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2 - HÔTEL DU NORD (1938) Marcel Carné - Annabella, Arletty, Louis Jouvet, Jean Pierre Aumont

Publié le par Laurent Bigot

On sait qu'Henri Jeanson n'avait qu'une estime très relative pour les performances d'acteurs d'Annabella et de Jean-Pierre Aumont. D'où l'hypothèse formulée par Marcel Carné dans son livre de souvenirs, La vie à belles dents (écrit quarante années plus tard) d'un « bâclage» délibéré des dialogues des deux vedettes principales au profit de deux personnages au départ secondaires, la prostituée et son souteneur, beaucoup plus « cinématographiques» aux yeux du dialoguiste. Une interprétation complémentaire pourrait voir dans un certain nombre de répliques échangées par les deux amants, avant leur tentative de suicide, une parodie ironique du lyrisme du désespoir cher aux amants maudits du poète Jacques Prévert, collaborateur habituel de Carné (indisponible pour Hôtel du Nord parce qu'aux Etats-Unis) et que le malicieux Henri Jeanson remplace au pied levé : une analyse détaillée du dialogue de cette séquence serait à cet égard fort révélatrice et pourrait être confrontée aux séquences homologues de Quai des brumes (que Prévert vient de dialoguer quelques mois auparavant avec le succès que l'on sait), mais également avec celles du Jour se lève (dialogues Gabin-Jacqueline Laurent dans la serre) et des Portes de la nuit (dialogues Montand-Nathalie Nattier). Contentons-nous de citer quelques phrases énoncées par Renée-Annabella et Pierre-J.-P. Aumont, (ça vaut quand même le détour)… :
 
Renée : « Si je disais non, il faudrait se remettre à vivre. Quelle corvée! Quelle complication!... J'entendrais le tictac de ton bracelet-montre contre mon oreille et tu me tireras une balle, ici, au cœur. »
Pierre: « Les autres n'ont pas voulu de nous ». « Si je ne t'avais pas rencontrée, je n'aurais pas eu envie d'être heureux... Tout a toujours foutu le camp autour de nous... Le rire de ton ancien patron, le cri du marchand de frites qui nous refusait du crédit, tout ça, ça sera mort pour nous... On sera mort sous une bonne étoile. Dans une heure, ce sera notre voyage de noces... » 
2 - HÔTEL DU NORD (1938)  Marcel Carné - Annabella, Arletty, Louis Jouvet, Jean Pierre Aumont
2 - HÔTEL DU NORD (1938)  Marcel Carné - Annabella, Arletty, Louis Jouvet, Jean Pierre Aumont
Marcel Carné vu par Henri Jeanson
Pour avoir travaillé avec Marcel Carné à Hôtel du Nord, je sais très exactement ce qu'il vaut. C'est un metteur en scène de très grand talent. Il a du caractère el il aime son métier. Il a le goût de la mélancolie, des paysages déchirants, des ciels gris et des rues où l'on traîne la savate. Le goût de la violence aussi, avec je ne sais quoi de sentimental, de « dimanche du bord de la Marne» et de sortie d'atelier. Un parigot de Paname qui cueille volontiers la fleur bleue sur les fortifs, qui aime ce que nous aimons : le bruit de l'orgue de Barbarie, le reflet d'un réverbère sur un visage anonyme, les cafés pris sur le zinc et les balades à vélo et le cri des marchands de journaux et celui de l'homme qu'on assassine au fond de la nuit, et les robes de confection allègrement portées et le sifflet de l'usine et la fumée des locomotives, et la silhouette de la tour Eiffel dans la brume de novembre.
Le Canard enchaîné, 30 décembre 1938. 
 
Henri Jeanson

Henri Jeanson

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