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BOURVIL

Publié le par Laurent Bigot

BOURVIL
Né le 27 juillet 1917 à Pétrot-Vignemare, élevé à Bourville (Seine maritime), André Raimbourg fut cultivateur, aide-boulanger et militaire, avant de se faire connaître de la population locale du bourg dont il prit le nom pour pseudonyme. Il commença par y chanter de sa voix de fausset, pour les copains, quelques chansons du crû. Ces premiers succès d'un homme qui mène une existence difficile et grise le conduisent à penser qu'il doit tenter la grande aventure : il part pour la capitale.
En 1943, il passe en attraction, avant la projection du film, dans un petit cinéma de Paris. Vêtu d'un costume paysan mal taillé qui accentue son aspect de provincial pas très évolué, la frange sur le front, jouant de l'accordéon ou poussant le refrain, il réjouit ses auditoires. Le radio s'empare de lui. C'est la célébrité. Logiquement, le cinéma vient à sa rencontre. En 1945, Jean Dréville lui offre son premier rôle dans La ferme du pendu. En 1946, il tourne avec Berthomieu son premier film en vedette, Pas si bête (ce qui, à son propos est un véritable titre-programme). Mais sa renommée cinématographique rapide et imprévisible ne l'empêche pas d'aimer interpréter des opérettes, La bonne hôtesse, La route fleurie, Pacifico.
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Les cinéastes lui offrent de bons rôles et de moins bons. De ces derniers, il s’accommode ; Il les utilise pour perfectionner son métier. Il travaille avec Clouzot, Guitry, René Clair, Cayatte. En 1956, la Traversée de Paris lui vaut le Prix d'interprétation masculine à Venise. Il s'en étonne car l’honneur, à ses yeux, aurait dû revenir à Gabin, ce qui ne l’empêche pas de s’en réjouir et d'associer à sa joie son metteur en scène avec toute l'équipe.
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Chaque nouveau personnage à composer lui donne une occasion nouvelle de mieux comprendre les hommes, de mieux se connaître lui-même. Sa carrière fut une sorte d'éducation continue, une manière de garder en éveil une intelligence qui, chez lui, préférait à la culture cultivée et à l'exhibitionnisme intellectuel le savoir du cœur. Sa générosité, son sens du compagnonnage et sa gentillesse furent des qualités que lui reconnurent sans l'ombre d'une réserve tous ceux qui collaborèrent avec lui, d'une manière ou d'une autre. Ainsi, ce villageois maladroit, timide et apparemment pas très dégourdi devint-il une personnalité riche en nuances, en sensibilité, dont les pouvoir de sympathie, au-delà de la mort, n'ont pas fini de toucher le public. Bourvil a su adapter son talent à ses propres possibilités d'emplois.
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Les grands acteurs ne sont pas formés par le Conservatoire ou par les cours d'art dramatique, mais par la vie, par des qualités humaines (ou par des défauts) qui s'éprouvent dans le quotidien, dans des vertus d'émerveillement et d'observation rejaillissant ensuite sur la scène ou devant la caméra. Bourvil possédait ces vertus-là ; ce fut un grand acteur, quelles que soient par ailleurs les inégalités de sa filmographie. En près de soixante films ou pendant des spectacles comme La route fleurie (avec Georges Guétary) qui dépassa les mille représentations, le public l'a bien senti. Bourvil est mort le 23 septembre 1970, à Paris. « Il n'a pris la place de personne. Il n'y a personne pour le remplacer» écrivait Michel Cournot dans le Nouvel Observateur (28.8.1970). 

CLAUDE AUTANT-LARA – Freddy Buache – Editions L’Age d’Homme (1982)

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