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7 - UN REVENANT – Christian-Jaque (1946) – Louis Jouvet, François Périer, Gaby Morlay, Louis Seigner

Publié le par Laurent Bigot

7 - UN REVENANT – Christian-Jaque (1946) – Louis Jouvet, François Périer, Gaby Morlay, Louis Seigner
Les images et les mots
« Qu'il observe la ville aux pentes de Fourvière, qu'il découvre le charme triste des quais et les arbres de Bellecour, qu'il se réfugie dans un bureau de soyeux, qu'il évolue dans un salon désuet, pompeux et rengorgé, qu'il brosse à grands traits la soirée de gala en province, ou qu'il ponctue le déroulement tragique du ballet, il est constamment juste et arrive, à force de résonances feutrées, à tirer des accents d'une poésie frileuse et à la limite du désespoir. Ce film, si contraire somme toute à son tempérament, par son désenchantement et sa misogynie. Il l'a admirablement conduit» dit encore Raymond Chirat. Jouvet marche dans une ville-souvenir qui ressemble à ses photographies par Demilly, avec des «bas-ports » pour promenades d'amoureux : Christian-Jaque a vraiment ancré l’œuvre au décor, au paysage-état d'âme.
 
Mais le film garde un rythme rapide, et son dialogue à effets est plus serré qu'il n’y paraît. Les fameux «mots» ne font pas points cl 'orgue dans l'action (« C'est une ville comme tout le monde… La preuve que c'est une ville épatante, c'est que les peintres lyonnais ne quittent jamais Lyon»), qu'il s'agisse d'un gag personnel (« Oh bonjour ! Je vous présente le Général Prévert ») ou de ces répliques que cisèle Jouvet, étonnant de rancœur machiavélique (« Mon amour, virgule, il la ligne…»)
 
François Périer rend sensible un rôle de convention, et Gaby Morlay sait dire : « J'ai partagé sa vie ; il n'a rien eu de la mienne» ou «Toutes ces petites fourmis lyonnaises, c'est rigolo n'est-ce pas ?» Mais c'est Marguerite Moreno, plus Ainay que nature - la version non-conformiste existe aussi - qui «emballe » le film, dans un monologue étourdissant où Jouvet lui « sert la soupe» par des gros plans silencieux, tandis qu'elle le félicite d'être « toujours aussi spirituel... aussi paradoxal... aussi intelligent... parfait ». Une scène qui aura sa place place dans l'anthologie internationale des meilleures séquences, dès que les critiques cesseront de classer les cinéastes, en retrouvant dans leur chapeau le Iapin-auteur qu'ils y ont mis, et voudront bien regarder les films un par un, dès que les professeurs en Sorbonne n'utiliseront plus pour «les Renoir de la fin» d’autres critères que pour «Ies Corneille de la fin»...
 
Si le style de Christian-Jaque n'est pas «de l’homme même», il est en tout cas celui qui convient à son sujet. A son époque aussi. Au cadre choisi pour le mettre en valeur. Un Revenant a gagné, avec le temps, une patine d’époque qui le fait apparaître aujourd'hui moins brillant, moins extérieur : plus profond, pour tout dire. La description critique a pris le pas sur les mots (d'auteur).
Méandres lyonnais autour d’Un Revenant – Bernard Chardère - Un revenant (Christian-Jaque) - L'Avant-scène Cinéma (398, janvier 1981)
 
Découpage plan à plan : scène du suicide de François
 
408. Plan rapproché : François reste bras ballants, désespéré. II hésite, puis ouvre la porte de fer donnant sur les cintres.
409. Plan moyen, raccord: François avance sur la coursive au-dessus de la scène, tel un automate, laissant la porte se refermer.
410. Raccord en plan rapproché : François, des larmes coulant sur ses joues, se penche vers la scène... que l'on cadre suivant son regard (filage, plongée). C'est le début du troisième ballet, le rideau se lève, un danseur prend la pose.
411. Plan rapproché, contre-plongée : François, les mains sur la rambarde.
412. Plan serré, plongée : Karina descend les marches menant à la scène (panoramique avec elle), s'échauffe devant Jean-Jacques, avec qui elle échange quelques mots, son tutu en corolle, puis s'élance sur scène, où l'attendent un danseur et son double, de noir vêtu. Jean-Jacques lui donne au passage une gentille petite tape pour l'expédier sur scène.
413. Plan rapproché, contre-plongée : François.
414. Plan large, en plongée : les danseurs sur la scène.
415. Retour sur François.
416. Plan moyen, légère plongée : on suit Karina qui fait son entrée.
417. Retour sur François : il quitte la cursive des cintres.
418. Plan large, plongée : François avance sur une passerelle qui surplombe la scène. Il se penche.
419. Plan rapproché, légère contre-plongée : François se penche sur la rambarde, ferme les yeux...
420. Plan large : un danseur tient par la taille, Karina qui tournoie.
421. Retour sur François. 422. Plan serré, plongée : les danseuses. 423. Sur François. 424. Les danseuses, plus serré. 425. Sur François, gros plan. 426. Deux danseuses. 427. Sur François : il ferme les yeux. 428. Sur Karina : elle tournoie. 429. François, en gros plan, fasciné. 430. Karina, envahit l'écran. (Du plan 421 q plan 430, alternance très rapide de plans cadrant tantôt François, tantôt sur scène, les danseuses qui tournoient et que l’on cadre de plus en plus serré, jusqu’à ne voir que Karina  et donner une impression de vertige. Dans le découpage : « série d’artifices visuels marquant la montée du désespoir de François ».)
431. Plan moyen : François passe soudain sous le garde-fou de la passerelle et se laisse tomber dans le vide.
432. Plan moyen : François vient de tomber sur la scène. Bruit sourd de la chute. Réaction des danseuses el du public.
433. Plan large : dans la salle, vue de la scène, les gens se lèvent, effrayés.
434. Plan moyen: sur scène, les danseurs se sont aussitôt arrêtés. Surprise générale.
435. Plan large : le rideau tombe, isolant la scène du public.
436. Plan rapproché : dans la loge des Nizard, personne n’a pu reconnaître François, tombé dans une zone d'ombre. 
Un revenant (Christian-Jaque) - L'Avant-scène Cinéma (398, janvier 1981)
7 - UN REVENANT – Christian-Jaque (1946) – Louis Jouvet, François Périer, Gaby Morlay, Louis Seigner

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