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EN CAS DE MALHEUR – Claude Autant-Lara (1958) – Jean Gabin, Brigitte Bardot et Edwige Feuillère

Publié le par Laurent Bigot

Réunissant les noms de Gabin, Bardot, Feuillère et Autant-Lara, cette adaptation d'un roman de Simenon avait tout d'un succès annoncé. Le résultat sera à la hauteur des espérances, et le film figure aujourd'hui parmi les classiques du cinéma français.
Réunissant les noms de Gabin, Bardot, Feuillère et Autant-Lara, cette adaptation d'un roman de Simenon avait tout d'un succès annoncé. Le résultat sera à la hauteur des espérances, et le film figure aujourd'hui parmi les classiques du cinéma français.

Réunissant les noms de Gabin, Bardot, Feuillère et Autant-Lara, cette adaptation d'un roman de Simenon avait tout d'un succès annoncé. Le résultat sera à la hauteur des espérances, et le film figure aujourd'hui parmi les classiques du cinéma français.

EN CAS DE MALHEUR – Claude Autant-Lara (1958) – Jean Gabin, Brigitte Bardot et Edwige Feuillère

J’ai pris, dans le tiroir de mon bureau, une chemise en carte de Lyon beige qui porte mon nom et mon adresse imprimés : Lucien Gobillot, Avocat à la Cour d’Appel de Paris, 117 quai d’Anjou Paris.
Des centaines de ces dossiers-là, plus ou moins gonflés de drames, ceux de mes clients, emplissent un classeur métallique que Mlle Bordenave tient à jour, et j’ai hésité à écrire mon nom à l’ndroit où, sur les autres figure celui du client. J’ai fini, avec un sourire ironique par tracer un seul mot, au crayon rouge : Moi.
C’est mon propre dossier en somme, que je commence, et il n’est pas impossible qu’il serve un jour. Je suis resté plus de dix minutes intimidé, avant d’écrire la première phrase, tenté que je j’étais de commencer, comme un testament, par : « »Je soussigné, sain de corps et d’esprit… »
(…) J’essaie de me moquer de moi, de ne pas me prendre au tragique. Pourtant n’est-ce pas déjà un symptôme d’avoir besoin de m’expliquer par écrit ? Pourquoi ? Pourquoi ? je n’en ai aucune idée. En cas de malheur, en somme, comme disent les braves gens qui mettent de l’argent de côté. Pour l’éventualité où les choses tourneraient mal.

« En cas de malheur » - Georges Simenon (1956)

EN CAS DE MALHEUR – Claude Autant-Lara (1958) – Jean Gabin, Brigitte Bardot et Edwige Feuillère
L’ART DU SCANDALE
Dans un intérieur bourgeois, une jeune femme à la longue chevelure blonde et aux reins cambrés s'appuie contre un bureau, la jupe outrageusement relevée : face à elle, un quinquagénaire élégant la fixe. Cette image, l'une des plus célèbres du cinéma français des années 50, est si frappante que, près d'un demi-siècle plus tard, tout le monde la connaît encore (le plus souvent sans avoir vu le film dont elle est extraite). Certes, la  scène où Brigitte Bardot, toutes séductions dehors, s'efforce de séduire l'avocat joué par Jean Gabin nous paraît aujourd'hui moins audacieuse qu'au public de 1958. À l'époque, ce passage provoqua les foudres des associations catholiques et bien-pensantes - comme la plupart des films de Claude Autant-Lara, d'ailleurs. Aux yeux de ces bonnes âmes, En cas de malheur présente en outre l'inconvénient de cumuler les sources de scandale : car non seulement le scénario signé par Aurenche et Bost regorge de situations « scabreuses », mais son actrice principale est elle-même l'incarnation de la débauche. En 1958, le tollé provoqué par la nudité de Brigitte Bardot dans Et Dieu créa la femme n'est pas encore calmé, et voilà qu'En cas de malheur vient remettre le feu aux poudres avec une (brève) apparition de l'actrice dans le plus simple appareil. Comme on s'en doute, les différents appels au boycott constitueront une publicité rêvée pour le film, et aboutiront à l'effet inverse, au grand dam des puritains. Eric Quéméré – 2005
EN CAS DE MALHEUR – Claude Autant-Lara (1958) – Jean Gabin, Brigitte Bardot et Edwige Feuillère
Lorsque Jean Gabin annonce en 1958 son intention de tourner un second film sous la direction de Claude Autant-Lara, son entourage s'en trouve quelque peu surpris. Car les deux hommes ne se sont guère appréciés, deux ans plus tôt, sur le plateau de La traversée de Pans. Gabin trouve le cinéaste colérique, et de son côté, Autant-Lara n'a jamais caché qu'il considérait Gabin comme un comédien limité. Seulement voilà, ledit comédien a le don d'attirer les foules, ce qui ne peut déplaire à un réalisateur… Quant à Gabin, il a trois bonnes raisons de surmonter ses réticences et de se lancer dans ce nouveau projet. La première tient à son goût prononcé pour l'univers de Georges Simenon : à l'époque, l'acteur a déjà tourné quatre films inspirés de l'œuvre de l'écrivain, dont La Marie du port, pour lequel il a acquis lui-même les droits d'adaptation. Et après En cas de malheur, il en tournera encore cinq autres, devenant ainsi le comédien ayant le plus souvent incarné au cinéma des personnages issus de l'imagination du romancier belge. 
EN CAS DE MALHEUR – Claude Autant-Lara (1958) – Jean Gabin, Brigitte Bardot et Edwige Feuillère
MA'AME PONCE
La seconde motivation qui pousse Gabin à accepter ce projet, c'est la perspective de retrouver une comédienne avec qui il a eu l'occasion de travailler en... 1934 ! Cette année-là, l'acteur avait tenu le rôle de Ponce Pilate dans Golgotha (de Julien Duvivier). Il s'était trouvé parfaitement ridicule dans son uniforme de consul romain, mais ce désagrément avait été compensé par le plaisir de donner la réplique à Edwige Feuillère, qui jouait sa femme. Gabin avait alors pris l'habitude d'appeler sa partenaire « Ma'ame Ponce », habitude qu'il conservera toute sa vie. De son côté, l'actrice se montre tout aussi ravie de retrouver Gabin, ainsi que Claude Autant-Lara, qui l'a déjà dirigée dans Le blé en herbe. Dans ses mémoires, Edwige Feuillère reviendra avec humour sur un épisode peu flatteur du tournage. La production a en effet engagé trois chauffeurs pour véhiculer les comédiens principaux d'En cas de malheur : deux d'entre eux s'avèrent parfaits, mais celui de Gabin conduit sa Mercedes «comme un dingue » ce qui énerve l'acteur au plus haut point. Le régisseur du film vient donc un jour voir Edwige Feuillère, et lui annonce tout de go : « Voilà ce que j'ai décidé: je vous donne la Mercedes - vous y gagnez - et je reprends la Citroën avec le chauffeur, qui est prudent, lui, et sans histoires : aucun risque d'accident avec lui ! Et je réceptionne mon Gabin bien d'aplomb, dans sa bonne humeur... ». Ce à quoi l'actrice réplique avec philosophie : « Et vous me donnez le dingue ! »... Fort heureusement, cette « rétrogradation dans la hiérarchie des vedettes », comme elle la qualifie elle-même, ne l'empêchera pas de garder un bon souvenir d'En cas de malheur. Eric Quéméré – 2005
EN CAS DE MALHEUR – Claude Autant-Lara (1958) – Jean Gabin, Brigitte Bardot et Edwige Feuillère
Dans sa brève carrière, Raoul Lévy (le producteur du film) aura le génie des confrontations hors du commun, comme celle de Gabin et Bardot selon le critique Georges Charensol « Une idée admirable de choisir pour partenaires de l'aventure le meilleur, le plus solide des interprètes masculins, Jean Gabin, et la plus maladroite, la plus fragile des interprètes féminines! » Lévy a d'abord fait miroiter à Gabin un autre rôle, l'un de ses modèles, le grand résistant Jean Moulin dans un film de René Clément. Sans résultat, l'idée est restée lettre morte, le projet a été annulé ! Bonne nouvelle, entre-temps, Gabin a changé de sentiment envers Brigitte Bardot, « gamine » érigée au statut de phénomène planétaire, sex-symbol à la gloire sulfureuse fabriqué par Lévy et son ex-mari le cinéaste Roger Vadim : «J'étais pourtant terrifiée à la simple idée de tourner avec Edwige Feuillère et Jean Gabin », avoue Bardot. Le jour où Lévy lui parle pour la première fois de ce partenaire inattendu, non sans humour, elle lance: « Gabin ? C'est bien cet acteur du muet ? » Mis dans la confidence, le vieux lion n'a pas rugi, souriant à ce petit coup de « griffe» ! Toutefois, à la seconde lecture du script, il n'apprécie toujours pas son rôle, particulièrement immoral, surtout dans ses scènes avec Janine, la petite bonne campée par Nicole Berger.
JEAN GABIN INCONNU – Jean-Jacques Jelot-Bkanc – Ed. Flammarion (2014)
EN CAS DE MALHEUR – Claude Autant-Lara (1958) – Jean Gabin, Brigitte Bardot et Edwige Feuillère
En tournage dans les studios de Joinville du 4 novembre 1957 au 4 février 1958, les choses ne sont pas simples ; d'abord, en l’absence de Bardot, en train de boucler le film de Vadim Les Bijoutiers du clair de lune, certaines scènes ne peuvent pas être tournées. Ensuite, il fallait s’y attendre, les rapports avec Claude Autant-Lara se dégradent vite, l'entente est peu cordiale, à couteaux tirés même, selon Jean Aurenche co-auteur du scénario avec Pierre Bost. Un jour, hors de lui, le cinéaste a mandaté un huissier pour faire constater le non-respect de ses répliques par l'acteur ! Tension vive car celui-ci n'a pas l'intention de se laisser déborder par un réalisateur «mauvais coucheur », peu réputé pour la souplesse de son caractère. Des témoins se sont fait écho de franches engueulades, d'échanges de noms d'oiseaux, rien ne va plus entre les deux caractériels. Heureusement, Bardot sitôt arrivée, Gabin se fait tout miel et ce, même quand il est confronté aux difficultés de sa partenaire à se concentrer. Car dès leur première scène dans son bureau d’avocat filmée au 17 bis quai d'Anjou, elle parait perturbée ; habituellement plus docile, un brin timide, délicieuse dans l'art de rompre la glace, elle perd pied et, malgré les efforts de sa maquilleuse Odette Berroyer pour la calmer elle ne parvient pas à dire son texte, se trompe une, deux, cinq fois, Ce jour-là, Autant-Lara montre un signe d'énervement caractéristique, triturant nerveusement sa casquette. « C'est alors que Gabin a été extraordinaire, raconte Bardot. Sentant mon angoisse, ma timidité, mon affolement, voyant que j'étais au bord de la crise de nerfs, il a fait exprès de se tromper à la prise suivante. Il a grommelé alors que "ça arrivait à tout le monde" ! Il a détendu l'atmosphère, et j'ai enfin pu dire mon texte sans me tromper. Merci Gabin ! »
JEAN GABIN INCONNU – Jean-Jacques Jelot-Bkanc – Ed. Flammarion (2014)
 
EN CAS DE MALHEUR – Claude Autant-Lara (1958) – Jean Gabin, Brigitte Bardot et Edwige Feuillère
Au fil des semaines, chacun a pris ses marques, le duo fonctionne parfaitement. Plus décontractée entre les prises, elle lui propose de rouler ses cigarettes comme avec son ancien pygmalion Roger Vadim -le nouveau s'appelle Gilbert Bécaud. De son côté, Gabin lui rapporte des sacs de pommes de son verger normand ! Ainsi, Gabin apprécie Bardot, bien qu'il soit spectateur de ses crises ; à plusieurs reprises, il va la chercher dans sa loge d'où elle refuse obstinément de sortir, dépressive, en permanence traquée par des hordes de journalistes, elle se heurte comme un oiseau en cage aux barreaux du piège doré où la gloire l'enferme. Edwige Feuillère, par contre, ne bénéficie pas du même traitement : à l'aube de la cinquantaine, au creux de la vague, la grande dame du cinéma a accepté le rôle secondaire de Viviane Gobillot, l'épouse.
JEAN GABIN INCONNU – Jean-Jacques Jelot-Bkanc – Ed. Flammarion (2014)
EN CAS DE MALHEUR – Claude Autant-Lara (1958) – Jean Gabin, Brigitte Bardot et Edwige Feuillère

- Cela a commencé…
Quand ? Avec Yvette, le soir où, en rentrant du Palais, je l’ai trouvée assise toute seule dans mon salon d’attente ? C’est la solution facile, ce que j’ai envie d’appeler la solution romantique. S’il n’y avait pas eu Yvette, il y en aurait probablement eu une autre. Qui sait même si l’intrusion d’un nouvel élément dans ma vie était indispensable ?
(…) Le visage de ma visiteuse était cruellement éclairé par la lampe braquée sur le fauteuil aux confessions, et je me souviens de mon malaise en la détaillant, car c’était à la fois un visage d’enfant et un visage très vieux, un mélange de naïveté et de rouerie, j’ai envie d’ajouter d’innocence et de vice, mais je n’aime pas ces mots-là, que je réserve pour les jurés. Elle était maigre, en mauvaise condition physique, comme les filles de son âge qui vivent à Paris sans hygiène. Pourquoi ai-je pensé qu’elle devait avoir les pieds sales ?

« En cas de malheur » - Georges Simenon (1956)

Elle s’approcha, le visage levé, se figurant que j’allais l’embrasser, mais je me contentai de la serrer contre moi sans toucher ses lèvres, puis soudain, je fis tomber le peignoir sous lequel elle était nue. D’un mouvement brutal je la renversai au bord du lit et me laisser tomber sur elle tandis qu’elle fixait le plafond. J’avais commencé à la prendre, méchamment, comme par vengeance, quand je la vis m’observer avec étonnement.

« En cas de malheur » - Georges Simenon (1956)

EN CAS DE MALHEUR – Claude Autant-Lara (1958) – Jean Gabin, Brigitte Bardot et Edwige Feuillère
C’est René Cloërec qui signa la musique d’En Cas de malheur. Il est né en 1911 et décédé en 1995, il est l’auteur de l’indicatif de la publicité Jean Mineur diffusé depuis 1952 dans les salles de cinéma. A l’école supérieure de Musique, il poursuit ses études sous la direction de Pierre Vidal et Albert Roussel. A quinze ans, il est embauché comme pianiste accompagnateur de films muets au cinéma Maillot-Palace. Claude Autant-Lara va le contacter pour son film Douce, ce sera le début d’une collaboration de 23 ans et 18 films. Il composa également la partition du film La Cage aux rossignols (1945) et Copie Conforme (1947) de Jean Dréville, Le Père tranquille (de René Clément en 1946) et Les Aristocrates (de Denys de La Patellière en 1955). Il se retire du cinéma en 1965, pour se consacrer entre autres à la scénographie des châteaux de la Loire.
 

LE FILM EN IMAGES

EN CAS DE MALHEUR – Claude Autant-Lara (1958) – Jean Gabin, Brigitte Bardot et Edwige Feuillère

1 - Avril 1957. En traversant la place de la Concorde, Yvette et Noémie observent les préparatifs de fête : Paris s’apprête à recevoir le lendemain la reine d’Angleterre.

« Demain, tous les flics seront occupés, dit Yvette, il en faut 14.000, rien que pour garder la Reine et sa partie de canot. Alors tu parles, on sera tranquille. »
 
2 - D’autorité, Yvette emmène sa camarade rue St Gilles. Toutes deux passent et repassent devant la bijouterie qu’elles projettent de dévaliser. Noémie, subjuguée par Yvette, se laisse entrainer.  Pourtant l’affaire lui paraît très au-dessus de leurs moyens. Elle ne cache pas leur appréhension.  « Et le pistolet ? dit Yvette, on ne l’a toujours pas … »
 
3 - Le lendemain, dans un bazar, Yvette s’adresse à la vendeuse : « Madame, on voudrait un cadeau, pour un enfant de douze ans… ». Elle lui propose des livres ou des soldats, ce qui n’a pas l’air de satisfaire les jeunes clientes. Le patron vient, de relayer sa femme. Il finit enfin par les intéresser à un pistolet. Le patron tire, les amorces claquent, tous trois s’amusent comme des gosses. « C’est exactement ce qu’il nous faut… dit Yvette »
 
4 - « Demain, en première page, il y aura un gros titre : « Hold-up dans une bijouterie, dit d’un air amusé Yvette ». Cela ne fait pas sourire Noémie qui lui dit de se taire. Yvette Hausse les épaules, elle blaguait ! « Ce ne sera pas une grosse affaire puisqu’il n’y aura pas de victime ». Et, sans se soucier des affaires de Noémie, elle se plonge dans la lecture de l’horoscope quotidien.

Scène d'un pitoyable braquage

EN CAS DE MALHEUR – Claude Autant-Lara (1958) – Jean Gabin, Brigitte Bardot et Edwige Feuillère

1 - Les deux agresseuses  devaient se retrouver à leur bar habituel, chez Gaston. Seulement à la grande inquiétude d’Yvette, Noémie ne paraît pas au rendez-vous fixé. Les consommateurs, très intéressés par le spectacle, suivent à la télévision le cortège officiel qui se rend à l’Arc-de-Triomphe.

2 - Bien qu’elle lui avoue se trouver sans argent, Gaston offre un Cognac à Yvette, visiblement tourmentée et nerveuse.
 
3 - Gaston lui propose de se faire un peu d’argent : « Si tu veux, j’ai un « client » pour toi… »  Yvette se retourne, aperçoit un homme d’une soixantaine d’années lui souriant : « Ah non ! Pas ce soir ! »
 
4 - Yvette s’approche du téléphone, elle cherche dans l’annuaire et relève une adresse…

"Si vous êtes innocent, prenez n'importe quel bon avocat. Si vous êtes coupable, adressez-vous à Maître Gobillot"

"Je croyais tout connaître, avoir vu, tout entendu..."

EN CAS DE MALHEUR – Claude Autant-Lara (1958) – Jean Gabin, Brigitte Bardot et Edwige Feuillère

 

1 Tout en s’habillant, André Gobillot a raconté l’histoire d’Yvette à sa femme. Viviane est depuis son mariage sa confidente, sa conseillère. : « Tu vois ce que c’est : deux pauvres mômes qui font le tapin et qui s’y prennent mal. Alors, comme elles crèvent de faim, elles passent devant un bijoutier, elles voient des bijoux de quatre sous qui pourraient leur permettre de vivre tranquilles un moment. Elles font le coup avec un pistolet d’enfant et elles le ratent… »
 
2 Puis Viviane répond : « C’est une petite affaire pas facile, le genre d’affaires qui ne paye pas. Je me demande pourquoi tu l’as prise… Jolies, la fille ? 
- Oui, répond André, mais ce n’est pas pour ça !
- Pourquoi alors ? Avoue que tu as été flatté que cette gamine te connaisse. »
 
3.« Disons que ça m’amuse, répond André, et que ça n’a aucune importance.
- On verra… répond Viviane tout doucement, l’air détaché. » 
 
4 Tandis que le couple rejoint l’embarcadère du « Borde-Frétigny » sur lequel la reine Elisabeth et les invités vont descendre la Seine, deux policiers encadrent Yvette quand elle arrive à son hôtel :
« - C’est toi, Yvette Maudet ?
- Oui, pourquoi ? Mais je n’ai rien fait de mal
- On ne t’a pas dit ça. Allez, vient gentiment. »
EN CAS DE MALHEUR – Claude Autant-Lara (1958) – Jean Gabin, Brigitte Bardot et Edwige Feuillère
1  Quelques jours plus tard, malgré la pluie, la remmailleuse s’arrête pour demander des nouvelles de la femme de l’horloger. Ce dernier répond qu’elle ne va pas fort et qu’elle est toujours à l’hôpital.
 
2  Puis la remmailleuse d’éloigne en hochant la tête d’un air apitoyé. Puis une expression perfide durcit son visage rusé. Elle va à la poste pour téléphoner. Elle appelle Maître Godillot tout en refusant de donner son nom : « C’est un service que je rends, mais je ne veux pas qu’il m’attire des ennuis. C’est au sujet de l’affaire de la rue Saint-Gilles…le bijoutier… »
 
3  Très excité par ce début de confidence, l’avocat fait signe à sa secrétaire d’approcher. Il lui tend le second écouteur et l’invite par gestes à prendre la conversation en sténo. « Si vous avez d’autres détails, n’hésitez pas à m’appeler… Encore merci et au revoir, chère Madame. »
 
4  « Allez Bordenave, ne faites pas cette tête ! Ce n’est pas formidable ? Tapez-moi ça tout de suite et donnez-le à Duret, notre jeune stagiaire. »

Pratiques douteuses...

EN CAS DE MALHEUR – Claude Autant-Lara (1958) – Jean Gabin, Brigitte Bardot et Edwige Feuillère
1 - A l’audience, le cynique avocat manœuvre si habilement que le bijoutier apparaît comme un personnage lubrique : « c’est parmi ses coupables relations qu’il faut chercher les criminelles ! »
 
2 - Grace au témoignage de Gaston, Noémie et Yvette, déclarées non coupables, sont acquittées. Ce verdict scandaleux a provoqué des remous !
 
3 - Le vieux couple indigné s’en prend à Gaston. L’avocat des bijoutiers s’interpose, les sépare, puis s’efforce de rassurer ses clients. Il a l’intention de porter cette affaire devant le Conseil de l’Ordre.
 
4 - Pendant cette altercation, Viviane rejoint son mari. Certes, l’avocat vient de remporter un beau succès en faisant acquitter ses clientes, mais s’il voulait être sincère, il reconnaît avoir employé un procédé répugnant.
EN CAS DE MALHEUR – Claude Autant-Lara (1958) – Jean Gabin, Brigitte Bardot et Edwige Feuillère
1 - Viviane n’en disconvient pas. Elle a toujours prétendu traiter par le mépris les faiblesses masculines pour des filles auxquelles elle s’estime très supérieure.
 
2 - Par vanité, elle prend la direction du Boulevard Saint-Germain.
 
3 - La désinvolture méprisante de sa femme exaspère l’avocat. Il n’avait pas l’intention de se rendre chez Yvette ce soir, mais puisque c’est ainsi, il ira.
 
4 - Quand la voiture stoppe devant la porte de l’hôtel, il descend claque la portière sans un mot et Viviane démarre aussitôt.
 
EN CAS DE MALHEUR – Claude Autant-Lara (1958) – Jean Gabin, Brigitte Bardot et Edwige Feuillère
1 - Deux semaines plus tard, Gobillot dicte une lettre à sa secrétaire tout en marchant à grands pas, ce qui est chez lui le signe d’une grande préoccupation : « Mon cher Bâtonnier, j’apprends avec stupeur qu’une plainte a été déposée contre moi devant le Conseil de l’Ordre, au sujet de l’affaire Maudet… »
 
2 - A cette nouvelle, la dévouée Bordenave ne peut retenir une exclamation désolée. « Eh bien oui, c’est comme ça, lui lance l’avocat, Je sais que vous ne l’avez jamais aimée, cette affaire. Mais alors, pourquoi n’avez-vous pas mis cette petite à la porte, le jour où elle est venue ? Vous en mouriez d’envie, pourtant ! C’est de votre faute ce qui arrive Bordenave. Mais oui ! Ne protestez pas et continuons.
 
3 - En dépit de sa grande maîtrise sur lui-même, André a été sombre et préoccupé pendant tout le dîner. Viviane comprend ce qui le tourmente, elle aborde le sujet angoissant dès qu’ils se trouvent en tête à tête. « On m’accuse d’avoir eu des contacts avec l’un des principaux témoins. Il s’agit du barman bien entendu. De là, à dire que je l’ai acheté, il n’y a qu’un pas. Heureusement, je suis tranquille, le barman ne parlera pas… S’il se laissait convaincre de faux témoignage aux Assises, ça lui coûterait trop cher… »  Viviane lui répondit : « A toi encore plus… »
 
4 - « Tu conduis ou c’est moi ? demanda Viviane
-  Prends la voiture, je ne rentre pas. »
Au ton péremptoire de son mari, Viviane sait qu’il est inutile de le faire revenir sur sa décision. Inutile aussi de l’interroger sur l’emploi de sa soirée…d’ailleurs depuis quinze jours, cette petite scène se renouvelle de plus en plus souvent.
EN CAS DE MALHEUR – Claude Autant-Lara (1958) – Jean Gabin, Brigitte Bardot et Edwige Feuillère
1 - Deux jours plus tard, un jeune homme se présente pout voir mademoiselle Maudet. « Elle a quitté l’hôtel, répondit le réceptionniste.
- Vous ne savez pas ou elle est ? Je m’appelle Mazetti.
- Elle n’a pas laissé son adresse, mais il y a une lettre pour vous… »
 
2 - La porte refermée, ils s’embrassent avec passion. « Tu m’as fait peur, lui dit Yvette, tu sais, je croyais que tu ne venais plus. Ca fait quatre jours qu’on ne s’est pas vu… Tu n’avais pas trouvé ma lettre ? »
 
3 - Soudain Mazetti se détache d’Yvette, se retourne et examine les lieux d’un air réprobateur.
« - Qu’est-ce que c’est ici ?
- Eh bien, c’est chez moi… C’est pas joli ?... Ca ne te plaît pas ?
- J’ai compris ! Tu m’as raconté que ton avocat, gentiment, t’aidé à tenir le coup en attendant que tu trouves su travail. En fait de travail, je vois ce que c’est : il t’entretient !
- Et après ?... Puisqu’il m’aime ! Comme tu ne peux pas t’imaginer. Il me laisse faire tout ce que je veux, sauf boire…
- Tout ce que tu veux ! Tu lui as dit, pour moi ?
- Mais non, justement, pour toi, je ne lui ai pas dit… Pour les autres, oui, mais pas pour toi… »
A cet aveu, Mazetti éclate : « Les autres ! Il y en a donc d’autres ? »
 
4 - Très chatte, Yvette se coule contre son ami, l’entraîne dans sa chambre, s’efforce de le tenter, mais il trouve la force de refuser : « Non pas ici… ». « Eh bien, où tu voudras, ça m’est égal,  répondit Yvette. »
EN CAS DE MALHEUR – Claude Autant-Lara (1958) – Jean Gabin, Brigitte Bardot et Edwige Feuillère
1 - Mazetti décide d’emmener Yvette rue Saint-Gilles, il veut la débarrasser de ce qu’il juge un ridicule complexe de culpabilité. Yvette commence à refuser et par protester, mais elle n’a aucune défense devant les deux hommes qui comptent dans sa vie : Gobillot et Mazetti.
Ils s’arrêtent contre le trottoir d’en face et constatent que l’horlogerie est fermée. « Ca me fait peur, dit Yvette, allons-nous-en !»
 
2 - Sur le rideau de fer baissé, on a collé un avis : « « Fermé pour cause de décès ». Yvette blêmit et frissonne. Yvette se sauve en courant, Mazetti la rattrape, veut la retenir, mais cette fois, elle le repousse résolument et se hâte de regagner son logis de la rue de Ponthieu, où elle s’enferme avec la sensation de retrouver sa sécurité.
 
3 - Ce soi-là, le téléphone sonne, c’est Duret, le stagiaire qui seconde Gobillot : « Mais non, vous ne me dérangez pas… Une seconde, je vais prévenir mon mari que vous désirez lui parler. »
 
4 - Viviane se lève, va dans la chambre d’André qu’elle croyait couché et s’aperçoit qu’il est sorti. Duret prétendant qu’il ne s’agit pas d’une chose importante. Mais son interlocutrice est beaucoup trop avertie pour se laisser abuser. Duret doit lui avouer que la séance du Conseil de l’Ordre a été très défavorable à Maître Gobillot.
EN CAS DE MALHEUR – Claude Autant-Lara (1958) – Jean Gabin, Brigitte Bardot et Edwige Feuillère
1 - A deux minutes d’intervalle, la comédie se renouvelle, on appelle, puis on raccroche, Yvette s’énerve et s’exaspère : « Répondez quoi ! Est-ce que vous m’entendez ? Ca alors ! Toujours personne ! ». « Ne te fâche pas, j’ai compris, répond Gobillot. Les appels réguliers, ce doit être une idée de Viviane. Il décide de rentrer immédiatement chez lui.
 
2 - Sans pendre la peine d’ôter son chapeau et son pardessus, André Gobillot entre dans la chambre de sa femme.
« - Qu’est-ce qui se passe ? dit-il.
- Duret a téléphoné. Ca va assez mal. La plainte suit son cours, on va faire une enquête sur toi.
- Eh bien, on se battra. Après tout, je n’ai pas que des ennemis au Conseil de l’Ordre.
- Et ici aussi, André, tu as encore une amie. Est-ce qu’elle peut te donner un conseil ? »
Gobillot comprend que sa femme va lui parler d’Yvette, il coupe court de suite : « Non, pas celui-là. »…
 
- « C’est dommage André.
- C’est peut-être dommage, mais je ne la quitterai pas.
- Elle pèsera très lourd, cette petite, quand on jugera ton affaire.
- C’est du chantage ? »
 
4 - Viviane se contente de regarder tristement son mari sans répondre. A quoi bon discuter ? Il est dans cet état d’esprit où chaque parole envenime la mésentente conjugale. Il faut patienter si l’on ne veut pas tout briser…
 
EN CAS DE MALHEUR – Claude Autant-Lara (1958) – Jean Gabin, Brigitte Bardot et Edwige Feuillère
1 - En compagnie de sa secrétaire et de Duret, l’avocat étudie un dossier de la plus grande importance, l’appel d’Yvette le dérange énormément : « Quoi ?.. Il y encore le feu ? Ou ça ? J’arrive… »
 
2 - Bordenave et Duret échangent un regard de réprobation. Pour eux, Gobillot court à perte et se ridiculise en se pliant à toutes les fantaisies de sa plus néfaste des clientes.
 
3 - Pendant ce temps, Mazetti, qui avait conservé les clés de l’appartement d’Yvette arrive rue de Ponthieu.
 
4 - Il est armé d’un couteau. Il m’est en lambeaux les vêtements d’Yvette. Puisqu’elle ne veut pas vivre avec lui, il se venge en détruisant le joli trousseau payé par Gobillot.
EN CAS DE MALHEUR – Claude Autant-Lara (1958) – Jean Gabin, Brigitte Bardot et Edwige Feuillère
1 - Après avoir passé la nuit avec Yvette, Gobillot se rend au Palais de justice où il croise l’avocat du vieux couple de la rue Saint-Gilles à la cabine téléphonique.  Ce dernier prend à partie Gobillot , en présence de deux confrères. Décidément, l’animosité grandit vite au Palais. Pour l’avocat d’Yvette, la partie s’annonce sévère.
 
2 - Un instant, pour parler à Yvette, son visage se radoucit : « C’est moi, mon petit… Tu n’as pas eu peur ? On t’a monté ton petit déjeuner ? Bon, alors, écoute-moi… J’ai encore une affaire à plaider. Je ne serai pas chez toi avant cinq heures. Surtout ne bouge pas ! Est-ce que Mazetti est encore devant ta maison ?...
- Je ne sais pas… répondit Yvette, je vais voir… Attends une minute… Je ne vois personne. Je te promets… »
Pendant qu’Yvette débite ces mensonges, Mazetti, impassible, s’étire sur le lit…
 
3 - Dès qu’elle a reposé le récepteur, il attire Yvette, la faisant basculer près de lui. Mollement, elle essaie de renvoyer son jeune amant : « Laisse-moi m’habiller, dit-elle,  il faut que tu partes. Si je te laisse faire, tu seras encore là quand il arrivera.
- Mais il ne me gène pas… »
 
4 - Rageusement, Mazetti renverse à nouveau Yvette et il s’acharne à écraser cette bouche charnue pour qu’elle garde la trace de ses baisers.
EN CAS DE MALHEUR – Claude Autant-Lara (1958) – Jean Gabin, Brigitte Bardot et Edwige Feuillère
1 - L’inévitable discussion entre les époux Gobillot vient de s’amorcer : « Pour des raisons qui seraient trop longues à t’expliquer, elle ne peut pas vivre en meublé… Il faut, le  plus rapidement possible, qu’elle soit complètement chez elle, à l’abri ». Viviane croit rêver : les voilà en pleine extravagance : « A l’abri ?... dit-elle.
- J’ai trouvé un appartement, répond André.
-  Un appartement ? En ce moment ?
- Eh bien oui, quoi, un appartement à vendre.
- Et tu vas l’acheter ? André, tu ne vas pas l’acheter à son nom, tout de même ? Tu ne vas pas faire ça ?
 
2 - «  Ah écoute, je t’en prie Viviane, pas maintenant. En ce moment, je vis au jour le jour… Combien de temps cela durera-t-il ? Je n’en sais absolument rien. Cet appartement, c’est peut être mon cadeau d’adieu… Oh, je ne te promets rien, parce-que je ne suis pas moi-même… Je veux simplement te dire où en sont les choses tant que je peux les voir lucidement… Et il faut les prendre comme ça Viviane. Maintenant, écoute-moi bien. Réfléchis… Si tu ne veux pas, ce sera la guerre entre nous… Et crois-moi, je n’en ai pas du tout envie… Mais si tu veux la guerre, je me battrai…et nous y perdrons beaucoup tous les deux. »
 
3 - Lorsque Mazetti se présente rue de Ponthieu, il trouve une femme de ménage occupée à nettoyer de fond en comble : « Mademoiselle Yvette ? Elle est partie. Elle ne m’a pas dit où. Regardez-moi ca…des robes toutes neuves, si c’est pas malheureux ! » Le visiteur insiste pour savoir si sa fugitive n’a pas laissé une lettre à son nom. Mais il n’y a rien pour personne.
 
4 - Cette fois, Yvette se cache sérieusement dans le ravissant rez-de-chaussée où Gobillot vient de l’installer. Elle accueille avec joie la jeune bonne que l’avocat lui envoie : « Je suis contente, il vous a choisie jolie, je le lui avais demandé. Venez voir la maison. C’est joli, hein ? Tout le mobilier est d’époque. Vous coucherez dans la chambre d’amis, je m’embête trop toute seule ici. »
EN CAS DE MALHEUR – Claude Autant-Lara (1958) – Jean Gabin, Brigitte Bardot et Edwige Feuillère
1 - Bien décidé à retrouver Yvette, Mazetti fait le guet au coin du quai de Bourbon, pour prendre Gobillot en filature. Bordenave se hâte vers la demeure de l’avocat, passe près de lui.
 
2 - « Il est revenu ce matin le jeune homme au scooter ? demande Gobillot à Bordenave.
- Toujours au même endroit. Mais vous allez encore le « semer »… ».
 
3 - « Oui, bien sûr, mais ça prend du temps et puis ça ne m’amuse plus de jouer… »
Quelques astucieux détours permettent à l’avocat de se rendre chez Yvette, sans que Mazetti parvienne à le suivre jusqu’au bout.
 
4 - Janine l’accueille, le doigt sur les lèvres. Yvette dort, la nuit a été mauvaise. Pressée de questions, Janine finit par lâcher le secret. Gobillot apprend que la jeune femme a peur. Elle n’ose lui avouer ses espoirs de maternité.
EN CAS DE MALHEUR – Claude Autant-Lara (1958) – Jean Gabin, Brigitte Bardot et Edwige Feuillère
1 - Le premier geste de Gobillot en quittant Yvette est de se diriger vers un grand fleuriste voisin du palais. Il choisit un merveilleux bouquet de roses : « Mettez toutes ces roses et envoyez à Mlle Yvette Maudet.
 
2 - Gobillot aperçoit Mazetti, immobile, en face du magasin. L’avocat comprend que le jeune homme se prépare à suivre le livreur, il change brusquement ses plans : « Portez ça chez moi… ».
 
3 - D’ailleurs, l’avocat ne leur laisse pas le temps de demander des explications. Il sort rapidement, traverse la rue et saisit Mazetti par le revers de son blouson :
« - Est-ce que vous allez me foutre la paix, à la fin ? Ca va durer longtemps ?
- Jusqu’à ce que je retrouve Yvette, répond le jeune homme.
- Vous vous fatiguerez avant moi ! Vous perdez votre temps, puisqu’elle ne veut plus vous voir. Elle vous l’a écrit… »
 
4 - « - Ah oui, une bien belle lettre ! C’est vous qui l’avez dictée ! Malgré tout votre fric, vous n’êtes pas très sûr d’elle Monsieur Gobillot !
- Ecoute-moi bien, même si tu parviens à la voir un jour, tu ne la garderas pas, lui répondit l’avocat.
- C’est ce qu’on verra… »
EN CAS DE MALHEUR – Claude Autant-Lara (1958) – Jean Gabin, Brigitte Bardot et Edwige Feuillère
1 - Accompagnés par Janine, ils se rendent dans un magasin spécialisé. Sortant du salon d’essayage, Yvette vient se faire admirer.
«  - Tu fais du ski, toi ? demande Yvette.
- J’en ai fait. Il y a maintenant longtemps. Je ne m’y risquerais plus… répond André sur un ton résolu. »
 
2 - Yvette se rembrunit, elle prend brusquement conscience que ce voyage avec André, ne sera pas très drôle. Rien ne remplace la jeunesse…
 
3 - Yvette s’avance machinalement vers la fenêtre. Elle voit dans la rue un jeune couple qui descend de scooter et s’éloigne, amoureusement enlacé. Une lueur d’envie s’allume dans ses yeux.
 
4 - L’avocat passe à la caisse puis regarde dans la glace…
- Qu’est-ce que tu regardes ? lui demande Yvette
- Rien… Nous trois… répond André
- Qu’est-ce que cela a de drôle ?
- Je n’ai pas dit que c’était drôle… dit-il d’un air détaché.
1 - Tard dans la soirée, Janine se décide à téléphoner à Gobillot. Elle est inquiète : Yvette n’est pas rentrée. Gobillot accourt. « Je vais vous dire, Monsieur…elle m’a obligée à rentrer seule, elle avait une course à faire… »
 
2 - Bien entendu, l’avocat pense aussitôt à Mazetti, mais il ignore son adresse. Il décide de se rendre à la préfecture de police où il connaît bien le personnel. Si Yvette a eu un accident, il le saura rapidement.
 
3 - Gobillot est impatient de retourner chez Yvette. Il se raccroche à l’espoir qu’elle est peut-être rentrée maintenant.
 
4 - Comme il se dirige vers sa voiture, un agent descend précipitamment du service de renseignements : « Maître Gobillot ? »
EN CAS DE MALHEUR – Claude Autant-Lara (1958) – Jean Gabin, Brigitte Bardot et Edwige Feuillère
EN CAS DE MALHEUR – Claude Autant-Lara (1958) – Jean Gabin, Brigitte Bardot et Edwige Feuillère
EN CAS DE MALHEUR – Claude Autant-Lara (1958) – Jean Gabin, Brigitte Bardot et Edwige Feuillère
"Elle a été tué, cette nuit, à coups de couteau, à l'Hôtel de Vilna, quai de Javel. Le meurtrier, après avoir erré plusieurs heures dans le quartier, vient de se présenter au poste de police de la rue Lacordaire. Le car s'est rendu sur les lieux et on a trouvé la victime dans la chambre indiquée. L'homme est un manœuvre, nommé Mazetti, qui a fait des aveux complets."
"Yvette était nue quand on a retrouvé son corps, une blessure sous le sein gauche, sur l'étroit lit de fer. Je suis allé là-bas. je l'ai vue avant qu'on l'emporte."

En cas de malheur… » ai-je écrit quelque part. Mon confrère Luciani, à qui je vais envoyer ce dossier, y trouvera peut-être de faire acquitter Mazetti, lui éviter en tout cas une peine trop lourde. Moi je continuerai à défendre des crapules.

« En cas de malheur » - Georges Simenon (1956)

 

FIN

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