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ANNA MAGNANI

Publié le par Laurent Bigot

ANNA MAGNANI

 

Anna Magnani est une actrice italienne, née le 11 avril 1908 à Alexandrie (Égypte) d'une mère italienne et d'un père d'origine égyptienne ; morte à Rome le 26 septembre 1973 d'un cancer. A Rome depuis l'âge de cinq ans, elle suit des cours de comédie quand elle en a seize et débute à dix-huit ans (1926) sur les planches sous la direction de Silvio D'Amico. On la remarque d'abord dans une pièce d'Eugène O'Neill, Anna Christie. Ses débuts au cinéma se situent en 1934, dans un film de Nunzio Malasomma intitulé L'AVEUGLE DE SORRENTE (La Cieca di Sorrento) puis dans TEMPO MASSIMO de Mario Mattoli la même année. En 1935, elle épouse (et vit peu de temps avec) le metteur en scène Goffredo Alessandrini. Celui-ci ne croit guère à la carrière cinématographique de sa femme, mais lui donne quand même un rôle dans son film CAVALLERIA, en 1935. Elle tourne encore la même année TRENTE SECONDES D'AMOUR de Mario Bonnard, mais ses apparitions à l'écran sont espacées. En vérité, entre ce film de M. Bonnard, en 1936, et l'année 1941 qui verra sa carrière prendre son essor, elle ne tourne que dans deux films : TARAKANOVA de Fedor Ozep avec Annie en 1938 et UNE LAMPE A LA FENETRE de Gino Talamo en 1940.

ANNA MAGNANI

La chance lui vint en 1941 par sa rencontre avec Vittorio De Sica qui lui confie dans TERESA VENERDI le rôle d'une actrice de variétés prodigue et expansive, «faisant dépendre tout son jeu d'une vulgarité profonde, incoercible, innée, avec le désir permanent - mais ce n'est qu'un vernis qui craque à chaque instant - d'apparaître comme une dame». Ainsi lui fut-il offert pour la première fois un rôle non seulement qui luI permit de camper un vrai personnage, mais dans lequel son tempérament put se donner libre cours. Désormais, elle possédait un «type», et, le cinéma aimant «classer» ses interprètes, les propositions affluèrent. Elle tourna six films en 1942-1943 : LA FORTUNE VIENT DU CIEL (Akos Rathonyi) ; L'AVVENTURA DI ANNABELLA (Leo Menardi); LA VITA E BELLA (C.L. Bragaglia) ; CAMPO DE FIORI (M. Bonnard) ; L'ULTIMA CAROZELLA, (Le Diamant mystérieux, M. Mattoli) ; IL FIORE SOTTA GLI OCCHI (G. Brignone). La production italienne est alors à peu près réduite à néant par la fin de la guerre, mais Anna Magnani va devenir la grande vedette féminine du renouveau, grâce au film de Roberto Rossellini, ROME VILLE OUVERTE (Roma Città aperta), qui, en 1945, marque une date importante dans l'histoire du cinéma mondial : c'est le premier film néo-réaliste, et aussi le premier film italien qui acquiert presque immédiatement une notoriété internationale. Cette femme typiquement italienne, habillée de noir dont le visage attachant reflète la tragique exubérance de Rome pendant la libération, devient du jour au lendemain une vedette connue dans le monde entier. Elle a alors trente-sept ans. Elle joue ce rôle avec une force, une conviction et une sobriété comparables seulement à celles des actrices russes de l'époque révolutionnaire. Femme du peuple liée à la Résistance, elle est enceinte et veut arracher l'homme qu'elle aime aux griffes des nazis qui l'emmènent, mais elle tombe sous les coups de feu d'un Allemand. Il y avait une telle poésie de la vie dans son interprétation qu'Anna Magnani fut considérée comme une actrice unique au monde. Et il est vrai que, à cette époque, aucune ne montra autant de caractère.

ANNA MAGNANI

Il y eut là, avec ROME VILLE OUVERTE, la rencontre privilégiée d'un sujet, d'un réalisateur et d'une interprète, et ce film demeure sans conteste non seulement le coup d'éclat, mais le sommet de la carrière de l'actrice. Naturellement, celle-ci tourne ensuite un film après l'autre, mais même ses meilleures prestations sont d'un niveau bien inférieur, et l'on ne remarque guère que le film baroque, désordonné, mais attachant de A. Lattuada : IL BANDITO (1946), et celui, plus conventionnel, de Luigi Zampa : L'ONOREVOLE ANGELINA (L'Honorable Angelina, 1947), conçu comme un véritable «festival Anna Magnani», où elle met certes en lumière toute l'étendue et la diversité de son talent, mais au service d'un néo-réalisme qui retombe dans le populisme. La même année 1947, Rossellini bâtit pour elle un film en deux parties distinctes (en réalité deux moyens métrages accouplés) : AMORE. Elle y interprète dans la première partie le monologue LA VOIX HUMAINE que Jean Cocteau avait écrit pour le théâtre et, dans la seconde partie, LE MIRACLE, le personnage d'une illuminée qui croit porter en son sein un enfant de Dieu (ce scénario écrit et interprété aussi par F. Fellini, mais réalisé par Rossellini était finalement plus fellinien que rossellinien, et ce fut la seule rencontre cinématographique de l'actrice avec l'univers du premier : ils s'accordèrent, mais au prix de concessions au «métier» et aux dépens de cette spontanéité qui avait fait la gloire de la Magnani).

ANNA MAGNANI

Vinrent alors quatre années difficiles pour Anna Magnani. Autant elle avait été sollicitée entre 1945 et 1947, autant elle fut négligée de 1948 à 1952 : le cinéma italien la tint pratiquement en quarantaine. On sembla considérer que la popularité de l'actrice était désormais tombée, «usée». Sa rupture personnelle avec Rossellini - lui-même au creux de la vague dans la même période, ballotté entre l'échec commercial d'ALLEMAGNE ANNEE ZERO, sa tentative d'amadouer la démocrate-chrétienne toute-puissante avec un SAINT FRANOIS D'ASSISE, et l'aventure imprévue que représentait pour lui, professionnellement et sentimentalement, l'arrivée d'Ingrid Bergman dans son univers - cette rupture avec Rossellini, donc, la laissa désemparée à tout point de vue. Rossellini ayant mis en chantier pour Ingrid Bergman, en 1949, un STROMBOLI, elle accepta non sans humour d'être la vedette d'un VULCANO de William Dieterle, la même année. Mais cette petite guerre des volcans n'ayant que peu convaincu le public et les producteurs, elle ne trouva que Lucchino Visconti en 1951 pour lui offrir un rôle dans un film : ce fut BELLISSIMA, œuvre estimable, où l'on retrouvait la Magnani des années antérieures, humaine, obstinée, fière et meurtrie. Mais cela n'était pas l'un des meilleurs films d'un Visconti alors à la recherche (après l'aventure de LA TERRE TREMBLE) d'une esthétique cinématographique nouvelle et personnelle.

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Elle accepta alors de tourner dans un film de son mari, G. AIlessandrini, CAMICIE ROSSE (Les Chemises rouges, 1952, avec Raf Vallone, un médiocre film historique sur Garibaldi). Heureusement pour elle, Jean Renoir vint qui lui offrit le rôle de Camilla dans LE CARROSSE D'OR, la même année 1952. Elle y fut admirable, éblouissante, indispensable, et le succès du film aux États-Unis la fit appeler par Hollywood en 1954 seulement. Aux États-Unis, on lui donna à jouer LA ROSE TATOUEE (The Rose Tattoo, 1955) adapté par Daniel Mann d'une pièce de Tennessee Williams. Dans ce film de fausse violence et de fausse ambiance, où elle donnait la réplique à Burt Lancaster, elle réussit à être si convaincante qu'elle en fut récompensée par un Oscar (1955). Elle est retournée aux États-Unis en 1957-1958 pour WILD IS THE WIND (Car sauvage est le vent) de G. Cukor, après avoir obtenu la Coupe Volpi de la Meilleure Interprétation au Festival de Venise 1956 pour un film lacrymogène de Mario Camerini, SUOR LETIZIA, où elle avait profité d'une scène pour montrer sa grande sincérité. En 1958, on la voit encore dans un film italien de Renato Castellani : NELLA CITIA L'INFERNO (L'Enfer dans la ville). En 1959, elle tourne avec Marlon Brando à Hollywood THE FUGITIVE KIND (L'Homme à la peau de serpent, de Sydney Lumet) qui n'ajoute rien à sa gloire et, en 1960, en Italie, RISATE DI GIOIA (Larmes de joie) de Mario Monicelli.

ANNA MAGNANI

Il semble que la carrière d'Anna Magnani, la cinquantaine largement venue, se soit trouvée tributaire non pas d'un «emploi» de cette comédienne, mais de rôles déterminés, plus ou moins spécialement écrits pour elle.  En 1963, elle tourne LE MAGOT DE JOSEFA, farce paysanne de Claude Autant-Lara avec comme partenaires : Bourvil et Pierre Brasseur. Elle apparaît pour la dernière fois à l’écran en 1972 dans l’hommage que son ami Federico Fellini rend à sa ville natale : FELLINI ROMA.

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