Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

4 - LE MAGOT DE JOSEFA – Claude Autant-Lara (1963)

Publié le par Laurent Bigot

Marie-Magdeleine Brumagne qui suivit quelques journées du tournage de ce film en écrivit un reportage d'où l'on peut extraire ces lignes : « Les cars de la production cernent la petite église de Bussy-le-Grand, à soixante kilomètres de Paris. L'église de ce village qui compte 800 habitants est désaffectée. Les miracles de la décoration ont rendu au cimetière un aspect « vivant »... si l'on peut dire. Tombes en stuc, couronnes défraîchies et emperlées, pans de murs qui sonnent creux. L'illusion est telle que les villageois viendront en troupe, au cours de l’après- midi, pour voir l'effet de ce rhabillage scénique. En face de l'église, un petit café-épicerie, une fontaine, plus vrais que nature, donnent l'impression d'avoir toujours existé à cet endroit. .. A l'heure du déjeuner, cinéaste, acteurs et techniciens se retrouvent à la cantine : des bancs et des tables disposés dans une rue étroite. Et l'on mange en riant, tandis que Bourvil chantonne de vieux refrains qui amusent l'assemblée. Seule Magnani manque à l'appel. Elle reste dans la maison qui sert de mairie pour les besoins du film. Elle donne à manger à son chien dont elle ne se sépare pas. Quand sa présence est nécessaire, on la voit traverser la rue, le visage fermé, comme blessé par la vie. Elle est belle. De cette beauté sauvage et émouvante de la femme qui vieillit, qui le sait et qui a choisi d'être seule, peut-être parce qu'elle a trop souffert, qu'elle a été trop souvent déçue ...
4 - LE MAGOT DE JOSEFA – Claude Autant-Lara (1963)
Une chose est frappante lorsque Autant-Lara dirige ses interprètes. On éprouve que se tisse un sentiment d'étroite et profonde communion entre ceux qui jouent devant la caméra et lui, qui (assis contre elle) suit ou provoque leurs gestes, leurs évolutions. Il n'y a pas de commandements impératifs, d'énervements, mais une parfaite harmonie, une secrète entente qui laisse à chacun la plus parfaite liberté dans la plus rigoureuse discipline.» Cette notation montre bien comment Autant-Lara se transforme en chef d'orchestre qui, après avoir ordonné l'espace du jeu (lumière, ambiance, décor, choix de l'angle), mime, faisant corps avec l'appareil de prise de vues, les gestes de tous ses interprètes en leur dictant le sens du mouvement et son tempo, méthode qui lui est propre et dont il a su tirer de surprenants résultats, avec Bourvil notamment qui, jamais, ne fut meilleur qu'avec lui. 
 
CLAUDE AUTANT-LARA – Freddy Buache – Editions L’Age d’Homme (1982)
4 - LE MAGOT DE JOSEFA – Claude Autant-Lara (1963)

Commenter cet article