Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

TO HAVE AND HAVE NOT (Le port de l’angoisse) – 1944 – Howard Hawks – Bacall / Bogart

Publié le par Laurent Bigot

TO HAVE AND HAVE NOT (Le port de l’angoisse) – 1944 – Howard Hawks – Bacall / Bogart

En 1944, Humphrey Bogart a enfin atteint la célébrité qui lui avait si longtemps fait défaut. Il lui avait fallu 20 années difficiles pour rencontrer le succès et il était déterminer à la préserver. Sa vie privée, cependant, était une autre histoire. Ses problèmes domestiques s’amplifiaient car sa femme, Mayot Methot, devenait de plus en plus instable physiquement et mentalement. A l’autre bout du pays, un jeune mannequin, Betty Perske, entamait le même voyage de New York à Hollywood que Bogart avait entrepris 10 ans plus tôt. L’écrivain Hemingway et le réalisateur Hawks formeront le duo improbable qui réunira Bogart et Perske, donnant naissance à l’une des romances les plus légendaires d’Hollywood. 

TO HAVE AND HAVE NOT (Le port de l’angoisse) – 1944 – Howard Hawks – Bacall / Bogart

Fiche d’un riche entrepreneur du papier de l’Indiana, Howard Hawks, parfois surnommé « le Renard gris », écrivait et réalisait depuis son arrivée à Hollywood dans les années 20.
Dans les années 40, il était un des talents les plus respectés du milieu. Pendant des années, Hawks avait voulu adapter à l’écran un roman d’Hemingway. Il se vantait de pouvoir tirer un film de a pire chose qu’Hemingway ait écrite. « Laquelle est-ce ? a demandé Hemingway. Le Renard gris a répondu : «Ce ramassis de bêtises : To Have and Have Not ». Hawks a passé le roman à Jules Furthman, scénariste du studio et associé de longue date. Ses différentes versions ressemblaient beaucoup au roman qui se révélait problématique : Un contrebandier de rhum à Cuba se lie à des braqueurs de banque révolutionnaires et se fait tuer à la fin. L’idée d’une adaptation à l’écran déplaisait à l’administration Roosevelt, celle-ci a tenté de forcer le studio à annuler le film en bloquant le permis d’exploitation car il décrivait la corruption et la violence de Cuba. Alors Hawks a eu une autre idée. Des repérages ont montré une île isolée des Caraïbes hors d’atteinte du gouvernement américain : la Martinique de Vichy, la solution était simple : changer l’emplacement. Hawks a passé la version de Furthman à son scénariste préféré, William Faulkner, c’était un rêve devenu réalité pour Faulkner qui était ravi de collaborer avec Hemingway, qui avait plus de succès. En une semaine, Faulkner a déplacé l’histoire en Martinique, éliminé des épisodes, en a créé de nouveaux, a changé les personnages et les a tous situés sous le même toit d’un hôtel. Le scénario, cependant, était le cadet des soucis de Hawks, il s’attachait plus à faire une star d’une totale inconnue.

 

TO HAVE AND HAVE NOT (Le port de l’angoisse) – 1944 – Howard Hawks – Bacall / Bogart
Contrairement à Bogart, Betty Perske n’était pas riche quand elle est venue au monde en 1924, fille d’une pauvre famille juive du Bronx, ses parents avaient divorcé quand elle est était petite et elle voyait rarement son père. Elevée par sa grand-mère, dont le nom était Bacall, elle fréquentait l’Académie d’arts dramatiques et adulte, elle obtint quelques rôles à Broadway. Elle était aussi mannequin et sa photo en couverture d’Harper’s Bazaar en 1943 a attiré l’œil de Nancy « Slim » Gross, la femme d’Howard Hawks, elle lui a montré la couverture et il a tout de suite été captivé par le regard oppressant qui le fixait.
 
Hawks a amené le mannequin à Hollywood, signant avec elle un contrat exclusif de sept ans qui démarrait à 100 dollars par semaine. Hawks a commencé à transformer Betty Perske en Lauren Bacall, mais le studio n’était pas sûr qu’elle corresponde au personnage de Marie, une femme endurcie par la vie. Pour gagner du soutien, Hawks lui a présenté Bogart sur le tournage de Passage to Marseille, mais il n’y a pas eu d’entente immédiate, comme elle l’a dit. Pour l’essai de Bacall pour To Have and Have Not , on dit que Hawks a écrit la célèbre « scène du sifflet », même si on n’est pas sûr qu’il fut le véritable auteur. Pendant le tournage, Faulkner a trouvé le moyen d’insérer cette scène qui n’était pas dans le scénario original. L’essai a gommé les derniers doutes que le studio pouvait avoir et Hawks a organisé une seconde rencontre avec Bogart.
 
TO HAVE AND HAVE NOT (Le port de l’angoisse) – 1944 – Howard Hawks – Bacall / Bogart
Comme le remarque Jacques Lourcelles, Le port de l'angoisse est une sorte de remake de Casablanca où Humphrey Bogart s'engage dans une action qu'au départ il dédaignait ou traitait à la légère. Mais dit-il "à l'inverse de Casablanca, les personnages ne songent guère au passé, et l'avenir les tourmente peu. Ils vivent au présent et y évoluent à l'aise. Hawks est dans son classicisme, le cinéaste du présent et, par extension, le cinéaste du bonheur (...) Les personnages coulent, sans se prendre au sérieux, leur envie d'action et leur goût du bonheur. Pas plus qu'ils ne songent à composer sur le plan moral, à accepter tel ou tel compromis, les acteurs qui les incarnent n'ont à se soucier de la composition. Hawks est à la recherche de la dimension minimale entre ses personnages et ses interprètes, au moins en ce qui concerne leur caractère, et il l'a trouvée ici au-delà de toutes ses espérances. L'ironie l'insolence tranquille de Laureen Bacall faisaient d'elle dès l'origine un personnage hawksien à part entière et Hawks a rassemblé autour d'elle, comme dans tant de ses films, un groupe de personnages qui se comprennent, s'estiment, se ressemblent et font de cette communauté de vues et de caractères la base de leur action."
 
Jacques Lourcelles rappelle que le film et né d'une blague et d'un défi. Hawks avait assuré à Hemingway qu'il pourrait tirer un bon film même de sa plus mauvaise histoire. Hemingway proposa son roman To have and have not.
Le film fut refait deux fois, la première par Michael Curtiz avec Trafic en haute mer (1950) puis par don Siegel avec The gun runners (1958).
 
Source : Jacques Lourcelles, Dictionnaire du cinéma
 
TO HAVE AND HAVE NOT (Le port de l’angoisse) – 1944 – Howard Hawks – Bacall / Bogart

Et l’histoire… Fort de France sous la tutelle du Gouvernement de Vichy durant l’été 1940. Harry Morgan est un aventurier américain qui gagne sa vie en louant son bateau pour des parties de pêche à l’espadon. Bien que la cause des résistants français de Martinique lui soit sympathique, Morgan refuse d’être mêlé de quelque façon à leur lutte clandestine. Aussi leur refuse-t-il de mettre son si précieux bateau à leur disposition. Mais lorsque son dernier client, Johnson, est abattu dans une rafle avant d’avoir pu payer sa dette, Morgan, désormais sans le sou, se trouve contraint de déroger à ses principes...

TO HAVE AND HAVE NOT (Le port de l’angoisse) – 1944 – Howard Hawks – Bacall / Bogart

Le scénario inachevé, le tournage a démarré me 29 février 1944,  avec Bacall qui demande : « Quelqu’un a une allumette ? » Elle était si nerveuse qu’elle tremblait de frayeur, Bogart essayait de l’aider à se détendre, mais elle comprit que la seule façon de cacher son tremblement « tait de rester tête basse, de baisser le menton et de lever le regard, c’était la naissance du « regard » qui l’a rendue célèbre. Avec Bogart, Bacall a pris confiance et a commencé à s’imposer dans le film, Hawks a réduit les scènes de Dolorès Moran et a consolidé le rôle de Bacall.

TO HAVE AND HAVE NOT (Le port de l’angoisse) – 1944 – Howard Hawks – Bacall / Bogart
TO HAVE AND HAVE NOT (Le port de l’angoisse) – 1944 – Howard Hawks – Bacall / Bogart
Intermède musicale avec Hoagy Carmichael !
 
Dans le film, Bacall chante How Little We Know de Hoagy Carmichael et Johnny Mercer ainsi qu'une autre chanson de Carmichael intitulée "Hong Kong Blues" (coécrite par Stanley Adams).
Un autre titre est "Am I Blue?", écrite par Harry Akst et Grant Clarke.
TO HAVE AND HAVE NOT (Le port de l’angoisse) – 1944 – Howard Hawks – Bacall / Bogart

Trois semaines de tournage et la célèbre romance de Bogey et Bacall a commencé, il est allé lui dire bonne nuit dans sa loge, s’est penché impulsivement lui a mis la main sous le menton et l’a embrassé sur les lèvres. Il lui a fait écrire son numéro sur une boîte d’allumettes, elle l’a fait avec joie. C’était un comportement inhabituel pour Bogart qui était connu pour sa fidélité quand il s’agissait de mariage.

Leur romance a eu un effet positif sur le tournage qui est devenu irrévérencieux et détendu, Hawks était le seul à ne pas être content, il était furieux et jaloux de leur relation, vexé que Bacall n’est pas craqué pour lui… Il avait une histoire avec Dolores Moran et une figurante, Dorothy Davenport. Si Hawks n’était pas content, la femme de Bogart l’était encore moins, elle a commencé à venir au studio , l’équipe avertissait Bogart et Bacall et disait à Mayo que Bogart était sorti avec les acteurs pour l’éloigner. Mais une fois le film dans la boîte après 62 jours de tournage, Bacall est allée chez les Hawks et Bogart retourna auprès de Mayo. Moins d’un an auparavant, Betty Perske n’était qu’une aspirante actrice et mannequin, mais durant les semaines précédant la première de To Have and Have Not, Hawks et la Warner l’ont mise sous le feu des projecteurs, réinventant son passé pour la remodeler en Lauren Bacall, star. 

 

 

TO HAVE AND HAVE NOT (Le port de l’angoisse) – 1944 – Howard Hawks – Bacall / Bogart
TO HAVE AND HAVE NOT (Le port de l’angoisse) – 1944 – Howard Hawks – Bacall / Bogart

Quand le film est enfin sur les écrans, le public a adoré le couple Bacall-Bogart. Avec l’agitation suscitée par To Have and Have Not,  Bogart a fait face à une crise, il voulait divorcer de Mayo mais elle sombrait de plus en plus dans l’alcoolisme. A l’automne 1944, commençait le tournage du projet suivant de Hawks : The Big Sleep (Le grand sommeil).  Les choses avaient changé, on ne s’amusait plus autant sur le plateau. La vie privée et agitée de Bogart le rendait lunatique, réputé professionnel, il commençait à arriver mal préparé, Bacall était son seul rayon de soleil. A Noël, il est venu avec un siflet en or avec l’inscription : « Si tu as bseoin, siffle », tois jours après la fin du tournage, on annonçait leurs fiançailles.

 

TO HAVE AND HAVE NOT (Le port de l’angoisse) – 1944 – Howard Hawks – Bacall / Bogart

Commenter cet article