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AUDIARD : PETIT CYCLISTE DEVIENDRA GRAND

Publié le par Laurent Bigot

Dialoguiste virtuose du Cave se rebiffe, de Mélodie en sous-sol ou des Tontons flingueurs, Michel Audiard a eu mille vies. Enfant de chœur, coureur cycliste, journaliste, réalisateur, écrivain, il était également un menteur professionnel, un être secret, blessé par la vie.  Retour sur son enfance.

AUDIARD : PETIT CYCLISTE DEVIENDRA GRAND
Michel Audiard arrive au monde le 15 mai 1920, à 23 heures, rue de Brézin, à Paris. Né de père inconnu, Michel est confié par sa mère, petite-bourgeoise du Puy, à un vague oncle parisien, Léopold, qui devient le parrain de l'enfant. Michel Audiard ne se considèrera jamais comme un gosse abandonné et déclarera toujours avoir eu une enfance très heureuse, auprès de Léopold, brave homme aux idées généreuses, travaillant aux PTT, et sa femme. Quant à sa mère, retournée vivre dans sa ville natale, il restera 25 ans sans avoir de ses nouvelles. Un jour, elle lui écrira trois lignes pour lui dire qu'elle l'avait vu à la télé, qu'il n'avait pas de cravate et que ça lui donnait mauvais genre. Il déclarera à plusieurs occasions que cette femme ne lui inspirait qu'une immense indifférence.
AUDIARD : PETIT CYCLISTE DEVIENDRA GRAND
Le titi du XIVéme
Le petit Michel habite avenue du parc Montsouris, dans le XIVème arrondissement de Paris, un quartier qu'il chérira toute sa vie. Gavroche de l'arrondissement, véritable titi parisien, il n'a rien de l'élève modèle. A dix ans, il est celui qui ricane sournoisement, tapi au fond de la classe entre le poêle et la porte, complètement fermé au savoir. Bref, l'école l'ennuie au plus haut point. Mais bientôt, un professeur de français, un mentor en quelque sorte, va faire découvrir la littérature dans toute sa beauté au jeune cancre. Michel plonge dans Balzac et se met à ingurgiter tous les tomes de la Comédie humaine en deux mois. Il lit deux à trois livres par jour, dévore Jules Verne, Leblanc, Leroux, Stendhal et se prend de passion pour Rimbaud. Il restera toute sa vie un grand amateur de livres, se replongeant régulièrement dans les classiques, un amateur de polars achetant les droits de petites perles de la Série noire afin de les adapter au cinéma.
S'il n'aime pas l'école, Michel adore le cinéma (les grandes fresques dramatiques, les films avec Victor Francen, les Laurel et Hardy…), les livres et le vélo, mais il est trop pauvre pour en posséder un. Son oncle Léopold lui promet l'objet de ses rêves s'il décroche le certificat d'études. C'est chose faite à 13 ans, avec « mention bien» grâce à la gymnastique et au solfège, mais un huissier saisit son rutilant « Génial-Lucifer demi-course », suite aux problèmes financiers de Léopold. Michel en gardera une haine farouche pour les huissiers, les représentants de l'ordre établi et traitera l'argent avec une désinvolture cynique. Par contre, il fréquente avec assiduité l'église du quartier. Il est enfant de chœur, sert la messe et envisagera un temps de devenir curé.
AUDIARD : PETIT CYCLISTE DEVIENDRA GRAND
Vélo et littérature
À 15 ans, il quitte définitivement l'école et obtient un CAP de soudeur à l'autogène. Tous les commerçants et artisans de son quartier le font travailler et il peut enfin imaginer le nirvana : s'acheter un vélo. Grâce à un copain, Robert Matalon, dit Bébert, Michel travaille chez un fabricant d'optiques de précision à Arcueil-Cachan, du sur-mesure pour lui. Pendant son temps libre, il se frotte à Proust dont il dévore la Recherche du temps perdu, Céline et son Voyage au bout de la nuit, et sillonne Paris sur son vélo flambant neuf. Le rêve. Fou de la petite reine, il pédale tout le temps, par tous les temps et participe même à diverses courses en amateur, mais n'arrive pas à monter les côtes. Grâce au vélo, il devient livreur pour un libraire, ce qui lui permet de combiner ses deux passions. Lors de l'hiver 1938, il se rend au Vel d'Hiv, le temple du vélo, dans Je quartier de Grenelle, rue Nétalon. Il croise André Pousse (mort en septembre 2005), champion appartenant à la «Première catégorie amateur». Les deux jeunes hommes vont sympathiser.
Grâce à André Pousse qui le prend sous son aile et le conseille, Michel porte le maillot blanc cerclé de bleu du vélo Club Clodoaldien et roule sur la piste d'érable du vélodrome. Les côtes resteront les ennemies intimes de ses mollets mais le Vel d’Hiv lui procurera des émotions inoubliables. Bref, Michel Audiard mène une vie de rêve. Il ne se doute pas que la Seconde Guerre mondial est sur le point d’éclater…
Collection Audiard et les plus grands acteurs français – 2006 – TF1 Vidéo

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