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DAÏNAH LA METISSE – Jean Grémillon (1932)

Publié le par Laurent Bigot

DAÏNAH LA METISSE – Jean Grémillon (1932)
L'histoire de Daïnah la métisse sent le soufre dans le paysage relativement aseptisé du cinéma français de l'époque : une jeune et belle métisse (Laurence Clavius), mariée à un Noir (Habib Benglia), sème le trouble parmi les passagers du paquebot de luxe qui fait le voyage entre la France et la Nouvelle-Calédonie. Sous le regard complaisant de son mari, elle se prête à la cour assidue d'élégants oisifs, pendant que les femmes médisent de sa conduite. Mais, bientôt lasse des hommages mondains, elle se laisse aborder par un homme d'équipage (Charles Vanel) qui tente de la violer. Elle le mord et s'enfuit, puis cherche à le revoir malgré ses menaces ; il se venge en la jetant par-dessus bord. Son mari, qui a deviné le drame, devant l'inertie des autorités du bord, décide de se faire justice lui-même et tue l'assassin de sa femme en le précipitant du haut de la salle des machines.
DAÏNAH LA METISSE – Jean Grémillon (1932)
Le scénario est adapté par Charles Spaak d'après le roman de Pierre Day La Métisse ; et si le rôle titre est tenu par une jeune inconnue, Laurence Clavius, elle est épaulée par des acteurs confirmés comme Charles Vanel (depuis 1912, il a déjà tourné une quarantaine de films), Habib Benglia, Gaston Dubosc, et Gabrielle Fontan. Seule la version tronquée a pu être retrouvée, et sa présentation fin des années 80 à la télévision confirme qu'il s'agit d'une œuvre mutilée et non d'une besogne alimentaire. L'audace du scénario, la beauté de la mise en scène permettent d'imaginer les qualités du long métrage détruit et les raisons de l'acharnement du producteur à le détruire, dans le but d’en faire un film de première partie.
DAÏNAH LA METISSE – Jean Grémillon (1932)
Le choix des deux personnages principaux, métisse ou noir, est rien moins qu'innocent ; on sait en effet avec quelle extrême prudence le cinéma français a mis en scène la réalité coloniale, utilisée le plus souvent comme une toile de fond exotique, ou comme un faire-valoir pour le courage et l'esprit d'entreprise de nos compatriotes. Daïnah la métisse fait partie d'une sous-catégorie du film colonial : celui qui met en scène des «colonisés» dans un milieu français ; en petit nombre, ces films «fantasment sur l'homme (ou la femme) de couleur, porteurs d'un ailleurs lourd d'étrangetés raciales». Le film de Grémillon, en donnant à Habib Benglia, seul acteur de race noire du cinéma français, un des trois rôles principaux, et un statut social élevé qui en fait l'égal des riches passagers blancs, met à mal le présupposé idéologique sur la supériorité de la race blanche, d'autant plus que Charles Vanel joue un simple ouvrier de la salle des machines. Laurence Clavius "une authentique métisse, transgresse également les tabous coloniaux par l'élégance de sa diction qui la désigne immédiatement comme appartenant à «la bonne société».
JEAN GREMILLON « Le cinéma est à vous » - Geneviève Sellier – Librairie des Méridiens Klincksieck et Cie. 1989
DAÏNAH LA METISSE – Jean Grémillon (1932)
DAÏNAH LA METISSE – Jean Grémillon (1932)

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