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GRETA GARBO : LA DIVINE

Publié le par Laurent Bigot

THE KISS (Le Baiser, Jacques Feyder 1928)

THE KISS (Le Baiser, Jacques Feyder 1928)

Greta Garbo est une actrice suédoise, née (Greta Loyisa Gustafsson) à Stockholm le 18 septembre 1905. De condition très modeste, elle fut d'abord vendeuse dans un grand magasin, puis tourna dans de courts «inserts» de publicité.
En 1922, elle fut engagée dans un film à sujet «comique», LUFFAR-PETTER. Du jour au lendemain, elle décida de devenir comédienne et s'inscrivit à un cours d'art dramatique. Elle y rencontra Je metteur en scène Mauritz Stiller, qui, devinant en elle une farouche volonté «d'arriver», la prit sous sa protection, lui donna son pseudonyme et son premier grand rôle aux côtés de Lars Hanson dans GÖSTA BERLINGS SAGA, chef-d'œuvre de Stiller qui attira l'attention du monde entier sur la comédienne débutante. Elle obtient ensuite un second rôle - Asta Nielsen étant vedette - dans le film de Pabst, LA RUE SANS JOIE (1925).
 
AS YOU DESIRE ME (Comme tu me veux, Georges Fitzmaurice 1932)

AS YOU DESIRE ME (Comme tu me veux, Georges Fitzmaurice 1932)

Le cinéma suédois subissant une crise, Stiller se tourne vers Hollywood. Il émigre aux U.S.A., emmenant Garbo avec lui. Toutefois, quand il obtint pour lui-même (et pour elle) un contrat, Louis B. Mayer n’accorda aucune attention à la jeune actrice et elle resta même quelque temps sans travail à New York. Elle fut alors remarquée par le photographe Arnold Genthe qui publia d'elle des photos « à effet », qui commencèrent à répandre la légende de la «grande Garbo » fascinante et mystérieuse. Dès lors, a partir e son premier film hollywoodien THE TORRENT, elle fut l’incarnation de la femme fatale qui détruit les hommes et, énigmatique, les conduit au crime ou à la destruction : son premier triomphe total fut FLESH AND THE DEVIL (1926) qui sacra en même temps qu'elle le bon comédien John Gilbert, jeune premier romantique. C'est à partir de leur «union» idéale comme les «amants du siècle» que Garbo commença à être la «divine» Garbo et que son visage pâle et assez sévère, répandu à des milliers d'exemplaires, fil battre les cœurs dans le monde entier. Elle évolua légèrement vers des rôles moins antipathiques avec LOVE (1927), où Tolstoï se trouvait mobilisé en son honneur, et toujours plus énigmatique, toujours plus «saisissante» au gré de ses admirateurs, elle traversa sans rien en laisser paraître une dure crise morale lorsque Stiller mourut.
GRETA GARBO : LA DIVINE
Devenue l'actrice ta plus célèbre du monde, elle franchit avec aisance J'épreuve du «parlant» et soutint vaillamment l'édifice de vedettes rassemblées autour d'elle dans GRAND HOTEL. Mais, ennemie de toute publicité jusqu'à la phobie, elle usa ses forces à déjouer la nuée d'adorateurs qui la poursuivaient et à multiplier les retraites secrètes où elle recevait ses quelques amis. On lui attribua, à titre plus ou moins publicitaire, des liaisons avec John Gilbert et le chef d'orchestre Leopold Stokowski. Elle se contenta de continuer à tourner et reçut deux fois le prix de 10 critique new-yorkaise, pour ANNA KARENINA (sorte de «remake- de LOVE) et pour CAMILLE, sans doute l'un de ses meilleurs rôles.
 
ANNA CHRISTIE (Clarence Brown 1930)

ANNA CHRISTIE (Clarence Brown 1930)

Toutefois, son prestige purement commercial baissait, à la M.G.M. et elle accepta la proposition de Billy Wilder (qui était alors le scénariste de Lubitsch) de tenir un rôle fantaisiste, voire comique : ce fut, NINOTCHKA où, pour la première fois, Garbo s'enivrait au champagne et essayait de quitter son impassibilité marmoréenne au profil d'une féminité plus détendue.
Le succès du film l'incita à continuer, mais TWO FACED WOMAN fut un échec complet. La «grande Garbo» n'eut pas le courage d'une nouvelle tentative et se retira de l'écran, d'abord avec l'intention de revenir, puis définitivement, faute, assura-t-on autour d'elle, d'un sujet digne de sa «rentrée».
 
MATA HARI (Georges Fitzmaurice 1931)

MATA HARI (Georges Fitzmaurice 1931)

Encore aujourd'hui, il n'est pas rare d'entendre célébrer Greta Garbo comme l'expression même de la beauté féminine, de l'érotisme «spiritualisé» et de la passion profonde dans le domaine cinématographique, C'est en réalité, une pure affaire de goût, subjective, conditionnée par l'existence d'un «mythe» Garbo, qui, aux esprits frondeurs, peut apparaître comme une simple application du mot, si souvent injuste, d'Oscar Wilde : «La femme est un sphinx sans mystère».
 
Greta Garbo a dominé incontestablement de son ascendant la moyenne de ses films, dont certains (FLESH AND THE DEVILANNA CHRISTIECAMILLE) étaient bons : mais c'est le lot commun de toutes les vedettes qui apportent une présence sur l'écran. Seulement la présence de Garbo paraît n'avoir été due qu'à un phénomène d'hypnose collective assez difficilement concevable aujourd'hui. Dénuée de chaleur comme de grâce, sa silhouette presque abstraite n'a jamais été mieux mise en valeur que par le délirant Rouben Mamoulian lui faisant jouer le rôle d'une virago amoureuse dans QUEEN CHRISTINA (1933). Son visage devait sa «photogénie» à des yeux «insondables» dont la profondeur pouvait bien n'avoir jamais recelé que le néant. Phénomène social, moral et même historique considérable, Greta Garbo aura réussi ce paradoxe : faire prendre pour l'incarnation du «sex appeal» et des abîmes de la passion un tempérament peut-être en dernière analyse timide, en tout cas inhibé, «spiritualisé» à l'extrême et d'une incoercible froideur. Le personnage de Garbo a inspiré, à juste titre, plusieurs biographies romanesques, la plus attachante étant sans doute celle de Françoise Ducout : Garbo la Somnambule, aux éditions Stock, 1978. 
L’ENCYCLOPEDIE DU CINEMA – Roger Boussinot – Ed. Bordas (1980)
ANNA KARENINA (Clarence Brown 1955)

ANNA KARENINA (Clarence Brown 1955)

Filmographie :
 
1922 : LUFFAR-PETTER (Erik A. Petshler)
1923 : GÖSTA BERLINGS SAGA (Mauritz Stiller)
1925 : DIE FREUDLOSE GASSE (La Rue sans joie - G.W. Pabst, en Allemagne)
1926 : THE TORRENT (Monta Bell, avec Ricardo Cortez)
1926 : THE TEMPTRESS (Fred Niblo)
1926 : FLESH AND THE DEVIL (La Chair et le diable, Clarence Brown, avec John Gilbert)
1927 : LOVE (Anna Karénine, Edmund Goulding)
1927 : THE DIVINE WOMAN (Victor Sjöström)
1928 : THE MYSTERIOUS LADY (Fred Niblo)
1928 : A WOMAN OF AFFAIRS (Clarence Brown)
1928 : WILD ORCHIDS (Sidney Franklin)
1928 : THE KISS (Le Baiser, Jacques Feyder)
1930 : ANNA CHRISTIE (Clarence Brown)
1931 : INSPIRATION (Clarence Brown)
1931 : SUSAN LENOX, HER FALL AND RISE (Robert Z. Leonard)
1931 : MATA HARI (Georges Fitzmaurice)
1932 : GRAND HOTEL (Edmund Gouldingj)
1932 : AS YOU DESIRE ME (Comme tu me veux, Georges Fitzmaurice)
1933 : QUEEN CHRISTINA (La Reine Christine, Rouben Mamoulian)
1934 : THE PAINTED VEIL (Richard Boleslawsky)
1935 : ANNA KARENINA (Clarence Brown)
1937 : CAMILLE (Le Roman de Marguerite Gauthier, George Cukor)
1937 : CONQUEST (Marie Walewska, Clarence Brown)
1939 : NINOTCHKA (Ernst Lubitsch)
1941 : TWO FACED WOMAN (George Cukor)
CAMILLE (Le Roman de Marguerite Gauthier, George Cukor 1947)

CAMILLE (Le Roman de Marguerite Gauthier, George Cukor 1947)

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