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5 - UNE PARTIE DE CAMPAGNE – Jean Renoir (1946) – Sylvia Bataille, Georges Darnoux, Jacques Brunius

Publié le par Laurent Bigot

La yole de Rodolphe passe devant celle de Henri. Panoramique d'accompagnement, avec, en fin de mouvement, une vue de la rive. Cachée, dans les feuillages de la berge, en léger panoramique, la caméra suit la yole d'Henri qui accoste. Raccord de mouvement, pour reprendre Henri et Henriette, en légère plongée. Ils regardent vers le haut.
HENRIETTE : Ecoutez l'oiseau
HENRI : C'est un rossignol. Quand il chante le jour, c'est qu'une femelle couve!
HENRIETTE : Un rossignol ?
HENRI : Faisons pas de bruit ! Nous allons descendre dans le bois nous asseoir près de lui.
Henri l'aide à monter sur la berge. Ils passent tout près de la caméra, et en panoramique pour les voir s'éloigner sous les feuillages.
HENRI : Courbez-vous.
Ils sont repris de trois quarts face, en travelling arrière.
HENRIETTE : Comme c'est beau ! Je n'ai jamais rien vu d'aussi beau ! Et puis c'est tout fermé comme une maison.Henri écarte une branche qui a la forme d'une balançoire.
HENRI : Moi, je viens souvent ici. J'appelle ça mon cabinet particulier.
Henri prend Henriette par la taille, elle regarde vers les arbres, cherchant le rossignol.
HENRIETTE : Il est dans cet arbre.
Plan moyen d'Henri, lui prenant délicatement les mains et l'asseyant à terre. En contre-plongée, gros plan de l'oiseau, dans les branches. Plan moyen serré d'Henriette et d'Henri, assis côte à côté. Il passe son bras autour de la taille de la jeune fille, Doucement, elle se dégage, et leurs regards restent fixés l'un à l'autre. 
 
5 - UNE PARTIE DE CAMPAGNE – Jean Renoir (1946) – Sylvia Bataille, Georges Darnoux, Jacques Brunius
Jean Renoir vu par André Bazin
 
Réaliser un film a toujours été pour Renoir un peu une partie de plaisir, un jeu où tout le monde devait s'amuser : d'où le climat de complicité qu'il fait régner à l'intérieur de l'équipe et qui doit ensuite s'établir entre le film et les spectateurs. Ce fut toujours son désir d'obtenir du public autre chose que de l'admiration. Une sorte d'assentiment complice, une connivence amicale assez étrangère à l'impersonnalité du spectacle cinématographique. Aussi bien l'auteur d'Une Partie de Campagne est-il par nature un improvisateur incapable de suivre le plan de travail qu'il a néanmoins soigneusement préparé. C'est que le spectacle ultime du décor et surtout la réalité humaine de l'acteur relancent toujours au dernier moment son imagination.
Une grande leçon que Jean Renoir doit à l'œuvre de son père, c'est, plus encore qu'une appréciation infaillible de la qualité de l'image, le culte du regard et plus généralement de tout ce qui nous vient des sens. L'œuvre entière de Renoir est une morale de la sensualité, l'affirmation non pas d'une dictature anarchique des sens, d'un hédonisme sans frein, mais l'assurance que toute beauté évidemment, toute sagesse à coup sûr, toute intelligence même ne valent qu'au travers du témoignage de nos sens et comme garanties par leur plaisir. Comprendre le monde, c'est d'abord savoir le regarder et le faire s'abandonner à votre amour sous la caresse de ce regard. 
 

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