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5 et 6 - UN REVENANT – Christian-Jaque (1946) – Louis Jouvet, François Périer, Gaby Morlay, Louis Seigner

Publié le par Laurent Bigot

5 et 6 - UN REVENANT – Christian-Jaque (1946) – Louis Jouvet, François Périer, Gaby Morlay, Louis Seigner
François : Je t’aime, tu m'aimes, on s’adore et j’ai une situation formidable... alors, rien ne peut plus m’arriver... je peux mourir…
Karina : Tu es charmant !
François : Non, non... l'idée de mourir tout seul, sans toi, ne peut même pas me frôler, mon chéri. Quand je parle de la mort, c’est pour nous deux, naturellement !
Karina : Ah ! bon! tu me rassures!
François : D'un autre côté, si je savais qu'un jour, tu ne m'aimerais plus, ça, je préférerais disparaître tout de suite... et sans toi...  Ah ! ça, je ne suis pas comme Werther, moi. Werther avait un caractère accommodant. Enfin, il a essayé de vivre entre Charlotte et son mari... Mais, moi, je ne pourrais jamais accepter une pareille chose. Je souffrirais trop, parce que, comprends-tu, il y a souffrir et souffrir... Moi, je veux bien souffrir... mais pour rien... mais, je veux bien être jaloux... seulement, sans raison...
Karina : Et si j'étais une femme infidèle ?
François : C'est impossible... Si t'étais infidèle, je t'aurais jamais aimée... Toi et moi... c'est pour toujours... pour toujours... Mon amour... ma chérie... mes quatre saisons... Ma Pâque... ma Trinité... et je n'ai pas pris d'ortédrine.
Karina : Et tu peux parler comme ça pendant combien de temps ?
François : Je ne sais pas... Je ne pourrais peut-être jamais m'arrêter... Je veux bien me taire si tu l'exiges, remarque... Seulement, je te ferai simplement observer qu'au fond, tu n'es pas très jalouse, car enfin, ce matin, je t'ai laissée pour aller faire une course... et tu ne m'as même pas demandé d'où je revenais...
Karina : D'où reviens-tu ?
François : Donne-moi la main... (Elle lui tend les mains, paumes en l'air. Il les retourne.) Non ... comme ça... Ferme les yeux... Karina, je t'aime (il lui passe une bague) et je t'aimerai jusqu'à notre mort... Voilà, tu peux ouvrir les yeux... Elle te plaît, ou elle te plaît pas ?
Karina : Oh, tu es un amour... un amour... un amour...
François : Montre ta main... Ça y est... cette bague est à ton doigt... Moi, je suis libéré...
Karina. Libéré ?
François : Oui... le sort en est jeté... les jeux sont faits!...
Karina : Ça va être à moi... Tu vas dans la salle...
François : Mais bien sûr, mais pour te voir, j'irais dans la salle, même si elle était au bout du monde Tu m'entends au bout du monde... 
 
5 et 6 - UN REVENANT – Christian-Jaque (1946) – Louis Jouvet, François Périer, Gaby Morlay, Louis Seigner
Jean-Jacques : Oh ! Jérôme, tu ne vas tout de même pas, à vingt ans de distance, tirer une seconde balle de revolver sur ton vieil ami. Elle ferait trop de bruit... je suis devenu un personnage extrêmement spectaculaire. Je ferais un cadavre trop voyant...
Jérôme : Tu me prêtes des intentions indignes de moi... Je me suis laissé emporter. Je suis un violent...
Jean-Jacques : Oui, oui, un violent à préméditation.
Jérôme : Je comprends tes préventions... mais enfin, souviens-toi, on a été amis. Ce que je demande n'a rien d'humiliant. Si seulement je savais qui est cette femme.
Jean-Jacques : C'est une femme de rapports forts agréables...
Jérôme : Oui, enfin... François ne peut tout de même pas gâcher sa vie pour quelqu'un qu'il ne connaissait pas il y a trois jours... (…) Jean-Jacques, je vais tout te dire... Tu vois que... j'ai confiance en toi... François doit se marier dans un mois... Si ce mariage échouait... Ah ! si ce mariage échouait... Enfin, je ne t'en dis pas davantage... Toi qui connais cette personne quelles seraient ses conditions pour rompre avec François ?
Jean-Jacques : Où te crois-tu, toi, dis donc ?
Jérôme : Bon... alors... au nom de notre jeunesse... Demain, François doit rencontrer sa fiancée au cours de ton Gala. Promets-moi, promets-moi qu'il viendra dans la loge de ses beaux-parents.
Jean-Jacques : Si vous avez loué une place pour lui, je ne vois vraiment pas pourquoi il ne l'occuperait pas... 
 
5 et 6 - UN REVENANT – Christian-Jaque (1946) – Louis Jouvet, François Périer, Gaby Morlay, Louis Seigner
 «MON AMOUR, SERAI LÀ POUR GALA. AI HÂTE ÈTRE PRÈS DE TOI. TENDRESSES - MAXIME.» Karina, surprise dans sa lecture, se retourne vers François, penché sur elle, les cheveux trempés. Il recule, elle se lève.
Karina : La curiosité est toujours punie.
François : C'est tout ce que tu trouves à dire... c'est tout ce que tu trouves à dire...
Karina : Mais, mon pauvre chou, avant de venir ici, je vivais, imagine-toi... Je ne pouvais pas prévoir que tu existais...
François : Tu ne vas tout de même pas revoir ce type-là, après ce qui s'est passé entre nous... Un type qui t'appelle «mon amour»... et sur un télégramme encore !
Karina : S'il m'appelle «mon amour» c'est que je lui en ai donné le droit.
François : Mais enfin, il y a cinq minutes, tu m'aimais...
Karina : Mais rien n'est changé.
François : Alors, si tu m'aimes, tu ne pourras plus le supporter.
Karina : Ne raisonne donc pas toujours comme un enfant... Tu vas être très raisonnable... si, si... ce soir, pendant que ce monsieur sera dans ma loge, tu viendras me dire bonjour pendant l'entracte... Je vous présenterai... tu verras... il est très gentil...
François. Ah ! non ! Ah! non! Pour qui me prends-tu ! Je suis pas un mari complaisant ! Je suis pas Werther, moi !
Karina : Soit ! ne viens pas. Reste chez toi.
François : Ah ! mais, je ne resterai pas chez moi. Je viendrai et j'aurai une explication avec cette crapule, et quand il saura ce que j'ai sur le cœur, je te le garantis... Il n'insistera pas.
Karina : Il m'aime peut-être aussi.
François : Mais pas comme moi ! D'abord, quel âge a-t-il?
Karina : Il a quarante ans. Il n'est pas fou, lui !
François : Quarante ans ! Quarante ans !... Et tu crois que je vais céder ma place à un vieux !... Mais qu'est-ce que tu es pour lui ? Mais, une femme de plus ! Tandis que moi, tu es mon premier amour... il n'y a personne avant, personne après !... Tu es toute seule, toute seule dans ma vie... je n'ai que toi, toi, tu entends. Oh ! mon chéri, mon amour... Si tu savais ce que j'ai déjà fait pour toi en trois jours... Mais je ne regrette rien, tu sais... je t'aime, alors... je n'ai pas le choix, moi... Tiens, tiens, je t'autorise à le revoir pour lui répéter ça s'il est intelligent, il comprendra... Mais, je ne lui en veux pas, moi… Seulement, à son âge... il doit se sacrifier...
Karina : Me vois-lu disant à ce monsieur : «Il faut t'en aller parce que tu as quarante ans.» Non... Tu vas me laisser tranquille jusqu'à ce soir...
François : Non, il faut te décider, entre lui ou moi... Seulement, je te préviens, si c'est lui, moi je ferai un scandale... un scandale!
Karina : En voilà assez... Tu es très amusant, mais il ne faut pas exagérer... J'ai horreur des scènes de jalousie, surtout quand elles sont faites par des gens qui ont tout juste le droit de se taire...
François : Quand tu as accepté ma bague, tu ne disais pas ça !... Karina (elle se lève, retire la bague, la lui met dans la main et le plante là). La voilà ta bague !... Et maintenant, j'ai assez ri... Habille-toi et disparais !...
François : Karina... c'est pas toi... dis... c'est pas toi qui parles comme ça... Karina... mon amour ce n'est pas vrai... tu ne veux pas me quitter ?...
Karina : Ah! non... Tu ne vas pas recommencer… Reprends cette bague et retourne d'où tu viens !
François : Ah! J’aimerais mieux mourir... Mais, j'aurais jamais cru qu'on pouvait souffrir à ce point-là... C'est affreux... Karina, ma petite fille... dis-moi quelque chose... Je te demande pardon... Karina... je te demande pardon ...
Karina : Trop tard! 
5 et 6 - UN REVENANT – Christian-Jaque (1946) – Louis Jouvet, François Périer, Gaby Morlay, Louis Seigner
Christian-Jaque

Christian-Jaque

CHRISTIAN-JAQUE
Auteur, et d'abord parce qu'il est inscrit comme tel au générique, aux côtés de Jeanson et de Chavance. Avec Jeanson, il a travaillé pour Carmen en 1942, puis les noirs Boule de suif et Un revenant, mais encore... pour Souvenirs perdus (1950), Barbe-Bleue (1951), Fanfan-la-Tulipe (1951), Destinées (1953), Madame du Barry (1954), Nana (1954), Nathalie (1957), Madame Sans-Gêne (1961), Les Bonnes causes (1962), La Tulipe noire (1963), Le Repas des fauves (1964), Le Saint prend l'affût (1966).
Vocation, le cinéma est aussi une profession... Et il fallait bien en laisser à Charles Spaak, à Jacques Prévert, à Pierre Véry, à Jean Ferry, qui furent tous, aussi, des raconteurs d'histoires et des inventeurs de phrases pour ce diable d'homme qui fait du cinéma depuis le parlant et vient à peine de poser sa visière.
Journaliste, décorateur, assistant à la fin du muet, Christian-Jaque commença par adapter des vaudevilles, par diriger aussi volontiers Fernandel à la Légion ou sous François 1er que Sacha Guitry dans Les Perles de la couronne... Il gagne ses galons avec trois titres où la poésie croise tantôt la fantaisie, tantôt la noirceur : Les Disparus de Saint-Agil, L'Assassinat du Père Noël, Sortilèges.
«J'ai un style propre à chaque sujet, donc je n'ai pas de style et je m'en flatte. En outre, comme j'ai été nourri à l'Ecole des Beaux-Arts, où l'on n'est jamais pris au sérieux, ce n'est pas aujourd'hui que je vais commencer.» Bien. Saluons donc l'entrain de La Symphonie fantastique, l'intelligence de La Chartreuse de Parme, l'allégresse de Fanfan-la-Tulipe, et passons-en beaucoup. Peut-être fera-t-on dans le lot des redécouvertes ? Le Repas des fauves ?
Un cinéaste à l'américaine, ne passant de message que si c'est écrit dans son contrat. Le plus étonnant, c'est de savoir le faire, sur demande aussi bien qu'il peut le faire.
Méandres lyonnais autour d’Un Revenant – Bernard Chardère - Un revenant (Christian-Jaque) - L'Avant-scène Cinéma (398, janvier 1981)

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