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SINGIN’ IN THE RAIN (Chantons sous la pluie) – 1952 – Stanley Donen, Gene Kelly

Publié le par Laurent Bigot

SINGIN’ IN THE RAIN (Chantons sous la pluie) – 1952 – Stanley Donen, Gene Kelly

Chantons sous la pluie fait partie de ces films si mythiques qu'il n'est guère besoin de les avoir vus pour en connaître les meilleures scènes. Qui n'a jamais admiré Gene Kelly danser dans les flaques ? Qui n'a jamais fredonné Singin' in the rain ?

Avec cette séquence tournée en 1951, l'acteur et son complice Stanley Donen portent à son apogée l'art de la comédie musicale « made in Hollywood ». La grâce aérienne de Kelly, la fluidité de la caméra qui semble presque danser avec lui, une mélodie à la fois romantique et enlevée, tout concourt à un moment de pure magie. Mais si elle reste emblématique du film, la célèbre chanson est loin d'être la seule réussite de Chantons sous la pluie. Les acteurs y sont formidables, les répliques font mouche, et la plupart des numéros musicaux forcent l'admiration par leur inventivité et leur maîtrise. Tout semble même si simple dans une séquence comme « Good Morning » qu'il est impossible d'imaginer les heures de travail acharné qu'elle a nécessité ... À la fois parodie des mœurs hollywoodiennes et déclaration d'amour au cinéma, Chantons sous la pluie constitue en cela une parfaite illustration du célèbre dicton : « There's no business like show business ».

 

SINGIN’ IN THE RAIN (Chantons sous la pluie) – 1952 – Stanley Donen, Gene Kelly

L'histoire :

Lina Lamont et Don Lockwood, qui forment à l'écran un couple célèbre, assistent à la première de leur nouveau film The Royal Rascal. Interviewé par la columnist Dora Bailey, Don raconte à sa manière sa foudroyante carrière depuis ses débuts comme figurant et cascadeur jusqu'à ses fameux derniers rôles. Poursuivi par ses admiratrices, Don s'enfuit dans la voiture de Kathy Selden, une jeune comédienne. Don rejoint la party que donne R. F Simpson, le patron des studios Monumental. On y parle - avec insouciance - des essais de cinéma parlant et Don découvre que Kathy est l'une des danseuses chargées d'égayer l'invitation. Kathy lance une tarte à la crème sur Don qu'elle rate. Lina en revanche la tarte et se venge en faisant renvoyer Kathy. Le succès du Chanteur de jazz bouleverse la production cinématographique et Simpson décide d'arrêter le tournage du film de Don et de Lina The Dueling Cavalier et d'en faire un film parlant. Don et Lina, dont la voix est horrible, prennent des cours de diction et le tournage pose de multiples problèmes. La première est - en raison de défauts techniques - une catastrophe. Cosmo Brown, le fidèle ami de Don, propose alors à ce dernier de faire doubler Lina par Kathy que Don est parvenu à retrouver. Heureux, Don chante sous la pluie. Mais Lina, toujours jalouse de Kathy, exige et obtient de Simpson que sa rivale soit réduite au rôle de doublure vocale. Le nouveau film de Don et de Lina, rebaptisé The Dancing Cavalier, est un succès mais le soir de la première, Don, Cosmo et Simpson révèlent au public que c'est Kathy qui chantait à la place de Lina sur scène. Lina est confondue. Kathy et Don forment dès lors un couple à la fois dans la vie et au Cinéma. 

Donald O’Connor. L'acteur naît le 28 août 1925 dans une famille d'artistes (son père est acrobate, sa mère écuyère). Débutant à l'âge de 12 ans avec ses frères dans le film Melody for Two, il devient vite une vedette de comédies musicales. La série des« Francis » (Comédies où il a pour partenaire un mulet) le rend définitivement célèbre, tout comme Chantons sous la pluie et La Joyeuse Parade, où il s'amourache de Marilyn Monroe. Retrouvant le music-hall dans les années 60, il reviendra au cinéma pour Ragtime et Toys, avant de succomber à une crise cardiaque en 2003.

Le « style Metro »
Entré comme simple parolier à la Metro-Goldwyn-Mayer, Arthur Freed a peu à peu gravi les échelons jusqu'à devenir responsable des comédies musicales, genre dont il a fait le fer de lance du studio. En 1951, il décide de confier un nouveau projet au quatuor qui avait fait deux ans plus tôt le succès d'Un jour à New York : Betty Comden, Adolph Green, Gene Kelly et Stanley Donen. Les deux premiers avaient signé les chansons du spectacle d'origine, avant d'être engagés par la MGM pour transformer leur livret en scénario. Mais cette fois, il ne s'agit pas d'adapter un succès de Broadway. Arthur Freed confie à Comden et Green le soin d'écrire un scénario sur la révolution du cinéma parlant à Hollywood. Comme pour Un jour à New York, la réalisation du film sera confiée à Stanley Donen et Gene Kelly, ce dernier devant tenir en outre le rôle principal. Aucune contrainte n'est imposée aux scénaristes, si ce n'est d'intégrer à l'intrigue des chansons écrites il y a déjà longtemps par Arthur Freed - dont Singin'in the rain

 

SINGIN’ IN THE RAIN (Chantons sous la pluie) – 1952 – Stanley Donen, Gene Kelly
SINGIN’ IN THE RAIN (Chantons sous la pluie) – 1952 – Stanley Donen, Gene Kelly
SINGIN’ IN THE RAIN (Chantons sous la pluie) – 1952 – Stanley Donen, Gene Kelly
SINGIN’ IN THE RAIN (Chantons sous la pluie) – 1952 – Stanley Donen, Gene Kelly
Who's who
Le script qui en résulte est un hommage plein d'humour au cinéma des années 20 et aux premiers films musicaux. Lors du tournage, qui débute en juin 1951, Gene Kelly et Stanley Donen s'amusent à multiplier les clins d'œil aux figures d'Hollywood. La star du muet jouée par Kelly s'inspire ainsi du bondissant Douglas Fairbanks, tandis qu'on reconnaît Louis B. Mayer et la redoutable Louella Parsons dans les personnages du producteur et de l'échotière. Le baron de la May de la Toulon parodie quant à lui le marquis de la Falaise de la Coudraie, qui fut l'époux de Gloria Swanson. Le mafieux du « Broadway Ballet » évoque évidemment le film Scarface, et Cyd Charisse est coiffée à la Louise Brooks ... Poussant très loin ce principe, les réalisateurs vont même jusqu'à utiliser un véritable extrait des Trois mousquetaires, film tourné en 1948 par Gene Kelly. 

 

SINGIN’ IN THE RAIN (Chantons sous la pluie) – 1952 – Stanley Donen, Gene Kelly
SINGIN’ IN THE RAIN (Chantons sous la pluie) – 1952 – Stanley Donen, Gene Kelly
Who's who
Le script qui en résulte est un hommage plein d'humour au cinéma des années 20 et aux premiers films musicaux. Lors du tournage, qui débute en juin 1951, Gene Kelly et Stanley Donen s'amusent à multiplier les clins d'œil aux figures d'Hollywood. La star du muet jouée par Kelly s'inspire ainsi du bondissant Douglas Fairbanks, tandis qu'on reconnaît Louis B. Mayer et la redoutable Louella Parsons dans les personnages du producteur et de l'échotière. Le baron de la May de la Toulon parodie quant à lui le marquis de la Falaise de la Coudraie, qui fut l'époux de Gloria Swanson. Le mafieux du « Broadway Ballet » évoque évidemment le film Scarface, et Cyd Charisse est coiffée à la Louise Brooks ... Poussant très loin ce principe, les réalisateurs vont même jusqu'à utiliser un véritable extrait des Trois mousquetaires, film tourné en 1948 par Gene Kelly. 

 

SINGIN’ IN THE RAIN (Chantons sous la pluie) – 1952 – Stanley Donen, Gene Kelly
SINGIN’ IN THE RAIN (Chantons sous la pluie) – 1952 – Stanley Donen, Gene Kelly
D'arrache pied
Plus encore qu'un film sur le cinéma, Chantons sous La pluie est une comédie musicale, et le duo Kelly / Donen entend bien en faire un modèle du genre. Si Donald O'Connor (Cosmo) est un danseur chevronné, il n'en est pas de même pour Debbie Reynolds, imposée par le studio pour le rôle de Kathy. Kelly, lui a fait subir un entraînement intensif avant le tournage et se montre extrêmement exigeant avec elle sur le plateau - au point que l'actrice dira plus tard que donner naissance à ses enfants et tourner Chantons sous la pluie auront été les épreuves les plus difficiles de sa vie. De son côté, Donald O'Connor devra s'aliter après le tournage éprouvant de la séquence « Make Them Laugh ». Mais Kelly lui-même ne ménage pas ses efforts, notamment dans l'incroyable « Broadway Ballet) qui dure plus de dix minutes (et fait instantanément de Cyd Charisse une grande vedette)... Etonnamment. Le film ne sera pas nommé aux Oscars de l'année 1952 - ce qui ne l'empêchera pas de devenir, à juste titre, la comédie musicale la plus célèbre au monde.

 

SINGIN’ IN THE RAIN (Chantons sous la pluie) – 1952 – Stanley Donen, Gene Kelly
SINGIN’ IN THE RAIN (Chantons sous la pluie) – 1952 – Stanley Donen, Gene Kelly
SINGIN’ IN THE RAIN (Chantons sous la pluie) – 1952 – Stanley Donen, Gene Kelly
« Je préfère, déclarait Stanley DonenSingin' in the Rain à On the Town. C'est plus parfait, plus beau et plus drôle. C'était, je pense, une très bonne idée de faire un film sur la période de transition entre le muet et le parlant. Là encore, c'est Arthur Free qui nous convoqua, Gene et moi, ainsi qu'Adolph Green et Betty Comden, et nous dit : « Si l'on faisait une comédie musicale en nous inspirant d'un vieux film de Jean Harlow ? » Finalement, après bien des palabres, on décida de tourner un film sur cette merveilleuse période qu'est la fin du muet. La M.G.M. ayant acheté les droits de plusieurs chansons d'Arthur Freed, nous avons essayé d'en utiliser le plus grand nombre. Ainsi au départ, nous ne disposions d'aucune ligne directrice ; aucune vedette prévue, si ce n'est Kelly. Le seul point que nous avions en commun était notre passion du cinéma et notre amour pour les films de cette époque que Comden et Green connaissent particulièrement bien. Leurs scénarios sont entièrement originaux, chose rare dans la comédie musicale où l'adaptation est, à peu près, de règle. Ils ont également une admirable connaissance de leur spécialité, ils sont très musiciens et ont collaboré à un grand nombre de spectacles, de « shows ». Ils ont même travaillé dans des cabarets. Pour tout ce qui touche à ce genre, leur sensibilité est immense. Nous avions parlé de ce sujet maintes et maintes fois, et j’étais resté un certain temps sans les voir. Puis, un beau jour, ils m'apportent leur scénario. Je n'oublierai jamais ce jour ... C'était un extraordinaire scénario. »
Ces propos datent de 1963 et Stanley Donen semblait heureux de voir reconnu à sa juste valeur ce qui est de toute évidence la plus belle comédie musicale - avec Tous en scène - de l'histoire du cinéma. En quelques mois - Chantons sous la pluie sera distribué en avril 1952 et Tous en scène en janvier 1953 - l'unité Freed produira ces deux joyaux qui seront oubliés par les votants des Academy Awards, aucun des deux films n'étant nommé ni dans la catégorie du meilleur film, ni dans celle de la  meilleure mise en scène... Comme si l'Oscar obtenu par Un Américain à Paris suffisait pour longtemps !

 

SINGIN’ IN THE RAIN (Chantons sous la pluie) – 1952 – Stanley Donen, Gene Kelly

En 1969, le même Stanley Donen semble pourtant beaucoup moins enthousiaste et affirme : «Aujourd'hui, c'est un très mauvais film. Il y a deux ou trois séquences qui sont assez réussies, mais cela ne tient pas le coup. C'est terriblement sentimental, horriblement irréaliste : il Ia regarde et ils tombent amoureux et ils vécurent heureux en ayant beaucoup d'enfants. Ce n'est pas parce que c'est une comédie musicale que les gens doivent se comporter ainsi. C'est meilleur toutefois que It’s Always fair Weather. Quand je les revois, je ne vois que mes erreurs, que mes fautes, que mes échecs... En 1952, j'étais une personne complètement différente, dans tous les domaines. J'ai traversé des périodes terribles et j'ai énormément changé. C'est comme si vous parliez à une autre personne. Il y a beaucoup de choses excellentes dans ce film : le numéro de Donald O'Connor, « Make'em laugh », tous les gags sur la naissance du cinéma parlant qui sont très drôles, la plupart des chansons sont très bonnes, mais le cadre du film est très pauvre. On se fout qu'ils réussissent ou non leur film ... Bien sûr il y a une joie physique qui vous fait oublier la convention du thème, mais il pourrait en avoir tout autant sur un sujet valable. »

 

SINGIN’ IN THE RAIN (Chantons sous la pluie) – 1952 – Stanley Donen, Gene Kelly
La publication trois ans plus tard du scénario du film avec une préface de Betty Comden et Adolph Green contribuera à une nouvelle polémique. Les deux scénaristes donnent en effet l'impression d'être les seuls auteurs du sujet qu'ils auraient par la suite soumis à Arthur Freed et à Gene Kelly. Dans une interview plus récente - dans Film Comment en juillet 1973 - Stanley Donen a tenu lui-même à rectifier les propos de Betty Comden et Adolph Green et à rappeler que l'élaboration du scénario avait été une œuvre collective à laquelle il avait participé ainsi qu'Arthur Freed et Gene Kelly. Au départ, le film devait se présenter comme un remake de Bombshell de Victor Fleming dont Jean Harlow était la vedette. Il fut bientôt décidé de renoncer à cette idée au profit d'un scénario totalement original, même si certains y voient des idées provenant d'Excess Baggage (1928) de James Cruze, que jouaient William Haines et Josephine Dunn.
 
Arthur Freed avait souhaité que le personnage de Cosmo Brown soit interprété par Oscar Levant mais Donald O'Connor, sous contrat à l'UniversaI, lui fut finalement préféré. 

 

Danseurs et Chorégraphes : Nouvelle donne
De tous les ingrédients qui ont fait le succès de Chantons sous la pluie, les chorégraphies figurent évidemment en bonne place, Danseurs aguerris, Gene Kelly et Stanley Donen ont tenu à les régler eux-mêmes. Après leurs débuts communs à Broadway, les deux hommes ont migré à Hollywood en 1942 : Kelly pour y jouer dans Pour moi et ma mie, et Donen pour l'assister lors des numéros dansés. Les nouveaux venus se font vite remarquer par l'audace des chorégraphies qu'ils mettent au point pour les films de Kelly, aussi la MGM les laisse-t-elle réaliser en 1949 Un jour à New York. Dès ce premier opus, ils enthousiasment le public par le style moderne et joyeux de leur danse. Ils vont plus loin encore dans Chantons sous la pluie, où leurs trouvailles font de chaque séquence musicale un moment d'anthologie. Le plus étonnant restant bien sûr le « Broadway Ballet », dans lequel Kelly et Donen s'offrent le luxe de suspendre l'intrigue du film pendant dix minutes pour nous offrir une succession de numéros éblouissants. Tout en s'inscrivant dans la tradition des « musicals » new-yorkais, ils y flirtent aussi bien avec le ballet classique qu'avec une énergie plus « Jazz ». 

 

SINGIN’ IN THE RAIN (Chantons sous la pluie) – 1952 – Stanley Donen, Gene Kelly
SINGIN’ IN THE RAIN (Chantons sous la pluie) – 1952 – Stanley Donen, Gene Kelly
SINGIN’ IN THE RAIN (Chantons sous la pluie) – 1952 – Stanley Donen, Gene Kelly
SINGIN’ IN THE RAIN (Chantons sous la pluie) – 1952 – Stanley Donen, Gene Kelly
SINGIN’ IN THE RAIN (Chantons sous la pluie) – 1952 – Stanley Donen, Gene Kelly
SINGIN’ IN THE RAIN (Chantons sous la pluie) – 1952 – Stanley Donen, Gene Kelly

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Urgo 01/06/2016 17:16

Il parait que la scène "sous la pluie", fut tournée en extérieur dans un quartier de Hollywood. Les lieux de tournage furent recouverts d'une immense bâche noire, pour simuler la nuit. Puis des lances à incendie firent le reste. Je l'ai lu quelque part, mais je n'arrive pas à trouver l'article de référence.

claude guilhem 25/05/2015 10:39

Il y a c'est vrai un raccord techniquement très discutable dans la scène avec Cyd Charisse en robe verte. Mais ce qui fait réellement la splendeur de ce film c'est l'utilisation, inimaginable et magique du Technicolor avec ses saturations éclatantes !
À lui seul "Chantons sous la pluie" est une démonstration publicitaire pour le génial procédé mis au point par Herbert Kalmus.