Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

MULHOLLAND DRIVE – David Lynch (2001) – Naomi Watts, Laura Harring

Publié le par Laurent Bigot

[événement] 3ème édition du festival du film Noir, du 26 au 29 novembre, au cinéma "Le Vincennes" (94)
 
VENDREDI 27 NOVEMBRE 2015 à 21h30 : MULHOLLAND DRIVE – David Lynch (2001) – Naomi Watts, Laura Harring
 
MULHOLLAND DRIVE – David Lynch (2001) – Naomi Watts, Laura Harring
Los Angeles, cité des anges. Une mystérieuse femme fatale, amnésique et blessée, erre sur la sinueuse route de Mulholland Drive. Elle se réfugie chez Betty (Naomi Watts), une apprentie comédienne  fraichement débarquée de sa province et venue conquérir Hollywood. D’abord effrayée par cette inconnue se faisant appeler Rita (Laura E. Harring), Betty découvre dans son sac des liasses de billets verts. De plus en plus complices, les deux femmes décident de mener l’enquête afin de découvrir la véritable identité de Rita.
Nuit noire. Des phares, un instant, violent l'ombre, agressent les visages. Une route, des voitures. Une femme à peine vêtue marche en trébuchant, l'air égaré. Kiss Me deadly Robert Aldrich, 1955 ? Non, David Lynch, 2001.
On remplirait facilement un livre, avec la liste des rappels, citations, clins d' œil qui sont Mulholland Drive, mais ce serait priver le spectateur du plaisir qu'il va prendre en testant, avec ce gigantesque quizz, le niveau de sa cinéphilie. Mulholland Drive est le paradigme du post-modernisme, un collage, en apparence aléatoire, rigoureusement maîtrisé, de brefs pastiches et d'allusions transparentes, un glissement de Fellini à Woody Allen, de Buñuel à Scorsese, de Tarentino à Godard, de Coppola au «film noir». Ce pot-pourri est intemporel, la silhouette des voitures rappelle bien les débuts du XXIe siècle, mais l'absence de gadgets électroniques (on ne voit aucun ordinateur dans les bureaux, les businessmen, au lieu de portables, utilisent d'antiques combinés à fil et à cadran, les jeunes femmes qui veulent se renseigner sur un accident vont lire le journal au lieu de se brancher sur Internet) nous ramène vingt ans en arrière, et le pré-générique, twist endiablé que dansent avec conviction des jeunes gens appliqués et sages, évoque le milieu des années 1950, vêtements, musique, éclairage, toute la mise en scène de ce long plan fixe nous oriente davantage vers East of Eden (1955) et Rebel Without a Cause / La Fureur de vivre (1955), que vers Pulp Fiction (1994) ou  Blue Velvet. Rien d'étonnant à ce que l’une des protagonistes, ayant oublié son identité, emprunte celle de Rita (Hayworth) ni à ce que son amie, décrochant un téléphone mural a pièces, propose de faire « comme dans les vieux films policiers ». Le film n’a pas d’âge, il appartient aux meilleures années d'Hollywood comme à notre époque. Il n'a pas non plus de sens de lecture obligatoire, une affiche de Gilda (1946) épinglée à un mur nous revient à l'envers dans le contre-champ d'une glace et nous autorise à suivre le film en partant du début aussi bien qu'à préférer l'ordre inverse.
MULHOLLAND DRIVE – David Lynch (2001) – Naomi Watts, Laura Harring
Résumer l'histoire ? Les multiples épisodes qui s'entrecroisent, parfois sans lien visible entre eux, rendraient tout sommaire incompréhensible. Et, si l'on se contente de suivre les deux actrices principales, une modification de leurs rôles et de leurs identités fait que se succèdent deux scenarios, fort inégaux en durée (cent cinq minutes contre trente), d’abord un hommage appuyé à un Hitchcock qu'auraient revisité Robert Aldrich et Brian De Palma, puis un coup de chapeau à un Douglas Sirk auquel Walerian Borowczyk aurait pris soin d'ajouter quelques scènes pornographiques. Ou encore, pour mieux situer l'atmosphère de ces deux segments, « La femme de nulle part », façon thriller années 1970, et « Cœur brisé », en référence aux mélodrames qui faisaient fureur vers le milieu du XXe- siècle.
MULHOLLAND DRIVE – David Lynch (2001) – Naomi Watts, Laura Harring
Mulholland Drive ouvre une série de pIstes qui ne conduisant nulle part. Pourquoi esquisser des intrigues pour, ensuite, ne pas les développer ? Pour introduire, sous le couvert de personnages fictionnels, des acteurs, c'est-à-dire des corps. Mulholland Drive participe d'une double stratégie. Le film mélange les pistes, brouille les identités, enchaîne des épisodes que rien ne relie les uns aux autres, impose arbitrairement des gros plans qui n'informent sur rien et par là il semble hors norme. Il est néanmoins, en même temps un pur produit hollywoodien, héritier du cinéma du XXe siècle. Non seulement les citations filmiques y abondent mais le traitement de l'image y est parfaitement «classique», des panoramiques souples nous amènent là où nous devons aller, des zooms étudiés assurent des transitons sans heurt, des champs-contre champs nous permettent de mieux suivre le déroulement des conversations, l'absence de bruitage élimine les parasites sonores, la partition musicale ne manque jamais de signaler les instants où il nous faut nous émouvoir.
Mulholland Drive - Corps à l’épreuve – Pierre Sorlin- Les éditions de la transparence  / Cinéphilie (2001)
MULHOLLAND DRIVE – David Lynch (2001) – Naomi Watts, Laura Harring

Commenter cet article