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8 - HÔTEL DU NORD (1938) Marcel Carné - Annabella, Arletty, Louis Jouvet, Jean Pierre Aumont

Publié le par Laurent Bigot

8 - HÔTEL DU NORD (1938)  Marcel Carné - Annabella, Arletty, Louis Jouvet, Jean Pierre Aumont
Prosper : Bonjour ma petite Reine. Tu es pas trop fatiguée ma petite Reine ?
Raymonde : Si tu quittes tout le temps ton boulot, ils vont finir par te foutre à la porte.
Prosper : Mais je pense tellement à toi. Tu devrais venir à l'écluse, tu me tiendrais compagnie.
Raymonde : Pour qui que tu me prends hein ? Pour qui ?
Prosper : Ben ma petit Reine, voyons.
Raymonde : Ta petite Reine elle en a marre d'en baver because les hommes. Je me suis pas mise avec toi pour tomber sur un Edmond miniature. Le boulot t'attend, va à l'écluse.
Prosper : Oh ma petite Reine. 
 
8 - HÔTEL DU NORD (1938)  Marcel Carné - Annabella, Arletty, Louis Jouvet, Jean Pierre Aumont
La célèbre passerelle, reconstruite sur les plateaux des studios de Billancourt, apparaît à plusieurs reprises dans le film. Elle embraye le récit, le clôt et le structure en parties. C'est évidemment la figure de la frontière que l'on franchit, celle à partir de laquelle toutes les histoires commencent. Edmond (Louis Jouvet) la descend à son tour après l'emprisonnement de Pierre, lorsqu'il va retrouver le révolver avec lequel l'enfant joue et qu'il le lui achète cent sous. Il la descendra à la fin du film, lorsqu'il revient de son voyage avorté à Port Saïd. Il est clair que cette fois-ci, c'est vers sa propre mort qu'il se dirige, d'un pas lent et décidé pour y retrouver l'ancien complice qu'il a trahi, le gangster Lazarède, figure populiste de l'Ange de la Mort.
 
Au centre du film, cinq plans descriptifs consacrés aux manœuvres de l'écluse, à des images de clochards assoupis sur des bancs, divisent le fil du récit en deux grands mouvements. Ils rappellent les images du générique et celles du premier court métrage documentaire du réalisateur, Nogent, Eldorado du dimanche (1929). Le canal, l'eau trouble, sont les lieux du suicide et de la mort. Ils sont face à l'hôtel, celui de la chambre 16 où les deux amants vont tenter de faire le grand voyage et rejoindre l'éternité. Mais ce lieu de la mort est aussi celui de la communauté sociale, du travail, de la convivialité. Carné insiste à plusieurs reprises sur les phases techniques des manœuvres de l'écluse comme sur l'intense activité de l'hôtel, rempli d'ouvriers au moment du repas de midi. Et c'est en intégrant cette activité sociale et la famille de l'hôtel que Renée pourra assumer sa « résurrection », tant sentimentale que sociale. Ce sont les étapes de la résurrection de Renée, celle qui littéralement renaît, que nous nous proposons de commencer. 
Hôtel du Nord – L’Avant-Scène – 1988 (374)  – Les cent sous de Nazarède (Michel Marie)
8 - HÔTEL DU NORD (1938)  Marcel Carné - Annabella, Arletty, Louis Jouvet, Jean Pierre Aumont
8 - HÔTEL DU NORD (1938)  Marcel Carné - Annabella, Arletty, Louis Jouvet, Jean Pierre Aumont
8 - HÔTEL DU NORD (1938)  Marcel Carné - Annabella, Arletty, Louis Jouvet, Jean Pierre Aumont
Témoignage
 
Alexandre TraunerEvidemment, la première idée qui vient à l'esprit quand on veut tourner un film comme Hôtel du Nord, c'est de le tourner sur les lieux réels de l'action, puisque l'hôtel existe, sur les bords du canal Saint-Martin. Mais nous nous sommes très vite rendus compte qu'il n'était pas possible de couper l'artère à cause de la circulation. Un calcul a été fait et il s'est avéré moins coûteux de recréer le fameux hôtel en studio. Alors bien sûr, c'était un challenge de refaire ainsi le canal, le pont, l'écluse, les maisons, etc. Nous avons creusé le canal. L'ensemble n'était d'ailleurs pas beaucoup plus petit que l'original. Nous avons fait l'écluse et la moitié de la passerelle car la caméra devait passer en dessous. L'extrémité de la passerelle qui arrivait dans le vide était suspendue par des câbles d'acier.
Dès le début du tournage, ce décor a été une curiosité qu'on venait voir. Le producteur en a d'ailleurs très habilement joué. Le premier jour, nous avons tourné le soir, le décor était éclairé. Il a invité des journalistes. Il faisait sa publicité à l'avance. Après, il était très content, il m'a dit que le décor avait été payé par la publicité. Beaucoup de personnes sont venues, Picasso, par exemple, c'était une sorte d'attraction.
L'endroit où nous avons construit ce décor appartenait au cimetière de Billancourt. Il existe toujours d'ailleurs, sauf que la partie qu'on nous avait louée à l'époque, est maintenant remplie de tombes. Avec la guerre et depuis le temps... Aujourd’hui, ce serait presque lui, le cimetière, qui pousserait le studio
La majeure partie a été reconstruite mais j'ai utilisé en arrière-plan des maisons qui existaient vraiment el j'ai conçu mon décor en en tenant compte. Mon souci était de rester au plus près de la réalité. Je n'étais pas sûr qu'on ne serait pas amené à raccorder certaines prises de vue tournées près du canal Saint-Martin. De fait, il y a deux ou trois plans qui ne sont pas du studio : le passage de la péniche dans l'écluse et puis les plans où l'on voit la passerelle en entier.
Tous les décors sont faciles et difficiles en même temps. Il faut avant tout trouver ce que l'on veut faire. Je passe toujours par des dessins, le plus souvent peints, car ils donnent une certaine atmosphère que l'opérateur peut garder en mémoire. Dans Hôtel du Nord, il ne s'agit pas d'une atmosphère ensoleillée mais celle d'un quartier ouvrier. Une fois qu'on a trouvé les proportions justes, il ne reste plus qu'à le bâtir.
La composition doit être frappante, c'est cela qui reste dans le souvenir des gens. L'important était l'hôtel et l'espace à côté, une sorte de cour où on garait les voitures, et puis derrière ce bâtiment très typique des immeuble parisiens de fin de siècle. Avec ce système des boulevards qui partent en rayons, les rues ne se croisent pas à angle droit et la forme dominante est le triangle.
Cela donne des maisons très spécifiques à Paris avec des angles aigus très marqués, à tel point qu'il est difficile d'imaginer comment on se loge dans ces appartements. Je ne connais aucune autre ville au monde qui ait suivi ce type de développement. Mais ces bâtisses donnent des forme inattendues, plus dynamique.
Si un décor est bon, toute l'équipe doit s'y sentir bien. Aussi bien les techniciens que les acteurs ont alors un respect pour ce décor. Si les décors sont intéressants, les acteurs jouent mieux. C'est pour ça qu'il faut toujours un peu épater le gens.
Le plus drôle est qu'on a voulu classer l'hôtel « monument historique ». Car en lui-même, il n'a pas grand intérêt, c'est un hôtel lépreux de très basse qualité. Je crois bien que c'e t la première fois qu'on aurait classé un bâtiment uniquement à cause d'un souvenir de film.
Propos recueillis à Paris en août 1988. Hôtel du Nord – L’Avant-Scène – 1988 (374) – La modestie des artisans, entretiens avec Marcel Carné et Alexandre Trauner (Jacques Kermabon)

Edmond : Si vous n'aimez pas la friture, moi je ne digère pas le demi-sel. Voilà une heure que je vous écoute vomir, c'est une heure de trop. Je n'aime pas les bavards qui se mêlent de juger la conduite des autres. Pour pouvoir bien juger, il faut avoir été accusé au moins une fois...

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