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1 - HIS GIRL FRIDAY (La Dame du vendredi) – Howard Hawks (1940) – Cary Grant, Rosalind Russel, Ralph Bellamy

Publié le par Laurent Bigot

La screwball s'inscrit dans une vaste nébuleuse que l'on appelle « comédie américaine » et qui est une espèce de fourre-tout dans lequel il y a des sous-genres extrêmement précis comme la comédie romantique. La screwball comedv peut se traduire de façon littérale par « comédie loufoque ». Elle se caractérise par un thème fondamental, la guerre des sexes, qui se traduit par l'incompatibilité du personnage féminin et du personnage masculin, ou du moins l'incompatibilité apparente. Le principe de la screwball est de multiplier les obstacles séparant les deux personnages pour entretenir le suspense et conserver l'intérêt du spectateur jusqu'à la fin.
Le genre correspond à un cadre historique et social. La screwball comedy est un enfant de la crise qui naît avec le New Deal de Roosevelt. Un des obstacles qui intervient souvent entre les personnages est celui d'une différence de classe sociale ou de philosophie de la vie. Au cœur de la screwball, il y a également l'ouverture vers une partie de la société que les protagonistes ignoraient jusque-là. C'est assez net dans La Dame du vendredi avec les personnages du condamné à mort et de son amoureuse qui sont typiques de l'altruisme, de l'intérêt pour les autres de cette époque où la solidarité était nécessaire. Howard Hawks n'est pourtant pas le plus social des cinéastes américains et cela est beaucoup plus net chez Gregory La Cava ou Frank Capra.
Entretien avec Christian Viviani sur la Screwball comedy, par Yves Alion et Sylvain Angiboust – L’Avant-Scène Cinéma – La Dame du vendredi – avril 2014 (612)
 
La caractéristique de la screwball, c'est le mélange du dialogue et du slapstick, ce comique corporel qui existait déjà au temps du muet. Il y a dans la screwball des éléments burlesques que l'on ne trouve pas dans la comédie romantique, par exemple le gag de la robe déchirée dans L’Impossible Monsieur Bébé. Il y a également un dialogue qui se caractérise par une extrême rapidité, le plus rapide étant très certainement La Dame du vendredi. Hawks faisait refaire plusieurs prises avec comme consigne d'aller toujours plus vite. Il avait des comédiens qui savaient le faire. Son rythme fait vraiment partie de son identité. Cette rapidité n'est pas naturelle, elle est le signe reconnaissable d'un genre qui est en fait très abstrait, pas du tout réaliste. Il existe un trait commun à tous ces films : ils sont antinaturels, antinaturalistes, et la rapidité en est une des caractéristiques. On pourrait en dire autant de la flexibilité du corps dans le burlesque, qui n'est pas naturelle non plus. Les grands interprètes de screwball comme Katharine Hepburn, Cary Grant, Carole Lombard ou Claudette Colbert ont un côté non quotidien, leur manière de bouger tient presque de la danse ou de la pantomime.
L'Impossible Monsieur Bébé (Bringing up Baby) - Howard Hawks (1938)

L'Impossible Monsieur Bébé (Bringing up Baby) - Howard Hawks (1938)

Le genre de la screwball comedy s’est éteint car il y a une évolution radicale de la société au lendemain de la guerre. Les mœurs changent et la psychanalyse devient un phénomène de masse : elle a servi à traiter de nombreux soldats traumatisés et les familles y ont donc été sensibilisé. La vulgarisation de la psychanalyse est peut-être une des raisons de la disparition de la screwball comedy : la psychanalyse modifie les relations homme-femme et le rapport à la famille, qui est un autre thème important du genre. Le ton n'est plus le même, les années 1945- 50 sont une époque assez sérieuse. Les comédies de Cukor comme Madame porte la culotteComment l'esprit vient aux femmes ou Une femme qui s'affiche dérapent parfois dans le drame. Il y a quand même une mort d'enfant dans Je retourne chez Maman.
Spencer Tracy et Katharine Hepburn dans "Madame porte la culotte" (Adam's Rib) - George Cukor (1949)

Spencer Tracy et Katharine Hepburn dans "Madame porte la culotte" (Adam's Rib) - George Cukor (1949)

Howard Hawks utilise dans la plupart de ses films des éléments comiques dont certains peuvent ramener à la screwball. Cela fait partie de sa manière de faire du cinéma, qui est une manière extrêmement classique : même dans un film dramatique, il faut mettre en place des parenthèses de relâchement comique pour rester en contact avec le public. On le retrouve dans ses westerns ou dans Hatari  qui, bien qu'il soit situé en Afrique avec des chasses aux fauves spectaculaires, reprend le principe d'une autre screwball comedy qui est Boule de feu, c'est-à-dire Blanche-Neige et les sept nains : la femme qui arrive dans un univers qui n'est pas le sien et les conséquences que cela va provoquer.
Howard Hawks

Howard Hawks

La screwball repose très souvent sur ce qui est encore un grand principe scénaristique aux Etats-Unis pour la comédie ou les autres genres, celui du poisson hors de l'eau. On prend un personnage qui n'a rien à voir dans un milieu et on observe comment le milieu et lui vont réagir au contact l'un de l'autre. On a Cary Grant hyper-sérieux dans le monde en folie de L’Impossible Monsieur Bébé, Rosalind Russell dans une société presqu'exclusivement masculine dans La Dame du vendredi

Entretien avec Christian Viviani sur la Screwball comedy, par Yves Alion et Sylvain Angiboust – L’Avant-Scène Cinéma – La Dame du vendredi – avril 2014 (612)

1 - HIS GIRL FRIDAY (La Dame du vendredi) – Howard Hawks (1940) – Cary Grant, Rosalind Russel, Ralph Bellamy

 

Voir l'intégralité des publications du film :

 

LA DAME DU VENDREDI

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