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4 - HIS GIRL FRIDAY (La Dame du vendredi) – Howard Hawks (1940) – Cary Grant, Rosalind Russel, Ralph Bellamy

Publié le par Laurent Bigot

Ce film est-il une comédie ? Énumérons les sujets qu'il traite : le mensonge, la manipulation, l'assassinat d'un policier par un meurtrier de hasard, la peine de mort et le cynisme avec lequel on prépare une pendaison, l'utilisation de la mort d'un homme à des fins politiques, l'imbécillité des détenteurs de l'autorité et d'un psychiatre, le suicide d'une prostituée généreuse et humiliée, le journalisme de caniveau, le kidnapping violent d'une vieille dame suivi d'un accident mortel, la corruption généralisée, la destruction de documents officiels, la fausse monnaie, l'utilisation d'un gangster et d'une autre prostituée pour compromettre les honnêtes gens, la concussion entre police et administration, le faux recrutement d'un journaliste naïf pour le jeter à la rue dès qu'il deviendra inutile, les sentiments sincères d'un fiancé naïf piétiné par sa promise et son ex-mari, la violence physique, morale, sociale, psychologique, politique, le mépris pour la marche du monde (guerre en cours, catastrophes naturelles). Tout cela pour que le charmant, le si délicieux Cary Grant décide de « coller Hitler à la page des histoires drôles ».
René Marx - L’Avant-Scène Cinéma – La Dame du vendredi – avril 2014 (612)
 
Et le tour est joué. Le film sort en janvier 1940 et Hitler est bon pour la page des histoires drôles. L’un des ressorts du film, et même le ressort du mariage et du remariage de Walter et Hildy, est-il donc le cynisme? Ils se sont connus et fréquentés en tant que cyniques, ils ont fini par trouver une occasion de coucher ensemble dans l'hôtel où ils s'étaient réfugiés parce qu'ils avaient piqué ensemble « l'estomac de la vieille Lady Haggerty chez le médecin légiste... » Comme McGuffin érotique, on a trouvé mieux que l'estomac nageant dans le formol d'une vieille dame empoisonnée... Et leur remariage se fera aussi grâce aux mille combines infâmes de Walter Burns, combines qui font sourire Hildy, elle qui se montre pourtant à peu près vertueuse, généreuse presque, devant la cage du pauvre assassin malgré lui (on pense bizarrement à Jodie Foster devant la cage d'Hannibal Lecter). Elle proteste bien un peu de temps en temps, traite son ex et futur mari de faux jeton. Mais en réalité elle frémit de désir devant l'immoral M. Burns. Leur désir, leur érotisme, grandit à mesure qu'ils perdent leurs illusions sur le monde réel. Plus ce monde est vilain, plus ils savent en tirer profit grâce à leur lucidité et à leur habileté, et plus ils ont envie de coucher ensemble, de recoucher ensemble. Le paisible Bruce Baldwin, avec sa maman à qui il n'a jamais menti, n'a pas beaucoup d'arguments pour exciter la très énergique Hildy Johnson, qui se raconte des histoires en préparant son destin de « femme normale ».
René Marx - L’Avant-Scène Cinéma – La Dame du vendredi – avril 2014 (612)
4 - HIS GIRL FRIDAY (La Dame du vendredi) – Howard Hawks (1940) – Cary Grant, Rosalind Russel, Ralph Bellamy
Devant ce chapelet d'horreurs et cette montée du désir sur fond de potence, de suicide et de corruption, peut-on parler de comédie ? Oui, pourtant, oui, bien sûr, puisqu'on rit sans arrêt, et qu'on rit aussi parce qu'on est fasciné, comme chez Molière, par la représentation en avalanche des turpitudes du siècle. C'est cette avalanche de vilenies, portée par une avalanche de paroles, un flot stupéfiant de mots entrelacés, qui secoue de rire le spectateur déjà décrit au tout début par Nugent dans le New York Times. On a calculé que le débit des comédiens est de 240 mots par minute, le double du débit d'une conversation « normale ». On sait bien que Hawks célèbre le triomphe du cinéma parlant en exacerbant ce qui le caractérise, en invitant les comédiens à parler tous en même temps, à s'interrompre à l'envi, à faire chevaucher leurs répliques, et en ne laissant plus un instant au silence. Ni d'ailleurs à la musique (deux minutes seulement, à la fin, pour célébrer le seul moment d'attendrissement de Walter Burns - ou pour s'en moquer avec des violons, avant de repartir sur une musique de cirque ?) 
René Marx - L’Avant-Scène Cinéma – La Dame du vendredi – avril 2014 (612)
4 - HIS GIRL FRIDAY (La Dame du vendredi) – Howard Hawks (1940) – Cary Grant, Rosalind Russel, Ralph Bellamy

 

Voir l'intégralité des publications du film :

 

LA DAME DU VENDREDI

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