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1 - THE BIG HEAT (Règlement de comptes) de Fritz Lang (1953) avec Glenn Ford et Gloria Grahame

Publié le par Laurent Bigot

1 - THE BIG HEAT (Règlement de comptes) de Fritz Lang (1953) avec Glenn Ford et Gloria Grahame
Dans la première scène du film, on assiste au suicide de Duncan. C’est donc bien la mort qui, inexorablement, met le film en marche. Elle lance l’action. Celle-ci manifeste aussitôt son objet : le conflit initial chez Fritz Lang qui se joue entre innocence et culpabilité. Une main pénètre dans le cadre, se saisit de l'arme, revient en arrière accompagnant le recul de la caméra, sort du cadre. Ne reste de visible que le bureau, le temps d'y entrevoir une enveloppe bien blanche sur laquelle est posée la plaque d'un officier de police. La caméra stoppe, reste immobile. Soudain, un coup de feu. Le haut d'un corps pénètre dans le cadre, s'affale, de dos, sur le bureau. Sa main tient toujours le revolver qui échoue directement sur l'enveloppe. Elle en souligne la présence, mieux, en désigne fortement l'importance.

 

1 - THE BIG HEAT (Règlement de comptes) de Fritz Lang (1953) avec Glenn Ford et Gloria Grahame
Dans le deuxième plan, le cadre s'est élargi. Nous gardons toujours le torse du suicidé, en bas de l'écran, mais nous apercevons maintenant un bureau - saIon au fond duquel est accroché un escalier. Aussitôt, une femme - ce ne peut-être, évidemment, que l'épouse, Bertha Duncan, en chemise de nuit et bigoudis - le dévale et sa précipitation visualise comme la projection de notre propre impatience. Lang lui accorde cinq plans, juste le temps de couvrir et achever la séquence d'ouverture. Et en cinq plans relativement courts nous allons éliminer ce qui aurait dû, émotionnellement, être la vue des sanglots d'une veuve éplorée pour privilégier, révéler et mettre en branle l'efficacité d'une femme dure, cruelle, agressive métamorphosée en redoutable maître-chanteur. Bref nous rejetons la sensiblerie du mélodrame. Il faut que son comportement nous intrigue nous fascine, nous entraine, et nous permette de feindre que nous ne sommes pas consentants.
 
Notre veuve a maintenant, main tenant, un document qui lui permet de menacer ou monnayer l'existence d'autres personnes et d'en tirer une rente des plus confortables. Si ces dernières payent, elles sont assurées de continuer, sans risque, leur trafic. Si elles refusent, tombera le châtiment. Donc, fin de la première scène qui avait commencé par un revolver et se termine par une arme plus efficace encore, voire redoutable : le téléphone, moyen idéal pour exercer le chantage. D'où l'importance et l'abondance de son utilisation dans The Big Heat. Sur lui, va s'achever le sixième plan de la première scène. Bertha Duncan serre fermement l'appareil. On note la façon dont elle se raidit en se redressant, tandis que la caméra, par un rapide travelling avant, relance l'action en venant capter un dialogue d'une rare sécheresse : Lagana - heure matinale - veuve. Aucun sentiment affectif. D'emblée, nous sommes dans le business, dans les affaires, aux USA. Car, la manœuvre de la veuve Duncan menace non seulement Lagana mais politiquement le système mafieux de corruption politique qui gangrène la ville et dont il est le maître. Le chantage est implacable. Il lui faut absolument trouver un arrangement avec elle. En deux mots : accepter le chantage et payer…
 
REGLEMENT DE COMPTE – Jean Douchet – Wild Side - 2014
1 - THE BIG HEAT (Règlement de comptes) de Fritz Lang (1953) avec Glenn Ford et Gloria Grahame
1 - THE BIG HEAT (Règlement de comptes) de Fritz Lang (1953) avec Glenn Ford et Gloria Grahame

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