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5 - GUEULE D’AMOUR – Jean Grémillon (1937) – Jean Gabin, Mireille Balin

Publié le par Laurent Bigot

L'impression de plus grande authenticité des décors populistes vient aussi de ce que Grémillon a recours à des images de type documentaire pour les introduire (sortie d'usine, rues, façades) alors que le monde de Madeleine n'est pas inséré dans un environnement qui l’authentifie : on ne voit que la porte extérieure de son immeuble, mais jamais la rue ou le quartier. Ainsi, alors même que le héros est mis en situation d’infériorité par un monde qui exhibe sa richesse pour mieux l'interdire aux « pauvres », la confrontation des deux univers dans le texte filmique aboutit à valoriser l’univers des pauvres aux dépens de celui des riches. L'impression d' authenticité rejaillit sur les personnages en l'occurrence sur Lucien, dont le changement de comportement (c'est-à-dire de jeu) coïncide avec le passage de l'univers militaire au monde populiste : le caractère « superficiel » du don juan un peu fat de la première partie a cédé la place à une figure d'amoureux souffrant beaucoup plus propre à attirer la sympathie des spectateurs (et des spectatrices !). Par opposition, le personnage de la mère de Madeleine est d'autant plus odieux qu'elle cabotine à outrance dans la plus pure tradition boulevardière ! Ainsi, l'humiliante éviction que subit Lucien est contrebalancée dans l'esprit du spectateur par l'image négative de l'univers dont il est exclu. Le film prend ainsi une revanche esthétique sur les inégalités sociales qu'il représente. 
Jean Grémillon, Le cinéma est à vous – Geneviève Sellier – Ed. Meridiens Klincksieck (1989)
Madeleine (s'adressant à Lucien) : Je savais bien que vous n'aviez pas beaucoup d'éducation, mais vraiment vous dépassez les bornes ! C'est vous qui allez sortir ! (...) Vous n'êtes pas chez vous ici ! Monsieur Moreau, lui, a trop d'esprit, pour l'oublier ! Et bien  ! Qu'est-ce que vous attendez ! Allez-vous-en !
Madeleine (s'adressant à Lucien) : Je savais bien que vous n'aviez pas beaucoup d'éducation, mais vraiment vous dépassez les bornes ! C'est vous qui allez sortir ! (...) Vous n'êtes pas chez vous ici ! Monsieur Moreau, lui, a trop d'esprit, pour l'oublier ! Et bien  ! Qu'est-ce que vous attendez ! Allez-vous-en !
Madeleine (s'adressant à Lucien) : Je savais bien que vous n'aviez pas beaucoup d'éducation, mais vraiment vous dépassez les bornes ! C'est vous qui allez sortir ! (...) Vous n'êtes pas chez vous ici ! Monsieur Moreau, lui, a trop d'esprit, pour l'oublier ! Et bien  ! Qu'est-ce que vous attendez ! Allez-vous-en !
Madeleine (s'adressant à Lucien) : Je savais bien que vous n'aviez pas beaucoup d'éducation, mais vraiment vous dépassez les bornes ! C'est vous qui allez sortir ! (...) Vous n'êtes pas chez vous ici ! Monsieur Moreau, lui, a trop d'esprit, pour l'oublier ! Et bien  ! Qu'est-ce que vous attendez ! Allez-vous-en !
Madeleine (s'adressant à Lucien) : Je savais bien que vous n'aviez pas beaucoup d'éducation, mais vraiment vous dépassez les bornes ! C'est vous qui allez sortir ! (...) Vous n'êtes pas chez vous ici ! Monsieur Moreau, lui, a trop d'esprit, pour l'oublier ! Et bien  ! Qu'est-ce que vous attendez ! Allez-vous-en !

Madeleine (s'adressant à Lucien) : Je savais bien que vous n'aviez pas beaucoup d'éducation, mais vraiment vous dépassez les bornes ! C'est vous qui allez sortir ! (...) Vous n'êtes pas chez vous ici ! Monsieur Moreau, lui, a trop d'esprit, pour l'oublier ! Et bien ! Qu'est-ce que vous attendez ! Allez-vous-en !

Chez Jean Grémillon, Madeleine n'est que la partie la plus visible d'un dispositif social dans lequel Lucien va se faire piéger. Elle ne fonctionne pas isolément, puisque la clef de sa séduction est l'existence de ce riche protecteur qui saura intervenir quand Lucien «outrepasse ses droits ». Lucien ne rompt pas de lui-même comme chez André Beucler, mais seulement après avoir été « vidé comme un malpropre » de l’appartement de sa maîtresse. Cette dépendance de Madeleine vis-à-vis de l'argent de son protecteur est la pierre d’achoppement de ses relations avec Lucien. Grémillon insiste sur le caractère contradictoire de Madeleine, aliénée à une beauté socialement très marquée (rien de moins « naturel » que la beauté de Mireille Balin), mais désireuse en même temps d'échapper par ses aventures amoureuses à son statut de femme entretenue, c’est-à-dire de prostituée de luxe. Même si le personnage féminin apparaît comme le «mauvais objet» du film, face aux personnages masculins victimisés, dans une tradition de misogynie que le « réalisme poétique » n'a pas fait disparaître, celte malfaisance relativisée par les contradictions du personnage est très différente du fantasme diabolique du roman d'André Beucler. 
Du roman d’André Beucler à l’adaptation de Jean Grémillon – Geneviève Sellier – L’Avant-Scène cinéma  - 436 (1994)
5 - GUEULE D’AMOUR – Jean Grémillon (1937) – Jean Gabin, Mireille Balin

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