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10 - UNE FEMME DISPARAÎT (The Lady Vanishes) – Alfred Hitchcock (1938) – Margaret Lockwood, Michael Redgrave

Publié le par Laurent Bigot

Durant l'affrontement, Miss Froy dicte à Gilbert une petite chanson : c'est un message codé qu'elle doit rapporter au gouvernement britannique. Elle se glisse ensuite hors du train et disparaît dans la forêt. Gilbert parvient à rejoindre la locomotive et à mettre le train en marche. Ils passent la frontière et se retrouvent hors de danger.

10 - UNE FEMME DISPARAÎT (The Lady Vanishes) – Alfred Hitchcock  (1938) – Margaret Lockwood, Michael Redgrave
L'invraisemblable vérité
Suivant le modèle adopté pour Les Trente-Neuf Marches, le nouveau film d'Hitchcock ne s'embarrassait pas de réalisme. Le réalisateur feignit même de s'étonner de ce que « nos amis les vraisemblants », comme lui et Truffaut appelaient les inconditionnels du réalisme au cinéma, ne se soient pas plus emportés contre le scénario somme toute assez farfelu de Une Femme disparaît. Car dans le film, le réalisme cède le pas au rythme époustouflant de l'intrigue. La méthode consistant à enchaîner les scènes les unes après les autres, sans une minute de répit, trouve ici son point d'orgue. On passe d'une comédie drolatique à l'hôtel à un thriller psychologique durant le voyage en train, pour finalement aboutir à un film d'action lors de l'échange de balles entre passagers et militaires. Le scénario suit un rythme qui va crescendo, en empruntant plusieurs formes, sans pour autant perdre le fil conducteur du récit.
Cet entrain est sous-tendu par des dialogues d'une verve piquante qui, comme l'ont noté Rohmer et Chabrol, « n'étouffe en rien la personnalité du metteur en scène ». Gilbert est souvent particulièrement en verve, par exemple quand il s'Inquiète de savoir si le Dr Hartz a trouvé quelque chose dans le cerveau du ministre britannique : « Une légère contusion cérébrale ? C'est mieux que rien ! ».

 

10 - UNE FEMME DISPARAÎT (The Lady Vanishes) – Alfred Hitchcock  (1938) – Margaret Lockwood, Michael Redgrave

Dans la veine comique, le plus grand succès revint cependant au duo Charters / Caldicott, à tel point que ses créateurs, Gilliat et Launder, les firent rejouer dans plusieurs films, notamment Train de nuit pour Munich (Carol Reed, 1940). Quant aux deux acteurs qui les incarnent dans Une Femme disparaît, ils rejouèrent ensuite à nouveau leurs personnages sur scène et à la radio. L'humour de ce duo comique répondait au goût très hitchcockien pour l'understatement, humour absurde à la mode britannique, qui devait culminer dans Mais qui a tué Harry ? Toutefois, absence de réalisme ne signifie pas manque de vérité - une vérité qui s'affirme à chaque scène et s'avère, discrètement mais nettement, politique. 

Joseph Cotten sur son lit dans L'Ombre d'un doute, Marlène Dietrich en deuil dans Le Grand Alibi : les films d'Hitchcock regorgent de figures du mal aux allures diaboliques héritées du cinéma expressionniste allemand. Ici, la baronne Athona, dans son sinistre costume, semble fraîchement débarquée des Carpates, patrie de Dracula. Sa figure évoque la mort, et c'est elle qui décide de se débarrasser des passagers et de la nonne qui en sait trop...

Joseph Cotten sur son lit dans L'Ombre d'un doute, Marlène Dietrich en deuil dans Le Grand Alibi : les films d'Hitchcock regorgent de figures du mal aux allures diaboliques héritées du cinéma expressionniste allemand. Ici, la baronne Athona, dans son sinistre costume, semble fraîchement débarquée des Carpates, patrie de Dracula. Sa figure évoque la mort, et c'est elle qui décide de se débarrasser des passagers et de la nonne qui en sait trop...

Aucun geste n'est laissé au hasard dans Une Femme disparaît. Ainsi, la nonne ne s'occupe pas de l'aiguillage sans raison. Elle permet au train de changer de direction, comme elle le fait elle-même : d'abord du côté du Dr Hartz, elle finit par aider les Anglais (par patriotisme, car elle est d'origine anglaise).

Aucun geste n'est laissé au hasard dans Une Femme disparaît. Ainsi, la nonne ne s'occupe pas de l'aiguillage sans raison. Elle permet au train de changer de direction, comme elle le fait elle-même : d'abord du côté du Dr Hartz, elle finit par aider les Anglais (par patriotisme, car elle est d'origine anglaise).

Pour donner plus d'intensité à la disparition de Miss Froy, Hitchcock multiplie les allusions. D'abord dans le compartiment à bagages, où l'on découvre que Doppo est un prestidigitateur qui fait disparaître des femmes, ensuite en faisant à nouveau disparaître Miss Froy dans la forêt. Tentant de rallier la frontière, la vieille dame s'évanouit littéralement dans le paysage, suscitant l’inquiétude d’iris qui la regardait partir. Ces rappels thématiques amplifient le thème central du film.

Pour donner plus d'intensité à la disparition de Miss Froy, Hitchcock multiplie les allusions. D'abord dans le compartiment à bagages, où l'on découvre que Doppo est un prestidigitateur qui fait disparaître des femmes, ensuite en faisant à nouveau disparaître Miss Froy dans la forêt. Tentant de rallier la frontière, la vieille dame s'évanouit littéralement dans le paysage, suscitant l’inquiétude d’iris qui la regardait partir. Ces rappels thématiques amplifient le thème central du film.

L’Italien Doppo est à la solde du Dr Hartz. Cet accord, qui évoque le rapprochement entre Berlin et Rome à la veille de la guerre, fait écho au MacGuffin.

L’Italien Doppo est à la solde du Dr Hartz. Cet accord, qui évoque le rapprochement entre Berlin et Rome à la veille de la guerre, fait écho au MacGuffin.

MacGuffin
À la fin du film, Miss Froy livre son secret : « Une chanson qui donne, en code, les clauses d'un pacte entre deux pays d'Europe. » Cette mélodie est l'objet de toutes les convoitises et l'enjeu du conflit opposant les Anglais aux complices du Dr Hartz. Pourtant on ne sait rien de précis sur ce pacte. Et pour couse, puisqu'il s'agit d'un MacGuffin : un élément suscitant la curiosité, cristallisant toutes les tensions, mais dont la nature exacte n'a que peu d'intérêt. Néanmoins, étant donné le contexte dons lequel fut réalisé le film, ce MacGuffin n'est pas anodin. L'époque était aux tractations diplomatiques entre les grandes puissances européennes. Et le pacte secret n'est pas sans évoquer l'axe Berlin-Rome qui se dessinait alors, associé ici à l'entente entre Hartz et Doppo. 
 

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