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11 - UNE FEMME DISPARAÎT (The Lady Vanishes) – Alfred Hitchcock (1938) – Margaret Lockwood, Michael Redgrave

Publié le par Laurent Bigot

De retour à Londres, l'heure des adieux a sonné. Mais Iris, voyant arriver au loin son triste fiancé, préfère s'enfuir avec Gilbert. Ensemble, ils vont au Foreign Office porter le message codé. Au dernier moment, Gilbert craint d'avoir oublié la petite chanson. Mais dans le bureau du ministre, un piano retentit, restituant l’air perdu : c’est Miss Froy qui le joue !

Comme souvent, Hitchcock apparaît en simple passant, perdu dans la foule de Victoria Station. Il porte une valise minuscule, tient son chapeau à la main, fume une cigarette et hausse bizarrement les épaules - en une allure et un comportement étranges, servant peut-être à distinguer le réalisateur des autres passants.

Comme souvent, Hitchcock apparaît en simple passant, perdu dans la foule de Victoria Station. Il porte une valise minuscule, tient son chapeau à la main, fume une cigarette et hausse bizarrement les épaules - en une allure et un comportement étranges, servant peut-être à distinguer le réalisateur des autres passants.

L'art de la guerre
Pour les spectateurs de 1938, l'aspect politique de Une Femme disparaît était évident. L'époque était marquée par l'irrésistible montée des dictatures. Mussolini obtenait l'Éthiopie, Hitler réarmait la Rhénanie, sans que ni la France ni la Grande-Bretagne ne réagissent. L'audace hitlérienne ne fit la démission des démocraties face à que s'accroître : annexion des Sudètes en 1938, puis de l'Autriche. Pendant ce temps, en Grande-Bretagne, Chamberlain prônait l'apaisement et tentait de temporiser. L'Isolationnisme déterminait en grande partie cette politique. En 1938, Chamberlain déclarait : « Il est horrible, fantastique et incroyable, qu'ici nous creusions des tranchées et essayions des masques à gaz, à cause d'une querelle dans un pays lointain entre des gens dont nous ne savons rien...» Ce n'est pas un hasard si Hitchcock déplaça le lieu de son Intrigue. Après Les Trente-Neuf Marches et Agent secret qui se déroulaient en Grande-Bretagne, nous voici en Europe centrale. Contrairement à ce qu'affirmait Chamberlain, l'enjeu était réellement devenu international, et les questionnements adressés par Hitchcock aux Anglais ne concernaient plus seulement le territoire national.
Le prime minister refusait de voir la menace d'une guerre pourtant devenue inévitable : c'est également le cas des personnages de Une Femme disparaît. Tous refusent la réalité et ne voient pas plus loin que leur petit intérêt personnel : Charters et Caldicott ne pensent qu'à leurs matchs de cricket ; l'avocat, à sa promotion comme juge. Ils incarnent l'isolationnisme qui domine à l'époque dans le monde. Au milieu de cet aveuglement général, seule Iris voit - elle ne s'appelle pas Iris pour rien ! Les autres devront attendre d'être blessés par balle, voire tués, pour comprendre la situation.

 

11 - UNE FEMME DISPARAÎT (The Lady Vanishes) – Alfred Hitchcock  (1938) – Margaret Lockwood, Michael Redgrave

 

Grâce à son génie, Hitchcock nous fait vivre l'aveuglement de ses personnages. Le spectateur tarde à saisir l'enjeu du récit. Toute la première partie qui se déroule à l'hôtel se présente comme une amusante comédie. Et une fois dans le train, il faut encore attendre un certain temps avant que surgisse la prise de conscience de l'importance de ce qui se trame. Ce n'est que lorsque le docteur Hartz annonce qu'il va régler le problème en empoisonnant les boissons d'Iris et Gilbert que le spectateur acquiert la certitude qu'il y a complot. L’enjeu politique de la disparition de Miss Froy n'est lui-même mis en lumière qu'à la fin du film, quand la vieille gouvernante décide de quitter le train et de confier la mélodie secrète à Gilbert, avouant ainsi son rôle d'espionne. Le spectateur tarde lui aussi à prendre conscience du danger. Ce grand prestidigitateur d'Hitchcock ne se contente pas de faire disparaître une vieille femme. Il fait apparaître, à travers un « pur divertissement », la vérité sur le plus grand fléau du XXe siècle. 

Iris et Gilbert se sont rencontrés autour d'une musique de noces : à l'hôtel, Gilbert retranscrit un air de musique folklorique joué pour les mariages. Dans les bureaux du Foreign Office, le musicien tente de retrouver l'air du message codé : le seul refrain qu'il parvient à siffloter est la Marche Nuptiale de Mendelssohn, peut-être parce qu'il envisageait juste avant son mariage avec Iris. Quoi qu'il en soit, suivant un schéma cher à Hitchcock, le film décrit une boucle, d'un mariage à un autre...

Iris et Gilbert se sont rencontrés autour d'une musique de noces : à l'hôtel, Gilbert retranscrit un air de musique folklorique joué pour les mariages. Dans les bureaux du Foreign Office, le musicien tente de retrouver l'air du message codé : le seul refrain qu'il parvient à siffloter est la Marche Nuptiale de Mendelssohn, peut-être parce qu'il envisageait juste avant son mariage avec Iris. Quoi qu'il en soit, suivant un schéma cher à Hitchcock, le film décrit une boucle, d'un mariage à un autre...

11 - UNE FEMME DISPARAÎT (The Lady Vanishes) – Alfred Hitchcock  (1938) – Margaret Lockwood, Michael Redgrave

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