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Jean-Pierre Aumont - Témoignage

Publié le par Laurent Bigot

Jean-Pierre Aumont - Témoignage
Jean-Pierre Aumont fait ses débuts au cinéma dans Jean de la lune, aux côtés de Madeleine Renaud et Michel Simon. Trois ans plus tard, en 1934, son rôle de maître-nageur dans Lac aux dames de Marc Allégret lui apporte la consécration. Il enchaîne plusieurs films à succès : Maria ChapdelaineL'équipage (Anatole Litvak, 1935), Maman colibriS.O.S. Sahara et Marcel Camé le dirige dans deux classiques Drôle de drame (1937) et Hôtel du Nord. En 1939, il tourne l'un de ses meilleurs films : Le déserteur, de Léonide Moguy.
Pendant la guerre, Jean-Pierre Aumont s'installe à Hollywood, où il devient le modèle du french-lover.
Sa carrière de théâtre est brillante : de La machine infernale de Cocteau, sous la direction de Louis Jouvet, à Des journées entières dans les arbres, avec Madeleine Renaud, en passant par Tovaritch avec Vivien Leigh.
Auteur de plusieurs pièces (L'Empereur de ChineUn beau dimanche), il a également écrit de savoureuses mémoires. (Souvenirs provisoiresLe soleil et les ombres). Jean-Pierre Aumont décède le 30 janvier 2001.
Jean-Pierre Aumont "Hôtel du Nord"

Jean-Pierre Aumont "Hôtel du Nord"

Vous êtes, dans Drôle de drame et Hôtel du Nord, l'interprète de Marcel Camé.
Aucun problème majeur ne s'est posé dans Drôle de drame : après avoir lu le scénario, j'ai accepté d'emblée. Les difficultés, en revanche, se sont présentées pour Hôtel du Nord. Camé me voulait dans sa distribution et Henri Jeanson désirait Claude Dauphin. C'était d'autant plus ennuyeux que Claude et moi étions amis intimes. En outre, nous savions pertinemment, l'un et l'autre, que nous étions en compétition. Finalement, c'est Camé qui l'a emporté.
Le film s'est tourné à l'époque des bouleversements de Munich. La mobilisation avait été décidée et nous voyions les machinistes et les techniciens disparaître un à un du plateau ; moi-même, je m'attendais à être appelé d'un moment à l'autre. Cette situation, automatiquement, nous amenait à être sur des charbons ardents. Annabella ne demandait qu'une chose, c'était de repartir pour épouser Tyrone Power... L'atmosphère était assez tendue.
 
Dans ces deux films, vous retrouviez Louis Jouvet, votre ancien Maître. Vos rapports s'étaient-ils modifiés ?
A mes débuts sur scène, je considérais Jouvet comme mon père et lui, me traitait comme son fils. De temps à autre, il me flanquait même des gifles, ceci en toute amitié car je savais qu'au fond, il m'aimait bien.
Pendant les répétitions de La machine infernale, il n'avait pas cessé de me dire : "Ce que tu peux être mauvais" ! Le soir de la générale, alors que j'obtenais un triomphe, lui dans les coulisses, se contentait de me regarder stoïquement, sans éprouver le besoin de m'adresser la parole. A l'issue de la représentation, impatient de connaître ses impressions, je me suis planté devant lui. Et voici ce qu'il m'a répondu : "Mon petit gars, essaye de recommencer tous les soirs consciemment ce que tu as fait inconsciemment ce soir ".
A propos du cinéma, il me lançait volontiers : "C'est de la connerie ; pourquoi perds-tu ton temps, au lieu de faire du théâtre" ?
Or, grâce aux hasards successifs de Drôle de drame et d'Hôtel du Nord, nous sommes devenus partenaires. La situation était assez amusante car brusquement tout changeait. Nos noms étaient placés en même position sur l'affiche et nos rapports n'étaient plus ceux d'élève à professeur, mais d'égal à égal. Ce qui, je l'avoue, était très gênant pour moi. J'essayais de lui faire comprendre que je me considérais toujours comme son disciple. Ce à quoi il me répondait, imperturbable : " Maintenant, tu voles de tes propres ailes... "
 
Si vous deviez classer vos metteurs en scène, comment situeriez-vous Marc Allégret par rapport à Marcel Carné ?
Allégret n'avait pas le souffle de Carné. Extrêmement sensible, ce qui se ressent dans ses films, en particulier dans Lac aux dames, Marc était un poète, un rêveur. Aussi n’aurait-il pas été capable de mettre en scène une épopée. Et si Camé attachait une importance draconienne à la précision, Marc laissait le comédien libre de s'exprimer. A me revoir dans Lac aux dames, j'ai certains gestes que je n'aime pas du tout ; Marc aurait dû me corriger de façon plus tranchée.
 
Vous-même, souhaitez-vous être libre ou dirigé ?
L'idéal pour moi se nomme François Truffaut. En ce sens où je préfère être dirigé, après avoir été libre. J'apprécie qu'un metteur en scène me laisse faire, d'abord, ce dont j'ai envie et qu'ensuite seulement, il me reprenne. Ce que Truffaut réussissait admirablement. De toute façon, j'ai horreur d'être commandé.
 
En somme, ce que devait faire Duvivier...
Oui. Il n'était pas commode ! 
 
LE CINEMA DES ANNEES TRENTE, par ceux qui l’ont fait (Tome 2, L’Avant-Guerre : 1935-1939) – Christian Gilles – Ed. L’Harmattan (2000)
Jean-Pierre Aumont "Drôle de drame"

Jean-Pierre Aumont "Drôle de drame"

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