Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

4 - UNE PARTIE DE CAMPAGNE – Jean Renoir (1946) – Sylvia Bataille, Georges Darnoux, Jacques Brunius

Publié le par Laurent Bigot

CETTE MALE GAIETE par Claude Beylie (L’Avant-Scène – 1962)
(…) A quelque chose malheur est bon. En dépit de ces avatars, on peut considérer que, telle quelle, Une partie de campagne, loin d’apparaitre comme un ouvrage incomplet, a trouvé là au contraire sa forme idéale, définitive. Tout se passe comme si l’œuvre avait échappé au créateur à partir du moment où son entremise n'était plus nécessaire. Il n'y manque pas un mètre, pas une image pour faire figure de chef d'œuvre. Ces quarante minutes comptent même au nombre des plus belles que nous ait dispensées Jean Renoir. Beau devant s'entendre au sens plein, littéral et jamais trop usé du terme. Il est des films plus maîtrisés de Renoir. De La Règle du Jeu à Elena et les hommes, il en est de plus grandioses : Le Fleuve ou Le Carrosse ; de plus dépouillés : Toni, Cordelier. Mais j’en connais peu qui imposent avec une évidence aussi déchirante ce sens de la beauté de l’univers, de tout ce qui s’ébroue et frémit à son contact, beauté grossière en apparence, en réalité subtilement décantée, et provoquant chez le spectateur (ou le lecteur) une émotion exquise : la beauté même de la source vitale captée dans son plus intime surgissement.
(…) Mais la marque essentielle de l’art de Renoir, la vertu que ce cinéaste possède en propre est, me semble-t-il, son amateurisme, qui l’a tenu longtemps éloigné de l’industrie du film et assure en fin de compte sa pérennité, alors que tant de pseudo-professionnels ont sombré. Cet apparent désordre, ce je ne sais quoi de débraillé, de rigolard cachent un extraordinaire bonheur d’expression, une sûreté de goût peu commune.
4 - UNE PARTIE DE CAMPAGNE – Jean Renoir (1946) – Sylvia Bataille, Georges Darnoux, Jacques Brunius
(…) Il y a, dans tous les films de Renoir et dans celui-ci en particulier, une simplicité enfantine qui préside à l’énoncé du moindre geste, à chaque éclosion d’un sentiment. Bref, le plaisir de tourner, librement, au jour le jouR, voilà pour Renoir le principe fondamental, que rien ne saurait entamer. Cet amour débordant pour l’acte cinématographique », combien peuvent le revendiquer ?
Jean Renoir

Jean Renoir

(…) « L'ingénuité, s'écria-t-il un jour, est absolument nécessaire à la création, Les gens qui font l'amour en disant : « Nous allons faire un enfant magnifique », eh bien ! ils ne feront pas d'enfant magnifique, ils ne feront peut-être pas d'enfant du tout ce soir-là... L'enfant magnifique vient par hasard, un jour où l'on a bien rigolé ; il y a eu un pique-nique, on s'est amusé dans les bois, on a roulé sur l'herbe, là il y aura un enfant magnifique…»
Une partie de Campagne est l'un de ces enfants magnifiques de Jean Renoir.

Commenter cet article