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LA REVOLUTION DU PARLANT

Publié le par Laurent Bigot

Un studio dans les années 1920 La caméra, bruyante, est placée dans un caisson insonorisé. L'arrivée du cinéma sonore bouleverse toutes Les méthodes de travail : du scénario (Les dialogues acquièrent une importance majeure) au tournage, dont L'organisation se trouve entièrement reconfigurée, ou au montage, qui doit désormais synchroniser (sur le plan technique) et faire jouer ensemble (sur le plan artistique) deux supports, un pour l'image et un pour le son, celui-ci devenant très vite composite, avec les voix, les bruits et Les musiques. Notons que si la formule «Silence, on tourne!» s'impose sur Les plateaux, les sons entendus dans les salles seront pour l'essentiel longtemps enregistrés séparément, en auditorium.

Un studio dans les années 1920 La caméra, bruyante, est placée dans un caisson insonorisé. L'arrivée du cinéma sonore bouleverse toutes Les méthodes de travail : du scénario (Les dialogues acquièrent une importance majeure) au tournage, dont L'organisation se trouve entièrement reconfigurée, ou au montage, qui doit désormais synchroniser (sur le plan technique) et faire jouer ensemble (sur le plan artistique) deux supports, un pour l'image et un pour le son, celui-ci devenant très vite composite, avec les voix, les bruits et Les musiques. Notons que si la formule «Silence, on tourne!» s'impose sur Les plateaux, les sons entendus dans les salles seront pour l'essentiel longtemps enregistrés séparément, en auditorium.

Comme la couleur et le relief, le son et notamment la parole sont présents dès les débuts du cinéma. Non seulement chercheurs, techniciens et artistes y pensent, mais très tôt on trouve des moyens techniques plus ou moins aboutis pour les mettre en œuvre. Pourtant, jusqu'à la fin des années 1920, soit pendant plus de vingt ans, la grande majorité des films sont conçus et présentés sous une forme muette - à laquelle on ajoute éventuellement une musique, un bruitage ou une narration pendant la projection -, de même qu'ils sont en noir et blanc et en deux dimensions.
 
LA REVOLUTION DU PARLANT
Deux phénomènes très différents expliquent ce délai. D'une part, le cinéma s'est développé en entraînant la mise en place d'infrastructures (les salles, les projecteurs, les écrans) déterminées par ce format de diffusion, et leur transformation supposerait d'énormes aménagements, à un moment où les installations, même largement amorties, fonctionnent encore bien. D'autre part, le cinéma muet a donné lieu au développement de codes narratifs et visuels très sophistiqués, capables d'émouvoir les foules ou de les faire rire, de transposer à l'écran les grandes œuvres des autres arts ou de proposer des réflexions subtiles. Il n'a donc pas besoin de la parole pour s'exprimer de manière nuancée ou efficace. Méliès, Griffith, Chaplin, Murnau, Lang, Gance, Eisenstein, Dulac, Epstein et tant d'autres l'ont prouvé. Du coup, nombreux sont ceux pour qui « langage cinématographique» veut dire uniquement langage du cinéma muet. Au point qu'avec la généralisation du parlant, on évoquera pour la première fois la mort du cinéma, ce serpent de mer qui ne manquera jamais de ressurgir à chaque innovation majeure. Les techniques d'enregistrement du son, et surtout de synchronisation de la parole avec les images, progressent pourtant au cours des années 1920, pour l'essentiel aux Etats- Unis et en Allemagne.
 
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Elles utilisent principalement deux procédés, soit le disque, soit une pellicule spéciale portant l'enregistrement sonore et qui peut être lue en même temps que la pellicule image est projetée. Ces essais obtiennent des résultats techniquement prometteurs, également pour ce qui concerne la possibilité de diffuser les sons dans les grands volumes que sont les salles de cinéma, grâce aux progrès de l'amplification. Aux Etats-Unis, une part décisive de ces recherches est stimulée par un studio de taille encore modeste, Warner Brothers, qui rêve de s'imposer face à ses concurrents grâce à cette nouveauté, mais aussi par les grandes sociétés d'appareils électriques AT &T et Western Electric. Elles fourniront les moyens techniques et financiers qui permettront au cinéma parlant de se développer à une échelle industrielle, après une série d'étapes intermédiaires, en particulier des films d'opéra (Don Juan, 1926) et des actualités, notamment liées à la traversée de l'Atlantique par Lindbergh en mai 1927. Sous la houlette des grands industriels qui ont créé l'ERPI (Electrical Research Products Inc.) en 1926, les principaux studios organisent le passage « global» au parlant. Une production Warner fait figure de titre fondateur, The Jazz Singer (Le Chanteur de jazz) d'Alan Crosland. Sorti le 6 octobre 1927, ce film non seulement (un peu) parlant mais (bien davantage) chantant est un immense triomphe, qui doit aussi à la popularité de l'acteur principal, Al Jolson. Le scénario (l'histoire d'un jeune chantre juif qui hésite entre chanter pour sa communauté et faire carrière à Broadway) souligne un enjeu majeur qui va se dessiner pour le cinéma à partir de la généralisation du sonore, sa relation avec les arts de la scène, dont il devient un concurrent encore plus direct dès lors qu'il parle et chante, mais par lesquels il peut être encore plus directement et profondément influencé, au risque de perdre de sa singularité,
 
 

 

 

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L'accueil réservé au Chanteur de jazz par le public américain est enthousiaste. Et cet enthousiasme est le signal de la grande mutation technique et logistique nécessitée par un passage généralisé au cinéma sonore. Le consortium d'entreprises électriques et les Majors alliés autour du projet ont les moyens d'organiser rapidement un basculement des salles vers de nouveaux équipements. En un an, tous les grands studios sont passés à la production 100 % sonore. Au moment où l'Amérique va devoir affronter la Grande Dépression de 1929, le parlant a démultiplié l'attractivité du cinéma pour en faire une sorte de refuge face aux difficultés de l'existence. Le cinéma va devenir plus populaire encore que jamais auparavant. Tout Hollywood - acteurs, réalisateurs, scénaristes, techniciens, producteurs - doit passer« l'épreuve du son ». Certains s'en sortent très bien et poursuivront une carrière, d'autres sont incapables de faire face aux nouvelles contraintes et aux nouvelles possibilités : pour les acteurs, cela tient à des voix déplaisantes, à l'incapacité à retenir ses dialogues ou à jouer et parler en même temps ; pour les réalisateurs et les scénaristes, c'est une tout autre manière de raconter qui se met en place. Certains s'y refusent, y compris parmi les plus grands. Chaplin mettra ainsi une décennie à accepter complètement le parlant, tout en ayant progressivement laissé entrer du son dans ses films. Mais la carrière de Buster Keaton est brisée comme celle de Louise Brooks et de beaucoup d'autres grandes vedettes - Douglas Fairbanks, Mary Pickford, Gloria Swanson... 

 

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Boulevard du crépuscule (Sunset Boulevard) - Billy Wilder (1950) - Gloria Swanson (Nema Desmond) Plusieurs films ont raconté les effets de L'irruption du parlant. Si l'éblouissant Chantons sous La pluie est le plus célèbre, le plus émouvant est certainement Sunset Boulevard où Gloria Swanso interprète le rôle d'une star qui lui ressemble beaucoup, vedette au zénith de sa gloire dont la carrière a été brisée par L'arrivée du parlant. Cet événement est également l'argument de The Artist, film (presque) muet réalisé par Michel Hazanavicius en 2011.

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