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4 - PHANTOM LADY (Les Mains qui tuent) - Robert Siodmak (1944), Ella Raines, Franchot Tone et Alan Curtis

Publié le par Laurent Bigot

C’est un film sur la ville et dans ce sens làc’est déjà quelque chose de nouveau à l'époque. Ce que Siodmak souhaitait faire : c’est à la fois le portrait d’une ville (n’importe laquelle) d’une ville en été avec une chaleur étouffante. C’est une ville où toute sa crasse devient tout d’un coup représentative d’une certaine morbidité de la société. Siodmak voulait montrer des pans de ville qui littéralement émergent de la nuit.

4 - PHANTOM LADY (Les Mains qui tuent)  - Robert Siodmak (1944), Ella Raines, Franchot Tone et Alan Curtis

Quand Carol va interroger le serveur (Andrew Tombes Jr.), le public qui l'a vu servir à boire au couple d'un soir au début du film sait pertinemment qu'il ment. De nombreux commentateurs ont remarqué le « regard masculin» que Carol pose sur le serveur pour tenter de le déstabiliser à chaque fois qu'elle se rend dans le bar. Dans une séquence qui deviendra caractéristique du film noir, où elle finit par le suivre à la sortie de son travail dans des décors extérieurs censés représenter New York, le réalisateur Robert Siodmak et le chef opérateur Woody Bredell créent un dédale de lumières brillantes et d'ombres épaisses. Dans une mise en scène. virtuose, avec en guise de musique le bruit des pas et de la circulation, Carol, vêtue d'un imperméable, prend le serveur en filature dans l'humidité de la nuit jusqu'à un quai de gare où le son d'un train à l'approche crée un effet crescendo. 

4 - PHANTOM LADY (Les Mains qui tuent)  - Robert Siodmak (1944), Ella Raines, Franchot Tone et Alan Curtis
4 - PHANTOM LADY (Les Mains qui tuent)  - Robert Siodmak (1944), Ella Raines, Franchot Tone et Alan Curtis
Siodmak va engager un chef opérateur, que personne ne connaît : Elwood « Woody » Bredell, c’est un cameraman anglais. Il a commencé comme acteur dans des films muets, il tourne depuis la fin des années 1920 mais il ne s’est jamais fait remarquer, il a participé à un tas de petits films oubliés. Pour la Universal, il a fait quelques « Momies » et quelques « Frankenstein », Siodmak fait donc appel à Bredell et va le coacher. Siodmak fait partie de ces rares réalisateurs, comme Josep Von Sternberg, qui maîtrisent parfaitement la technique du chef opérateur. Il avait été lui-même formé par Schüfftan un grand chef opérateur de la UFA en Allemagne.
4 - PHANTOM LADY (Les Mains qui tuent)  - Robert Siodmak (1944), Ella Raines, Franchot Tone et Alan Curtis
4 - PHANTOM LADY (Les Mains qui tuent)  - Robert Siodmak (1944), Ella Raines, Franchot Tone et Alan Curtis
Siodmak insiste pour que son chef opérateur Woody Bredell s'inspire de Rembrandt et de l'école d'Utrecht, pensant que l'œil se détourne toujours de la tâche la plus claire pour chercher dans l'obscurité un point de repos. La photographie contribue à amplifier l'opposition entre la clarté et les ténèbres, décrivant un univers crépusculaire où se croisent femmes neurasthéniques, faux témoins et artistes criminels. Siodmak joue sur les ombres, les sons et la musique, et renoue d'un coup avec la sombre atmosphère de certains de ses plus beaux films allemands. Il prouve aux dirigeants de l'Universal, qui l'ont plutôt mal utilisé depuis son arrivée aux États-Unis, dans quelle voie ceux-ci devraient le faire travailler, et le « Film Noir» trouve ici sinon un de ses chefs-d' œuvre, du moins l'une de ses premières œuvres emblématiques.
 
4 - PHANTOM LADY (Les Mains qui tuent)  - Robert Siodmak (1944), Ella Raines, Franchot Tone et Alan Curtis
4 - PHANTOM LADY (Les Mains qui tuent)  - Robert Siodmak (1944), Ella Raines, Franchot Tone et Alan Curtis
Bredell va donc littéralement suivre des cours pendant plusieurs jours avec Siodmak lui expliquant exactement ce qu’il veut, si bien qu’on dira par la suite que ce chef opérateur est capable d’illuminer un stade de football avec une allumette. Siodmak réutilisera Bredell pour son film suivant Christmas Holiday et surtout pour The Killers. Par la suite, Elwood Bredell, sans Siodmak, va disparaître, à nouveau. Son dernier travail sera Les Aventures de Don Juan avec Eroll Flyn, en Technicolor et on ne parlera  plus jamais parlé de lui.
 
LE FILM NOIR – Patrick Brion - Editions de la La Martinière (2004)
FILM NOIR 100 ALL-TIME FAVORITES – Paul Duncan, Jürgen Müller – Edition Taschen – (2013)
ROBERT SIODMAK (Le maître du film Noir) – Hervé Dumont – Ed. L’Age d’Homme (1981)

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