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L’ASSASSINAT DU PERE NOËL – Christian-Jaque (1941) - Harry Baur, Raymond Rouleau, Renée Faure, Robert Le Vigan

Publié le par Laurent Bigot

L’ASSASSINAT DU PERE NOËL – Christian-Jaque (1941) - Harry Baur, Raymond Rouleau, Renée Faure, Robert Le Vigan
L'histoire : Dans un village de Savoie cerné par la neige, le baron Roland (Raymond Rouleau), après avoir couru le monde, revient à son château à la grande surprise de la gardienne, Marie Coquillot (Héléna Manson), qui élève seule ses trois garçons dont l'un, Christian, est infirme. Le baron cache sa main droite sous un gant. Le père Cornusse (Harry Baur), fabricant de mappemondes, se prépare, comme chaque année à jouer le rôle du père Noël. Sa fille Catherine (Renée Faure) coud des robes de poupées en rêvant au prince charmant. L'instituteur Léon Villard (Robert Le Vigan) la demande en vain, en mariage. Dans l'église, le curé, aidé du sacristain Kappel (Jean Parédès), prépare la crèche où doit être accroché le précieux anneau de saint Nicolas. Un inconnu les attaque et s'enfuit. Le garde champêtre (Georges Chamarat) alerte le maire et on décide de protéger la crèche le soir de Noël. Le bruit court que Je baron Roland est lépreux (la main gantée). Catherine va au château et s'offre à être sa servante. Le baron, touché par la beauté de la jeune fille, l'invite au réveillon à l'auberge. Cornusse, déguisé en père Noël, commence sa tournée, boit beaucoup à chacune de ses visites et arrive au château en état d'ivresse. Catherine vient de revêtir une des robes de « princesse» sorties par le baron de ses armoires. Elle quitte le château par-derrière pour aller à la messe de minuit. Un homme habillé en père Noël, qu'on prend pour Cornusse se glisse dans l'église pendant la cérémonie et vole l'anneau de saint Nicolas. Catherine attend en vain Je baron à l'auberge. On le retrouve ligoté dans la maison de Cornusse. Il avait pris son habit de père Noël pour le remplacer, mais il a été attaqué et dépouillé de cet habit dont s'est servi le voleur. Le cadavre d'un inconnu assassiné est découvert la neige. Une atmosphère de méfiance et de peur règne sur le village. Les gendarmes, bloqués par la neige, arrivent enfin. Le brigadier (Bernard Blier) arrêté le pharmacien Ricomet (Jean Brochard) en fuite. C’est le meurtrier de l’inconnu, son complice dans le vol à l’église. L'anneau avait été dissimulé dans la mappemonde-enseigne du père Cornusse, que les gamins du village viennent de casser. Remis de son ivresse, Cornusse reprend le costume du père Noël pour aller faire un beau cadeau à Christian Coquillot, désolé d'avoir été oublié. Il convainc l’enfant de se mettre à marcher. Au château, le baron déclare à Catherine qu’elle est la femme idéale qu'il avait en vain cherchée dans ses voyages. 
La mobilisation, la drôle de guerre, l'effondrement, la débâcle, l'occupation : tandis que bon nombre de cinéastes français se rendent en zone libre afin de continuer à tourner, d'où le renouveau des films provinciaux, Christian-Jaque rentre à Paris et en quatre ans présente six films dont certains figurent parmi les plus achevés de son œuvre.
 
Dans L’ASSASSINAT DU PERE NOEL, la poésie est très sollicitée. Il est miraculeux qu'elle ne s'en effarouche pas et qu'elle persiste à auréoler les images et à nimber les portraits. Il y a le bonhomme Cornusse qui, à l'intention des enfants, peint des mappemondes fragiles et invente des récits de voyages fabuleux ; il y a un jeune baron, riche et mélancolique, dont le gant noir qui dissimule sa main peut cacher une tache de lèpre ; il y a la mère Michel qui traîne sa silhouette élancée et appelle d'une voix lamentable le chat Mistou ; il y a Catherine Cornusse touchante petite couturière en robes de poupées, qui souffre du mal d'amour; il y a les enfants, volontiers émerveillés et qui, à force de jouer avec les objets, en découvrent les charmes et permettent aux anneaux miraculeux, aux enseignes de verre, aux figurines de la crèche, de participer à l' action, d'envoûter les acteurs.
Le film, en 1941, ouvrait une voie nouvelle à la comédie policière. Les coups de feu étaient escamotés, l'enquête des gendarmes se déroulait à la cantonade, le village bloqué par les neiges étant inaccessible. En un lieu forcément clos, les habitants essayaient de tirer eux-mêmes des conclusions, les enfants sensibles à toute une magie quotidienne découvraient les secrets. Tous les éléments ténus mais remarquables du film de mystère étaient rassemblés : le rêve effaçait l’horreur, une joliesse, un peu appuyée, enjolivait des péripéties sordides. Dosage délicat à l'équilibre incertain et qui était sans doute condamné à rester en l'état de tentative. La sûreté de main, mieux l'élégance, de Christian-Jaque sauva ce que l’interprétation d'Harry Baur, un peu appuyée, enjolivait des péripéties sordides. Dosage délicat à l'équilibre incertain et qui était sans doute condamné à rester en l'état de tentative. La sûreté de main, mieux l'élégance, de Christian-Jaque sauva ce que l'interprétation d’Harry Baur, un peu lourde, très fabriquée, n'avait pas gâché : l'atmosphère glacée du village, les intérieurs de chaque famille, le presbytère, la salle de classe, l'église un soir de Noël, et la farandole à l'auberge, que Christian-Jaque poussa jusqu'au paroxysme, anéanti par le cri d'un enfant. 
L’occupation n'en était qu’à ses débuts. L’ASSASSINAT DU PERE NOEL est, chronologiquement, le premier film entrepris par la Continental. Christian-Jaque avait été tout de suite, et en même temps que Marcel Carné, Georges Lacombe Léo Joannon d'autres encore, sollicité de travailler pour le compte de l'Allemagne. D'accord avec ses collègues, il n'accepta son engagement, sur les conseils de Guy de Carmoy, chef des services du cinéma dar les territoires occupés, que sous certaines conditions : la participation ou la collaboration devaient entrainer la reprise totale de la production française ; la propagande serait absolument exclue des films entrepris ; les films exécutés ne pourraient apporter aucune aide économique à l’Allemagne (compte tenu des marchés neutres). Le travail soumis à des règles strictes (l’organisation berlinoise) reposait avant tout sur les vertus de rapidité et d'efficacité. Christian-Jaque, qui avait signé pour trois films avec la Continental, s’arrangea, en tournant les clauses du contrat, pour-être quitte au deuxième. L'un et l’autre furent de grands succès, mais est-ce par bravade, ou involontairement que le dialoguiste Charles Spaak écrivit les dernières répliques de L’ASSASSINAT DU PERE NOEL ? L’hommage à un certain général peut tout de même paraitre prématuré, ou tout au moins, incompréhensible aux spectateurs du moment.
Raymond Rouleau (le baron Roland) et Renée Faure (Catherine)

Raymond Rouleau (le baron Roland) et Renée Faure (Catherine)

Cornusse (habillé en père Noël) apporte au petit Christian une énorme mappemonde Christian (émerveillé) : "Où elle est la Chine ?"
Cormusse : "Ici… "
Christian : "Et les petits Chinois, ils ont aussi un père Noël ?"
Cornusse : "Un père Noël… un père Cornusse… ils ont tout ce qu'il faut pour être heureux…"
Christian : "Et aux petits Chinois, on leur parle de quoi ?"
Cornusse : "De la France… et des petits Français… et puis aussi d'une certaine princesse très belle qui dormait dans son petit fauteuil... Il y avait longtemps, bien longtemps qu'elle était endormie… On aurait pu croire qu'elle était morte... elle était vivante, bien vivante. Et dans son sommeil, elle faisait un rêve, un rêve merveilleux… toujours le même… elle rêvait du "prince charmant" qui devait un jour venir la réveiller… la réveiller pour lui apporter le bonheur. "
 
Ici, un panoramique final tournait autour de l'arbre de Noël dans la maison et découvrait les fenêtres du château où l'on voyait le baron embrasser Catherine. Et il était plus facile d'imaginer que Raymond Rouleau incarnait le Prince Charmant, plutôt qu’un général parlant au micro de Londres… Ainsi va l'histoire de la Continental.
Christian-Jaque – Travelling 47 – Raymond Chirat, Olivier Barrot – Cinémathèque suisse (1978)
L’ASSASSINAT DU PERE NOËL – Christian-Jaque (1941) - Harry Baur, Raymond Rouleau, Renée Faure, Robert Le Vigan
Marie-Hélène Dasté (la mère Michel) est née le 2 décembre 1902 pendant une tournée théâtrale, à Lynglie (Danemark) et décédée le 28 août 1994 à Beaune. Elle est la fille de Jacques Copeau. Son père, après l'aventure du Vieux-Colombier, s'étant fixé en Bourgogne où il créa une école d'art dramatique, elle y rencontra le comédien Jean Dasté et l'épousa peu de temps après. Ayant décidé de porter le nom de Marie-Hélène Dasté, elle consacra tout son talent à l'activité théâtrale et créa notamment L'Ecole par le jeu dramatique, avec J.-L. Barrault et Jean Vilar. Il s'agissait là de reprendre des idées développées en France par Copeau et Barrault sur le plan expérimental : on astreint l'élève à une véritable gymnastique affective de façon à en faire un «athlète affectif».
Le cinéma s'intéressa peu à elle pour la simple raison qu'elle s'intéressa peu à lui : LA CHARRETTE FANTOME (1939) ; KATIA (1938) ; L'ASSASSINAT DU PÈRE NOËL (1941) ; LE VOYAGEUR DE LA TOUSSAINT (1942) ; LES ANGES DU PÉCHÉ (1943) où elle est une remarquable Mère Saint-Jean ; LE POINT DU JOUR (1948), de Daquin; SINGOALLA (1949) et SI TOUS LES GARS DU MONDE (1955), de Christian-Jaque ; LA FILLE ELISA (1956) ; UNE VIE (1957), d'A. Astruc ; PANTALASKAS (1959), de Paul Paviot ; LE GENTLEMAN D'EPSOM (1962). 
L’ASSASSINAT DU PERE NOËL – Christian-Jaque (1941) - Harry Baur, Raymond Rouleau, Renée Faure, Robert Le Vigan
Jean Brochard (le pharmacien) est né à Nantes le 12 mars 1893, mort dans la même ville le 19 juin 1972. Il remporta le premier prix de comédie et le premier prix de flûte du conservatoire de sa ville natale. Ses débuts parisiens au théâtre datent de 1918, ses débuts au cinéma de 1932, mais il a fait aussi divers métiers : typographe et musicien, métallurgiste, docker et cafetier. Un recueil de poèmes (1936). Ce comédien sobre et nuancé a joué dans bien plus de cent films, sans acquérir vraiment la réputation que sa qualité de présence méritait, un peu comme si les producteurs et réalisateurs avaient vu en hu un indispensable acteur de composition ou de contrepoint, sans grand souci de le révéler dans la vérité de ses dons personnels. Parallèlement, il a fait une attachante carrière théâtrale, mais c'est peut-être à la télévision, dans les beaux récits insolites de Bernard Hecht (LES COMPAGNONS DU DEMI-DEUIL, etc.) qu'il a trouvé ses plus mémorables rôles.
Retenons les films suivants : IL A ÉTÉ PERDU UNE MARIÉE, de Léo Joannon), on se souvient surtout de Jean Brochard dans: BOUBOUROCHE, d'André Hugon, avec Madeleine Renaud et André Berley (1933) ; RAMUNTCHO, de René Barberis, avec Louis Jouvet (1937) ; le remake de FORFAITURE par Marcel L'Herbier (1937) ; PARADIS PERDU, d'Abel Gance (1938) ; LA LOI DU NORD, de J. Feyder (1939) ; L'ENFER DES ANGES, de Christian-Jaque, et PIÈGES, de Siodmak (la même année 1939) ; PREMIER BAL, de Christian-Jaque (1941) ; CARMEN, du même (1942) ; LE CORBEAU, d'H.-G. Clouzot (1943) ; BOULE DE SUIF, de Christian-Jaque (1945) ; JÉRICHO, d'Ho Calef (1945) ; UN REVENANT, de Christian-Jaque (1946) ; LES CHOUANS, d'H. Calef (1946) ; DIEU A BESOIN DES HOMMES, de J. Delannoy (1950) ; KNOCK, de Guy Lefranc, avec Louis Jouvet (1950) ; I VITELLONI, de F. Fellini (1953) ; LES DIABOLIQUES, d'H.-G. Clouzot (1954). 
 
L’ASSASSINAT DU PERE NOËL – Christian-Jaque (1941) - Harry Baur, Raymond Rouleau, Renée Faure, Robert Le Vigan
Harry Baur (le père Cornusse) est né à Montrouge (Seine) le 12 avril 1880, d'une famille d'origine alsacienne, mort à Paris le 8 avril 1943 dans des circonstances demeurées mystérieuses mais dues vraisemblablement aux exactions de l'occupant allemand. Harry Baur a été l'un des «monstres sacrés» du cinéma français de l'entre-deux-guerres, tout en poursuivant une importante carrière théâtrale depuis 1904. Ses parents, établis à Marseille, l'avaient poussé vers une carrière d'officier de la marine marchande, mais il avait préféré s'essayer au théâtre dans une troupe d'amateurs marseillais, puis à Paris sur diverses scène (le Grand-Guignol, le Palais-Royal, le Fémina, le Théâtre Antoine, l'Odéon). Il apparaît sur les écrans du muet en 1911 (SHYLOCK, d'Henry Desfontaines), puis en 1913 (L'AME DU BRONZE, d'Henri Roussel) et encore en 1923 (LA VOYANTE, de Mercanton, le dernier film de Sarah Bernhardt, que la mort de la grande comédienne interrompra). Mais c'est seulement à l'avènement du «parlant» qu'Harry Baur commence une vraie carrière cinématographique (et s'impose d'emblée), dans les films de Julien Duvivier : successivement DAVID GOLDER (1931), LES CINQ GENTLEMEN MAUDITS (la même année), POIL DE CAROTTE (1932), LA TÊTE D'UN HOMME (1933). Il tournera encore avec Duvivier : en 1934, GOLGOTHA, en 1936, LE GOLEM, en 1938 CARNET DE BAL. Mais on lui propose, depuis DAVID GOLDER, beaucoup de rôles, qu'il accepte et qu'il marque tous de sa forte personnalité. C'est qu'il a eu l'avantage - comme son rival Raimu - d'arriver au cinéma à l'âge où beaucoup de carrières d'acteurs sont terminées : la cinquantaine. Il incarne l'homme mûr, solidement installé dans l'existence, doué d'une «présence» puissante, maître de lui sinon de ses passions. Son rôle le plus révélateur est de celui de SAMSON (de Maurice Tourneur, 1936) où, financier puissant et mari trompé, il se ruine délibérément, par un coup de bourse volontaire, afin d'entraîner son rival dans sa chute financière (c'était à l'origine une pièce de théâtre d'Henry Bernstein). Mais il fut aussi un inoubliable Jean Valjean dans la version 1934 des MISÉRABLES, due à Raymond Bernard ; un admirable commissaire, face à Pierre Blanchar (Raskolnikov) dans CRIME ET CHATIMENT, de Pîerre Chenal (1935) ; un mémorable TARASS BOULBA dans le film de Pierre Granovsky la même année, et un féroce VOLPONE, le film de Maurice Tourneur (1939).
 
Il a tourné 40 films d'inspirations les plus diverses (aussi bien LE GRELUCHON DELICAT, de Jean Choux, qU'UN GRAND AMOUR DE BEETHOVEN d'Abel Gance ou NITCHEVO de Baroncelli), la comédie comme le drame, mais qui tous subissaient l'infléchissement que sa personnalité leur imposait.
 
En avril 1942, alors qu'il tournait en Allemagne SYMPHONIE EINES LEBENS de Hans Bertram (son départ pour les studios allemands avait été salué comme un excellent exemple de «collaboration» par la presse du même nom), une perquisition avait lieu à son domicile parisien, perquisition qui semble plutôt due à l'initiative des polices parallèles que de la Gestapo, et au cours de laquelle sa collection particulière de tableaux lui fut volée. Son épouse (d'origine israélite) fut arrêtée. A Berlin, Harry Baur le fut aussi et dit-on, torturé sous l'accusation d'être un agent de l'Intelligence Service. Il fut rapatrié à la prison du Cherche Midi dans les premières semaines de 1943 et mourut quelques jours après avoir été libéré, le 8 avril, sans que l'on sache le détail de cette sombre affaire. Il a été enterré le 12 avril, jour anniversaire de sa naissance. «Ceux qui, comme moi, l'ont connu et peuvent le revoir en fermant les yeux, ceux-là savent que l'homme était à la mesure de l'artiste. Je ne veux pas lui tresser d'autre couronne» (J. DUVIVIER). 
L’ASSASSINAT DU PERE NOËL – Christian-Jaque (1941) - Harry Baur, Raymond Rouleau, Renée Faure, Robert Le Vigan
Fernand Ledoux (le maire) est né le 24 janvier 1897 à Tirlemont (Belgique) et mort le 21 septembre 1993 à Villerville (Calvados). Après des études secondaires en Belgique il s'engagea à dix-sept ans et fut démobilisé en 1919 puis fit ses études d'art dramatique au Conservatoire de Paris dans la classe de Rafaël Duflos. Il entra à la Comédie- Française en 1921. Il devait y rester vingt-deux ans mais y débuta en disant deux mots dans Monsieur de Pourceaugnac. C'est Jacques Feyder qui lui donna son premier (petit) rôle au cinéma dans LA FAUTE D'ORTHOGRAPHE (1918), puis Marcel L'Herbier dans LE CARNAVAL DES VÉRITÉS (1919). Il joua ensuite dans LE FILS DE M. LEDOUX (1919) ; L'ATLANTIDE, de Jacques Feyder, 1921 ; VILLA DESTIN (1923), de Marcel L'Herbier où il campait un maître d'hôtel.
 
Son goût pour la composition, son exceptionnelle facilité à passer des rôles de «traître» à ceux de «bon papa», ses sauts de la comédie aux mélodrames, lui rapportèrent enfin une place enviée dans le cinéma français... mais après un délai fort long : L'HOMME A LA BARBICHE (Louis Valray, 1932) ; UNE TÉNÉBREUSE AFFAIRE ; LES SOULIERS ; SYMPHONIE D'UN DESTIN ; LE TRAIN DE 8 H 47 ; FOLIES-BERGÈRE (de Roy Del Ruth, avec Maurice Chevalier, aux U.S.A., 1935) ; LE VAGABOND BIEN AIMÉ (de Kurt Bernhardt, 1936, en Grande-Bretagne aux côtés de Maurice Chevalier) ; MAYERLING (d'A. Litvak, 1936, avec D. Darrieux et Ch. Boyer) ; TARASS BOULBA (1936) ; ALTITUDE 3200, ALERTE EN MÉDITERRANÉE. Il obtint un premier grand rôle dans LA BÊTE HUMAINE (1938), de Jean Renoir. Ce fut alors le véritable départ de sa grande carrière cinématographique; et son étonnante souplesse d'interprétation put se renouveler à travers diverses créations de premier plan : VOLPONE (M. Tourneur, 1939) ; REMORQUES (1939, Jean Grémillon) ; UNTEL PÈRE ET FILS (Duvivier, 1940). Mobilisé, il rejoignit son unité, mais fut rendu à la vie civile dès 1940 : PREMIER BAL (Christian-Jaque) ; PREMIER RENDEZ-VOUS (H. Decoin, 1941) ; L'ASSASSINAT DU PÈRE NOËL (Christian-Jaque, 1941) ; LE LIT A COLONNES (de Roland Tual, 1942, un rôle de gardien de prison faux bonhomme) ; DES JEUNES FILLES DANS LA NUIT (R. Le Hénaff) ; LA GRANDE MARNIÈRE (J. de Marguenat) ; LES VISITEURS DU SOIR, de Marcel Carné (1942) et GOUPI-MAINS-ROUGES (même année, de Jacques Becker), où il fit tine belle création du personnage de Mains-Rouges (1942). Il n'arrête pas de tourner, non d'ailleurs sans user insidieusement un personnage qui devient banal et que l'on finira par avoir peut-être trop vu : BÉATRICE DEVANT LE DÉSIR (J. de Marguenat, 1943) ; L'HOMME DE LONDRES (Henri Decoin, 1943) ; SORTILÈGES (Christian-Jaque, 1944) ; LA FILLE DU DIABLE (H. Decoin, 1945) ; LA ROSE DE LA MER (J. de Baroncelli, 1946) ; DANGER DE MORT (G. Grangier, 1947).; L'ÉTERNEL CONFLIT (G. Lampin, 1947) ; L'OMBRE (A. Berthomieu, 1948), PATTES BLANCHES, de Grémillon, sa meilleure création depuis celle de Mains-Rouges ; LE MYSTÈRE BARTON (Ch. Spaak, 1948) ; MONSEIGNEUR (R. Richebé, 1949) ; LES LOUPS CHASSENT LA NUIT (B. Borderie, 1951 ; LES HOMMES EN BLANC (R. Habib, 1955) ; PAPA, MAMAN, MA FEMME ET MOI (1955) ; CELUI QUI DOIT MOURIR (Jules Dassin, 1956) ; LES MISERABLES (Le. Chanois, 1957) ;  LES VIOLENTS (H. Calef, 1957) ; J’IRAI CRACHER SUR VOS TOMBES, RETOURS EN GRACE (1959) ; LE GRAND RISQUE ; LE JOUR LE PLUS LONG (1961) ; LE PROCÈS (Orson Welles) ; LE GLAIVE ET LA BALANCE (A. Cayatte, 1962). Excellent professeur, Fernand Ledoux a enseigné une conception très idéaliste et quasi religieuse de son art. 
L’ASSASSINAT DU PERE NOËL – Christian-Jaque (1941) - Harry Baur, Raymond Rouleau, Renée Faure, Robert Le Vigan
Raymond Rouleau (le baron Roland), acteur-auteur, et réalisateur né à Bruxelles le 14 juin 1904 et mort à Paris le Il décembre 1981. Une vocation théâtrale manifestée dès l'enfance, une carrière exceptionnelle d'acteur, d'animateur de troupe et de metteur en scène, Raymond Rouleau est l'un des maîtres de la scène française. Mais ses rapports avec le cinéma sont plus ambigus. D'abord, le premier rôle qui lui ait été confié (dans L'ARGENT, de L'Herbier) fut coupé au montage. Puis il redébute à Gand, dans un essai de film surréaliste de Pierre Charbonnier, en 1930 : CE SOIR A HUIT HEURES, ce qui le mène, d'une part, à tourner en vedette un autre film : UNE IDYLLE A LA PLAGE, le premier film important d'Henri Storck (qui avait été l'opérateur du précédent), d'autre part, à se fixer une première fois à Paris, où il fonde, avec Antonin Artaud, le théâtre surréaliste Alfred Jarry. Ce premier séjour en France sera de quatre ans. Il écrit une pièce qui est montée par Charles Dullin : L'admirable visite ; il joue au théâtre ; se met lui-même en scène au cinéma en réalisant un premier film : SUZANNE (en 1932 et en collaboration avec Léo Joannon) ; interprète plusieurs autres films: LE JUGEMENT DE MINUIT (A. Esway, en Angleterre) ; LA FEMME NUE (J.-P. Paulin, 1932) et INCOGNITO, ainsi que UNE VIE PERDUE (sa seconde mise en scène, en collaboration avec A. Esway) ; il va en Tchécoslovaquie interpréter VOLGA EN FLAMMES, de V. Tourjansky (1934, avec D. Darrieux, A. Préjean et V. Inkijinoff). Puis, en 1935, il rentre à Bruxelles prendre la direction du théâtre du Marais où il crée Le Mal de la jeunesse, d'A. Brückner, qu'il vient ensuite, avec sa compagnie, présenter à Paris, au théâtre de l'œuvre. C'est un triomphe. Ses acteurs sont célèbres du jour au lendemain, Ils se nomment : Madeleine Ozeray, Lucienne Lemarchand, Tania Balachova, Jean Servais.
 
Il fait une carrière d'acteur au cinéma et de metteur en scène au théâtre, tout en mettant aussi en scène quelques films (mais avec moins de bonheur) et en jouant sur scène. Il participe a LES BEAUX JOURS (M. Allégret, 1935) et réalise ROSE (1935) ; puis TROIS-SIX-NEUF (1937, adaptation de la pièce de Michel Duran) et LE MESSAGER (1937, avec J. Gabin, Gaby Morlay et J.-P. Aumont), mais Il est surtout devenu l'un des meilleurs jeunes premiers du cinéma français. Il tournera au total une cinquantaine de films, au premier plan, héros romantiques, sportifs ou de comédies. Ses meilleures prestations sont pour Christian-Jaque (L'ASSASSINAT DU PÈRE NOËL et PREMIER BAL, 1941), ou Jacques Becker (DERNIER ATOUT, 1942 ; FALBALAS, 1944) ; mais dans le temps où il monte au théâtre les meilleurs ouvrages du théâtre contemporain: Brecht, Tennessee Williams, Arthur Miller, Bernard Shaw, Cocteau, sa renommée cinématographique tient à des films du commerce courant, notamment à des «policiers» d'André Hunebelle : MISSION A TANGER (1949) ou MÉFIEZ-VOUS DES BLONDES (1950). Il est revenu à la réalisation, en 1957, pour porter à l'écran la pièce d'Arthur Miller, LES SORCIÈRES DE SALEM (The cruclble), avec Yves Montand et Simone Signoret, en coproduction avec la R.D.A., et LES AMANTS DE TÉRUEL (1962), avec Ludmilla Tchérina. Ce sont des mises en scènes par trop théâtrales, lourdes, un cinéma fort sympathique mais soumis à une dramaturgie qui écrase la spécificité cinématographique.
L’ASSASSINAT DU PERE NOËL – Christian-Jaque (1941) - Harry Baur, Raymond Rouleau, Renée Faure, Robert Le Vigan
Renée Faure (Catherine) est née le 14 avril 1919 à Paris et décédée le 2 mai 2005 à Clamart. Elle fait des études secondaires et passe le baccalauréat. Elle suit alors les cours de René Simon puis du Conservatoire et obtient la même année un premier prix (classe d'André Brunot). A vingt-deux ans, engagée comme pensionnaire à la Comédie- Française, elle joue toutes les pièces du répertoire où l'on a besoin d'une ingénue avec une âme de tragédienne (L'Épreuve, la Nuit des rois, l'infante de La Reine morte, la jeune religieuse tourmentée de Port-Royal et la fille du Maître de Santiago, Asmodée, de Mauriac, Les Mal-Aimés, La Peine capitale, Six Personnages en quête d'auteur...). Tenue à l'écart du cinéma par la volonté de l'administrateur des comédiens-français, Édouard Bourdet, elle fut «découverte» par Christian-Jaque dans L'ASSASSINAT DU PÈRE NOËL ; elle tourne alors quelques bandes anodines : LE PRINCE CHARMANT (1941), JEUNES FILLES DANS LA NUIT (1942), BÉATRICE DEVANT LE DÉSIR. C'est LES ANGES DU PÉCHÉ (1943) où elle fut une Anne-Marie frémissante qui lui donna son premier succès cinématographique, dans un texte de Giraudoux vu par Bresson. Le cinéma lui fit jouer des rôles moins tendus qu'au théâtre : jeunes filles rêveuses et poétiques : SORTILÈGES; FRANÇOIS VILLON (1945) ; TORRENTS ; LA GRANDE AURORE (1946) ; LA CHARTREUSE DE PARME (1947, mis en scène par Christian-Jaque qui est devenu son mari) ; L'OMBRE (1948) ; ON N'AIME QU'UNE FOIS (1949) ; ADORABLES CRÉATURES ; KOENIGSMARK (1952) ; RASPOUTINE (1953) ; LE SANG A LA TETE (1956)... Ce dernier film marque un tournant : elle abordait les rôles de composition (CARGAISON BLANCHE, 1957 ; RUE DES PRAIRIES, 1959 ; LE PRÉSIDENT, 1960). 
L’ASSASSINAT DU PERE NOËL – Christian-Jaque (1941) - Harry Baur, Raymond Rouleau, Renée Faure, Robert Le Vigan

Avis de la centrale Catholique du Cinéma et de la Radio : Niveau 4 - STRICTEMENT POUR ADULTES 

 « Le film se déroule dans une atmosphère de fantaisie où les hommes paraissent comme des pantins difficiles à prendre au sérieux. Une ou deux des scènes religieuses prêtent plutôt à rire. On semble faire le procès d'une folle imagination chez une jeune fille, mais ce dangereux rêve aboutit à une substantielle réalité. On regrette surtout une sorte de faux miracle accompli par le père Noël et qui attribue à la suggestion une puissance qu'elle n'a pas.»

L'encyclique Vigilanti Cura déclare qu'il est absolument nécessaire que le peuple sache clairement quels sont les films permis pour tous, quels sont ceux qu'il n'est permis de voir qu'à certaines conditions, quels sont ceux enfin qui sont pernicieux ou franchement mauvais. Elle demande, en conséquence, que soient établies avec ordre et publiées des listes spéciales indiquant les films selon les catégories que l'on vient d'énumérer, et que ces listes puissent être facilement connues de tous. L'encyclique déclare que pour atteindre ce but il est absolument nécessaire que les Evêques constituent pour chaque pays un Office permanent, chargé de classer les films et de faire connaître les jugements. Cet Office doit être unique pour chaque pays. Les cotations de la Centrale Catholique du Cinéma et de la Radio sont établies en vertu de ces dispositions de l'encyclique. Vigilanti Cura. Ci-après, la signification de ces cotations :

 

1 - POUR TOUS : convient à tous, même aux enfants non accompagnés de leurs parents.

2 - POUR TOUS : pour les salles paroissiales.

3 - POUR TOUS : pour les salles publiques catholiques (milieux non avertis).

3 bis – POUR ADULTE5.

4 - STRICTEMENT POUR ADULTES : film qui, malgré les éléments mauvais, laissant une impression mêlée, peut être admissible pour un public averti.

4 bis - A DÉCONSEILLER : film où les éléments mauvais l'emportent et donc strictement réservé.

5 - A REJETER : film à proscrire absolument.

6 - A REJETER : film essentiellement pernicieux au point de vue social, moral ou religieux. 

La France de Pétain et son cinéma - Jacques Siclier - ED. Henri Veyrier (collection "L'histoire en question) - en 1981

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