Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

1 - HÔTEL DU NORD (1938) Marcel Carné - Annabella, Arletty, Louis Jouvet, Jean Pierre Aumont

Publié le par Laurent Bigot

1 - HÔTEL DU NORD (1938)  Marcel Carné - Annabella, Arletty, Louis Jouvet, Jean Pierre Aumont
Hôtel du Nord est d'abord un film de producteur, celui de Lucachevitch pour la société Impérial-Film qui désirait profiter des trois mois de séjour en France de la vedette internationale qu'était Annabella en 1938 pour lui faire tourner son film français de l'année.
Annabella venait d'obtenir en 1936 le Prix de la meilleure actrice de la Biennale de Venise pour son rôle dans Veille d'armes (Marcel L'Herbier) ; elle était alors fort célèbre tant en Europe centrale, grâce à Marie, légende hongroise, de Paul Féjos (1932), notamment, qu'en France, chez Abel Gance et René Clair, ainsi qu'aux Etats-Unis où elle vit depuis 1937 comme épouse de Tyrone Power. 
Hôtel du Nord – L’Avant-Scène – 1988 (374) – Les cent sous de Nazarède (Michel Marie)
Edmond : Pas près du peigne le gâteau. D'abord je t'ai déjà dit que la place d'un peigne n'est pas sur une table à côté d'un pot de confiture et que la place d'un pot de confiture n'est pas près d'un fer à friser et je commence à en avoir assez de te voir poser ta brosse à dents à côté de la poudre de riz.
Raymonde : Oui. Ben y'a autre chose qu'est pas à sa place ici.
Edmond : Quoi donc ?
Raymonde : Une femme comme moi auprès d'un type comme toi.
Edmond : Patience.
Raymonde : Patience ? Où tu veux en venir avec ta m'nace ?
Edmond : J'potasse l'anglais, j'apprends la photographie. Patience ...
Raymonde : Patience quoi ? Patience qui ?
Edmond : Patience rien.
Raymonde : D'abord pour être photographe, même ambulant, il faut une licence. Pour l'obtenir il faudra que tu te lèves de bonne heure.
Edmond : Tu me réveilleras.
Raymonde : Edmond ! Tu m'aimes donc plus que tu veux travailler.
Edmond : J'veux gagner mon bifteck moi-même. Chacun ses goûts.
Raymonde : Oui ben moi je s'rais jamais la maîtresse d'un photographe. 
 
1 - HÔTEL DU NORD (1938)  Marcel Carné - Annabella, Arletty, Louis Jouvet, Jean Pierre Aumont
1 - HÔTEL DU NORD (1938)  Marcel Carné - Annabella, Arletty, Louis Jouvet, Jean Pierre Aumont
 « Dans un hôtel situé sur le bord du Canal Saint-Martin à Paris, on célèbre une communion. Les propriétaires et clients de l'établissement fêtent l'événement autour d'un repas chaleureux. Un couple de jeunes amoureux (Pierre et Renée) s'installe dans une des chambres. Au cours de la nuit, un coup de feu retentit... » C'est ainsi que démarre l'intrigue d'Hôtel du Nord, merveilleux film d'ambiance dont le personnage principal est bien entendu cet hôtel du canal parisien. Sur un scénario de Jean Aurenche et des dialogues de Henri Jeanson, Marcel Carné décrit avec autant de minutie que de passion les hommes et les femmes qui logent dans l'hôtel ou ses environs. Au milieu des décors imaginés par Trauner, on croise un patron paternaliste, un policier raciste, de jeunes amoureux naïfs, un éclusier cocu, et un mac accompagné de sa protégée. Tous ces personnages typiques d'une époque participent à l'atmosphère si caractéristique du film. Pour incarner ces personnages, Carné et son équipe s'entourent de comédiens épatants parmi lesquels Jean-Pierre Aumont, Bernard Blier, Annabella ou Paulelte Dubost. En tête d'affiche de cette distribution, un couple inoubliable : Arletty et Louis Jouvet Les deux comédiens s'emparent des dialogues de Jeanson et inventent des personnages à la gouaille inoubliable. Leurs échanges sont un pur régal pour les oreilles et sonnent comme une musique de rue, un témoignage de l'argot qui régnait à l'époque dans les quartiers parisiens.

Marcel Carné « Le môme du cinéma français » - David Chanteranne – Ed. Soteca (2012)

1 - HÔTEL DU NORD (1938)  Marcel Carné - Annabella, Arletty, Louis Jouvet, Jean Pierre Aumont
Marcel Carné : Comment a été fait Hôtel du Nord, c'est vraiment toute une histoire. Je venais de sortir Quai des brumes et le film marchait très fort. Après quelques semaines d'exclusivité, un producteur, qui faisait des films patriotiques réalisés par Marcel L'Herbier avec Victor Francen en officier de marine, me demande. Ses films cocardiers ne faisant plus d'argent, et voyant qu'un film où il est question d'un déserteur a du succès, il fait une entorse à ses sentiments et demande à rencontrer ceux qui l'ont fait. De but en blanc, il m'annonce : « voulez-vous faire le film d'Annabella de l'année? ». A l'époque, Annabella était une actrice tellement populaire que la simple vente de ses films en Europe centrale assurait un amortissement de la production. Je réponds « oui, sous réserve de lui trouver un rôle ». Je pense à Quatorze Juillet de René Clair (1934), à Marie, légende hongroise de Paul Féjos (1932) et, tout à coup, me revient en mémoire Hôtel du Nord.
Je connaissais bien Eugène Dabit, ayant commencé ma carrière par un court métrage dont il avait écrit le scénario. Je propose ce projet au producteur. Evidemment, il ne connaissait pas le roman et encore moins Dabit, mais il me propose de téléphoner à Annabella, qui était à Hollywood et venait de se marier avec Tyrone Power. Elle devait passer deux mois à Paris et le producteur me dit « si Annabella est d'accord, on fait le film ». Je voyais l'affaire mal partie : le temps d'envoyer le livre aux Etats-Unis, le temps qu'Annabella lise le livre, surtout que les acteurs ne lisent pas tout de suite... Le lendemain, nous appelons Annabella... Miracle, elle connaissait le roman et l'aimait. Le producteur me demande mes conditions, nous nous mettons d'accord et alors qu'il me raccompagne à la porte, il me demande : « Mais quel âge avez-vous ? » A ma réponse, il réplique: « Comment? Si jeune et vous voulez autant d'argent? » Je lui réponds que l'âge n'a rien à faire là-dedans. - « Non mais quand même, je trouve ça immoral ! » et il a réussi à diminuer mon cachet. 
Hôtel du Nord – L’Avant-Scène – 1988 (374) - La modestie des artisans, entretiens avec Marcel Carné et Alexandre Trauner (Jacques Kermabon)

Commenter cet article