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6 - HÔTEL DU NORD (1938) Marcel Carné - Annabella, Arletty, Louis Jouvet, Jean Pierre Aumont

Publié le par Laurent Bigot

6 - HÔTEL DU NORD (1938)  Marcel Carné - Annabella, Arletty, Louis Jouvet, Jean Pierre Aumont
Atmosphère
En lisant le scénario, je n'étais pas enthousiasmé par cette scène. C'est tiré par les cheveux. J'avais presque envie de la couper mais je me dis qu'avec l'accent d'Arletty, cela allait passer. Quitte à me faire engueuler par la production, autant tourner la scène même s'il faut la couper ensuite. Toute la drôlerie, de la scène, on la doit à Arletty. On ne la voit pas dans le texte. Quand les flics l'arrêtent et qu'elle réplique « pour une bonne prise, c'est une bonne prise », ça c'est réel, c'est jaillissant, naturel. Mais « atmosphère »... Est-ce que la dernière des putains de Pigalle connaît même le mot ? Or, à mon grand étonnement, dès les premières projections les gens riaient. C'était la première fois qu'on riait à mes films. Par exemple, Drôle de drame avait été très mal accueilli. Le film a été chahuté, sifflé. On nous avait traité de fils de famille qui dépensions l'argent de papa. Cela a très mal marché avant de devenir un classique. Hôtel du Nord, lui, a eu beaucoup de succès tout de suite. Tous les producteurs se sont jetés sur Arletty. Elle avait eu 60.000 francs à l'époque, pour le film suivant, elle a gagné 300.000 francs, exactement la même progression que Michèle Morgan après Quai des brumes. Le succès du film a été tel que par la suite on a failli classer l'hôtel monument historique. Les guides, dans les péniches qui passaient devant, annonçaient aux touristes: « Et voici l'hôtel du Nord, c'est là que Marcel Carré a tourné son fameux film »... alors que nous avons tout reconstitué en studio !
 
6 - HÔTEL DU NORD (1938)  Marcel Carné - Annabella, Arletty, Louis Jouvet, Jean Pierre Aumont6 - HÔTEL DU NORD (1938)  Marcel Carné - Annabella, Arletty, Louis Jouvet, Jean Pierre Aumont
Bernard Blier incarne Prosper Trimault, un éclusier cocu « qui a l'infortune d'être le mari de Paulette Dubostê» et à propos duquel Jean Aurenche déclarera huit ans plus tard : «Blier était un donneur de sang. Il est devenu un donneur de vie.» L'acteur lui-même se remémorera avec une tendresse particulière « une formidable scène d'émotion avec Arletty. Lorsque je m'enfile un sandwich au jambon et que je me mets à pleurer en bouffant mes larmes en même temps ! ».
L’équipe du film a beau le surnommer «Pompon », le réalisateur prodige ne se laisse pas amadouer pour autant car il sait ce qu'il veut. «En quelques jours, raconte Bernard Blier, Marcel Carné se chargea de me faire réviser tous mes jugements sur le cinéma… A grands renforts de cris, de bourrades, de réflexions assez brutales et de remarques dépourvues de toute aménité. J'avais besoin d'être houspillé. Cette douche froide me fit le plus grand bien car j’ai compris, enfin,  qu’il était possible de faire de bons films et que l’acteur devait se montrer assez consciencieux pour prendre sa part de responsabilités dans la réalisation d'une œuvre collective.» « Pour moi le cinéma, c'était une façon de courir les cachetons et de faire vite de l'argent. Je n’avais jamais pensé que ça pouvait être une chose sérieuse. Jusqu'à ce que Marcel Carné m'engueule comme du poisson pourri et me fasse comprendre que j'avais tort ! » Et de conclure : «Après ça, je n'ai plus jamais fait de film pour le pognon. Si je jouais, c'est que j'y croyais. Ou que j'y avais cru, car dès le troisième jour, il arrive qu'on se rende compte qu'on court à la catastrophe, mais alors c'est tard. »
Bernard Blier, un homme puzzle – Jean-Philippe Guerand – Ed. Robert Laffont (2009)
 

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