, amertume des échecs, ingratitude ou amnésie du public entrent aussi dans cette ronde des souvenirs. 

 

Trop hâtivement considéré aujourd'hui comme un chef-d'œuvre, La Fin du jour doit être réévalué sans se focaliser sur la noirceur ou les numéros d'acteurs. On y verra, des excès, des scories (l'escapade de Saint-Clair à Monte Carlo ; les scènes avec les scouts) dans un scénario déjà bien rempli, mais aussi une tendre nostalgie, des détails qui serrent le cœur (Odette Talazac chantant Le Temps des cerises que, comme le métier de comédien, on « aimera toujours » mais qui laisse « au cœur une plaie ouverte », une grande richesse dans les thèmes abordés, et - comment s'en étonner - une magnifique mélodie de Maurice Jaubert.

 

Extraits tirés de :
JULIEN DUVIVIER « Le mal aimant du cinéma français » Vol 1 : 1896-1940 – Eric Bonnefille – Edition L’Harmattan – 2002
JULIEN DUVIVIER – Raymond Chirat – Edition Premier Plan – 1968
LE FILM COMPLET DU JEUDI – La Fin du Jour – Renée Leyral – n° 2283 du 29/06/1939
LA FIN DU JOUR - Julien Duvivier (1938)

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