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LE CAVE SE REBIFFE – Gilles Grangier (1961) – Jean Gabin, Bernard Blier, Maurice Biraud, Martine Carol, Françoise Rosay

Publié le par Laurent Bigot

Classique du cinéma français, la comédie policière de Gilles Grangier est portée par un casting de premier ordre et la prestation de Jean Gabin est sublimée par des républiques mitonnées par Michel Audiard.

Classique du cinéma français, la comédie policière de Gilles Grangier est portée par un casting de premier ordre et la prestation de Jean Gabin est sublimée par des républiques mitonnées par Michel Audiard.

LE CAVE SE REBIFFE – Gilles Grangier (1961) – Jean Gabin, Bernard Blier, Maurice Biraud, Martine Carol, Françoise Rosay
Dans les années 60, après une grosse éclipse, Jean Gabin est redevenu la star préférée des Français. Flic ou voyou, pacha ou paysan, président ou clodo, il règne sans partage sur le box-office. Avec son phrasé inimitable, il balance les répliques qui tuent comme autant de scuds ravageurs. Des saillies hilarantes que le public adore, ciselées par un orfèvre aux doigts d'or, Michel Audiard. À l'époque, Audiard, scénariste-dialoguiste, est également une star dont le nom concurrence, sur les affiches, celui du réalisateur. Pendant trente ans, il va écrire sans relâche pour les vedettes, leur offrant leurs plus belle partitions : Alain Delon, Jean-Paul Belmondo, Lino Ventura, Bernard Blier, Michel Serrault, Fernandel, Bourvil, Romy Schneider, Louis de Funès, Mireille Darc, Darry Cowl...
Marc Godin - Collection Audiard et les plus grands acteurs français – 2006 – TF1 Vidéo
 

« Parce que j'aime autant vous dire que pour moi Monsieur Éric avec ses costards tissés en Écosse à Roubaix, ses boutons de manchettes en simili et ses pompes à l'italienne fabriquées à Grenoble, et ben c'est rien qu'un demi-sel. Et là, je parle juste question présentation. Parce que si je voulais me lancer dans la psychanalyse, j'ajouterais que c'est le roi des cons. Et encore les rois, ils arrivent à l'heure. Parce que j'en ai connu moi, mon cher maître, des rois, et puis pas des petits. Les Hanovre, les Hohenzollern. Rien que du micheton garanti croisade. »

LE CAVE SE REBIFFE – Gilles Grangier (1961) – Jean Gabin, Bernard Blier, Maurice Biraud, Martine Carol, Françoise Rosay
L'histoire :
Charles Lepicard, Maître Lucas Malvoisin et Éric Masson veulent monter une affaire de « fausse mornifle ». Éric pense avoir « à sa pogne » un graveur hors pair, celui d'un certain Mandarès, Robert Mideau, le « Cave », c'est-à-dire dans le langage des truands, un être ordinaire, crédule et ignorant des pratiques et des codes du milieu.
Mais l'affaire ne devient possible qu'avec le concours de Ferdinand Maréchal alias « Le Dabe », ancien faux-monnayeur de haute volée. Retiré sous les tropiques après une dernière affaire ratée, il reçoit la visite de Charles qui lui propose un dernier coup d'anthologie sur le Florin. Le Dabe accepte de s'occuper de l'affaire et revient à Paris. La fine équipe se met au travail. Sous la houlette du Dabe, Robert Mideau ne se montrera pas aussi « cave » que prévu…
En 1960, Jean Gabin est au sommet de sa popularité. C'est la star du cinéma français. Depuis Gas-oil (1955), Michel Audiard lui peaufine des dialogues gouleyants, truffés de répliques qui tuent, de saillies imparables : les interrogatoires serrés de l'inspecteur Maigret, les enguelades mythiques du Président, les invectives d'Archimède. Le cave se rebiffe est leur douzième collaboration. Avec Gilles Grangier derrière la caméra, surnommé affectueusement « le Gilles» ou « le Gros» par Gabin qui le connaît depuis 1936, ils enchaînent des films populaires dont raffole le public. Très librement adapté d'un roman d'Albert Simonin, Le Cave se rebiffe a été totalement réécrit par Michel Audiard pour offrir un rôle de dur à Gabin. Pour ce film, écrit en douze jours, il signe quelques-uns de ses dialogues les plus percutants. Quand Gilles Grangier, Albert Simonin et Michel Audiard viennent présenter le scénario à Jean Gabin, chez lui, dans sa propriété de Deauville, l'acteur se régale, comblé par l'histoire et son personnage d'un vieux caïd truculent. Il est tellement satisfait du résultat qu'il gardera chez lui Grangier et ses complices pendant 48 heures. 
LE CAVE SE REBIFFE – Gilles Grangier (1961) – Jean Gabin, Bernard Blier, Maurice Biraud, Martine Carol, Françoise Rosay
L’Amérique du sud en Normandie… Jean Gabin, 57 ans à l’époque du tournage, n’a eu qu’une réserve quant au Cave se rebiffe, concernant la séquence de sa rencontre avec Blier, au début du film, située en Amérique du sud. Il oppose un non ferme et définitif à Gilles Grangier car il refuse de se hasarder sur des terres étrangères. Comme ses désirs sont des ordres, la production décide de tourner la scène à problème en Normandie, sur un champ de courses. Pour le plus grand bonheur de Gabin, qui habitait à Deauville. 
LE CAVE SE REBIFFE – Gilles Grangier (1961) – Jean Gabin, Bernard Blier, Maurice Biraud, Martine Carol, Françoise Rosay

"Il blanchit sous le harnais, hein. Trente ans de fausse monnaie et pas un accroc. Un mec légendaire quoi. Les gens de sa partie l'appellent le Dabe et enlèvent leur chapeau rien qu'en entendant son blaze. Une épée, quoi !" Charles (B. Blier)

Un casting plaqué or
Le casting du film, choisi conjointement par Gabin, Audiard et Grangier, est un pur régal : Bernard Blier, Maurice Biraud. Ginette Leclerc, Franck Villard, Antoine Balpêtré, Robert Dalban... Des amis de Gabin, des acteurs qu'il respecte, des compagnons de jeu d'Audiard pour lesquels il tricote de belles répliques. Gabin fait également embaucher Martine Carol, à un moment difficile de sa carrière. Pourtant, leurs retrouvailles commencent mal. L'actrice donne une interview à un journaliste qui titre sur l'amour retrouvé de Martine Carol : Jean Gabin, une couverture qui avive la rumeur (fausse) de leur liaison passée. Quand Gabin découvre l'entretien, il pique une de ses mémorables crises et menace de la faire renvoyer à la prochaine incartade, ce qu'il aurait été bien incapable de faire. Pour ne rien arranger, l'actrice, traversant une période de crise, se réfugie dans l'alcool. Ce qui lui pose de sérieux problèmes de concentration et de mémoire en fin d'après-midi. Un jour où elle donne la réplique à Gabin, Blier, Villard et Balpêtré, elle doit ouvrir une porte dans un décor qui en comporte plusieurs. Malgré les prises à répétition, les explications minutieuses de son réalisateur, Martine Carol, imbibée, ne parvient pas à ouvrir la bonne porte. Riant aux larmes, Gabin est plié en deux devant le trouble de sa partenaire quand Grangier commence à piquer une colère terrible. Gabin prend sa défense et conseille à la malheureuse d'aller se reposer. 
Collection Audiard et les plus grands acteurs français – 2006 – TF1 Vidéo
LE CAVE SE REBIFFE – Gilles Grangier (1961) – Jean Gabin, Bernard Blier, Maurice Biraud, Martine Carol, Françoise Rosay
Un film heureux. Sur le plateau, Gabin se montre d'humeur badine pour un tournage idyllique, un film heureux pour tous les acteurs et techniciens. Gabin accumule les blagues avec son camarade Blier et taquine gentiment Frank Villard (Huis clos, Le Gentleman d'Epson). Le Cave se rebiffe sort en salles le 27 septembre 1961. La critique sera mitigée, la presse catholique soulignant le manque de moralité de l'entreprise, mais le public fera un triomphe aux aventures du Dabe (le Roi en argot) et de son cave. Audiard confiera plus tard que le film était un de ses préférés et qu'il adorait la scène entre Gabin et Françoise Rosay. Avec ce film, sa cote va s'envoler et il touche maintenant 30 millions de francs par film, soit 5 millions de plus que l'année précédente et le double que trois ans plus tôt. 
LE CAVE SE REBIFFE – Gilles Grangier (1961) – Jean Gabin, Bernard Blier, Maurice Biraud, Martine Carol, Françoise Rosay
A propos de Maurice Biraud. Il est né le 3 mars 1922 à Paris et mort le 24 décembre 1982 à Paris, c’était à la fois un animateur de radio, un humoriste et un acteur de cinéma.
Il est présent sur les ondes d’Europe 1 où il interprète, entre autres, le rôle du commissaire Socrate et de Maurice la Grammaire (puis du Grand Babu suivant dans Le fils de Furax) dans le feuilleton « radio »Signé Furax et, en tant qu'animateur de la tranche « 9 h - 12 h » dans les années 1960, en compagnie de Micheline Francey puis d'Anne Perez et de « monsieur Brandu » (Jean-Marie Lamblat). On le voit aussi dans de nombreux films de cinéma. Il apparaît également à la télévision où son sens de l'humour et ses reparties sont très appréciés. En 1967, il chante La Petite en duo avec France Gall.
Au cinéma, ses meilleurs rôles sont probablement dans Un taxi pour TobroukLe Cave se rebiffe ou encore Mélodie en sous-sol. Il est par ailleurs abonné aux seconds rôles mais est néanmoins populaire. On le surnomme affectueusement « Bibi ».
C'est aussi l’un des artistes les plus sollicités, après Jean Valton, pour réaliser des disques publicitaires, alors très en vogue.
Maurice Biraud meurt alors qu'il est au volant à Paris et attend à un feu rouge sur les Champs-Élysées : il ne redémarre pas, victime d’un arrêt cardiaque. L'annonce de sa mort a été quelque peu éclipsée par celle de Louis Aragon, décédé le même jour.
LE CAVE SE REBIFFE – Gilles Grangier (1961) – Jean Gabin, Bernard Blier, Maurice Biraud, Martine Carol, Françoise Rosay
Le Dabe : Écoute-moi bien, mon petit Robert ! Le bon Dieu t'a donné une main exceptionnelle. Il aurait pu te créer honnête, il t'a même épargné ça ! Alors tu ne penses pas que tu devrais laisser certains avantages aux déshérités ? Aux caves, à ceux qui en ont vraiment besoin ?
Robert Mideau : Besoin de quoi ?
Le Dabe : De faire des heures supplémentaires !
LE CAVE SE REBIFFE – Gilles Grangier (1961) – Jean Gabin, Bernard Blier, Maurice Biraud, Martine Carol, Françoise RosayLE CAVE SE REBIFFE – Gilles Grangier (1961) – Jean Gabin, Bernard Blier, Maurice Biraud, Martine Carol, Françoise Rosay
Quand Gabin rencontre Rosay. Pour la première fois, Gabin tourne avec Françoise Rosay (La Kermesse héroïque), une grande dame du cinéma français. Pourtant, la distribution de son rôle ne fut pas sans problèmes. Dans une première mouture du scénario, Simonin et Audiard avaient en effet dessiné un personnage que Grangier et Gabin estimaient parfait pour Gabrielle Dorziat (Falbalas, Manon, Les Espions). Mais une nouvelle version de l'histoire modifia sensiblement le personnage et les deux hommes en conclurent que le rôle conviendrait mieux à Fançoise Rosay, Le contrat de Gabrielle Dorziat étant déjà signé, Gabin décida d'annoncer lui-même la mauvaise nouvelle à l'actrice. Il la fit venir au studio, la pria de s'asseoir sur un des bancs du jardin el lui assura que le rôle ne lui convenait plus. Magnanime, Gabrielle Dorziat accepta sa décision. Les deux acteurs parlèrent métier, Gabin la fit raccompagner par son chauffeur... et la fit embaucher dans son film suivant, Un singe en hiver
LE CAVE SE REBIFFE – Gilles Grangier (1961) – Jean Gabin, Bernard Blier, Maurice Biraud, Martine Carol, Françoise Rosay
Le Dabe : Ce que je suis venu te demander, c'est le papier de Mandarès. T'as pas intérêt de le garder plus longtemps. Hmm ? Pour peu que la Marne monte un petit chouye du côté de ton hangar, il va onduler et se piquer ton papelard.
Pauline : Y'a une porte à mon hangar, tout acier !
Le Dabe : Et une porte ça s'ouvre ! Et puis il y a les malfaisants.
Pauline : Si je comprends bien, tu prends la succession de Mandarès. Du coquille j'en ai, cinq rames, total deux briques. Et cash !
Le Dabe : Oh ben, à ce blot là, tu peux le garder et t'en faire des cornets à frites.
Pauline : À quoi je le reconnaitrais ?
Le Dabe : Un beau brun, avec des petites bacchantes, grand, l'air con !
Pauline : Ça court les rues, les grands cons !
Le Dabe : Ouais ! Mais celui-là c'est un gabarit exceptionnel ! Si la connerie se mesurait, il servirait de mètre étalon ! Il serait à Sèvres !

Pauline (Françoise Rosay) : "J'traite pas avec les commissionnaires... Tiens môme...pour tes cigarettes"

Pour l'heure, Le Cave se rebiffe marque le retour en fanfare de «la grande Rosay», surnom donné par Gabin. À soixante et onze ans, emportée par ce second souffle cinématographique, elle démontre son abattage en quelques scènes fulgurantes avec une rare gouaille. Subjugué par cette authentique «gueule de l'écran », sitôt passé à la réalisation, Audiard lui confiera le rôle principal de son film Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages. Ainsi, le duo Gabin-Rosay fait des étincelles, une chance pour Grangier : tous deux réputés « grandes gueules » s'observent et s'apprécient rapidement: « Dès leur rencontre, je me suis rendu compte qu'il y a eu une espèce de complicité entre eux », affirme-t-il. Quant à Audiard, il exulte car sa scène préférée parmi tous ses films reste celle de la description faite par Gabin à Rosay de ce fameux « grand con digne de figurer à Sèvres» : « J'ai beaucoup aimé faire ce film, je l'ai écrit en douze jours. La scène entre Gabin et Françoise Rosay ralliant toutes mes préférences personnelles », affirme-t-il.
- Je t'enverrai un gonze dans la semaine. Un beau brun avec des bacchantes. Grand, l'air con.
- A quoi je le reconnaîtrais ? Ça court les rues, les grands cons.
- C'est un gabarit exceptionnel. Si la connerie se mesurait, il servirait de mètre étalon! Il serait à Sèvres.
Au final, le scénario entier foisonne d'excellentes répliques, la plupart cl' entre elles restées dans la mémoire collective. Par exemple, celle de Gabin, sollicité pour un judicieux conseil :
- Les bénéfices, ça se divise, la réclusion ça s'additionne.
Ou encore :
- Depuis Adam se laissant enlever une côte jusqu'à Napoléon attendant Grouchy, toutes les grandes affaires qui ont raté étaient toutes basées sur la confiance ! Croire en les honnêtes gens est le seul vrai risque des professions aventureuses. 
JEAN GABIN INCONNU – Jean-Jacques Jelot-Bkanc – Ed. Flammarion (2014)
 
LE CAVE SE REBIFFE – Gilles Grangier (1961) – Jean Gabin, Bernard Blier, Maurice Biraud, Martine Carol, Françoise RosayLE CAVE SE REBIFFE – Gilles Grangier (1961) – Jean Gabin, Bernard Blier, Maurice Biraud, Martine Carol, Françoise Rosay

Je connais ton honnêteté mais je connais aussi mes classiques. Depuis Adam se laissant enlever une côte jusqu'à Napoléon attendant Grouchy, toutes les grandes affaires qui ont foiré étaient basées sur la confiance.

« Chaque fois que, pour les besoins d'un film, j'embarquais Gabin, type difficile à vivre, j'appelais Blier, raconte le réalisateur Gilles Grangier. Un bon "pensionnaire", Blier, un homme sur lequel je pouvais compter. Un bonhomme sûr de lui et de son talent aussi, mais qui ne roulait pas des mécaniques.» Le tandem se retrouve une fois de plus à l'affiche du Cave se rebiffe, un scénario troussé par Michel Audiard (en douze jours !) en se concentrant plus particulièrement sur une phrase du roman d'Albert Simonin qu'il adapte avec son au tour : « C'est drôle : on charrie le cave, on le charrie pendant des années puis un jour, sans qu'on s'y attende, le cave se rebiffe.» Une sorte de déclaration d'intention qui donnera son titre à ce film d’abord intitulé Le « Dabe » se rebiffe et permettra au dialoguiste de déclarer : « On a gardé juste la page 114 du bouquin pour éviter de faire la suite de Touchez pas au grisbi». A propos de son travail sur ce film en particulier, Audiard tiendra à apporter la précision suivante à ceux qui assimilent sa prose à de l'argot : «Si les gens du milieu parlaient comme j’écris, ils ne se comprendraient pas entre eux. » 
Bernard Blier, un homme façon puzzle – Jean-Philippe Guerand – Ed Robert Laffont (2009)
LE CAVE SE REBIFFE – Gilles Grangier (1961) – Jean Gabin, Bernard Blier, Maurice Biraud, Martine Carol, Françoise Rosay
LE CAVE SE REBIFFE – Gilles Grangier (1961) – Jean Gabin, Bernard Blier, Maurice Biraud, Martine Carol, Françoise Rosay
LE CAVE SE REBIFFE – Gilles Grangier (1961) – Jean Gabin, Bernard Blier, Maurice Biraud, Martine Carol, Françoise Rosay
LE CAVE SE REBIFFE – Gilles Grangier (1961) – Jean Gabin, Bernard Blier, Maurice Biraud, Martine Carol, Françoise Rosay

Mais avec votre papelard à dix sacs la rame, vous pourrez toujours vous établir marchand de papier, ou vous en servir à ce que je pense, comme ça vous liquiderez votre stock !

Marié à Martine Carol, alors en perte de vitesse et dont ce sera le dernier succès, Bernard Blier campe cette fois Charles Lepicard, «un patron de claque que la police a contraint à fermer boutique et qui survit au milieu de ses décors de mauvais goût (la chambre "Versailles", le chalet suisse, le palais chinois)». Quant au fameux «Dabe » qu'incarne Gabin, Grangier déclarera à son propos : « Le rôle principal dans le bouquin, c'est beaucoup plus un Bernard Blier qu'un Jean Gabin.» Reste que c'est sur ce dernier que se monte le projet, comme d'habitude, et que c'est le privilège des stars que de pouvoir s'autoriser certains caprices. Surtout quand l'auteur déclare trouver l'adaptation supérieure à son livre, ce qui sera le cas d'Albert Simonin. Autre évènement peu banal, avant même le début du tournage, Gabin et Blier s’entendent pour déclarer que, malgré leur longue collaboration couronnée de succès, ils ont décidé d’y mettre un terme pour ne pas lasser le public et ne pas «devenir les Morelon et Trentin du cinéma français», référence à un célèbre tandem cycliste qui parlait tout particulièrement à Audiard. 
Bernard Blier, un homme façon puzzle – Jean-Philippe Guerand – Ed Robert Laffont (2009)
LE CAVE SE REBIFFE – Gilles Grangier (1961) – Jean Gabin, Bernard Blier, Maurice Biraud, Martine Carol, Françoise Rosay
LE CAVE SE REBIFFE – Gilles Grangier (1961) – Jean Gabin, Bernard Blier, Maurice Biraud, Martine Carol, Françoise Rosay
Le 26 août 1961, avec bientôt près de cinq cent mille entrées dans les salles de première exclusivité Le Cave se rebiffe bat des records d’affluence, il se classera septième au box-office des  recettes de l'année. À lire la prose des critiques, Gabin «sauve » le film : «Cela ne va pas très loin, écrit l'un d'eux. Pendant les vingt premières minutes, on s'ennuie même ferme. Puis apparaît Gabin et ce diable de comédien commence à distiller les bons mots d'Audiard et cela devient un agréable passe-temps.
JEAN GABIN INCONNU – Jean-Jacques Jelot-Bkanc – Ed. Flammarion (2014)
LE CAVE SE REBIFFE – Gilles Grangier (1961) – Jean Gabin, Bernard Blier, Maurice Biraud, Martine Carol, Françoise Rosay
LE CAVE SE REBIFFE – Gilles Grangier (1961) – Jean Gabin, Bernard Blier, Maurice Biraud, Martine Carol, Françoise Rosay
Témoignage de Michel Audiard pour Bernard Blier. Cette lettre, trouvée par Gérard Depardieu chez un antiquaire, a été remise à Bertrand Blier. Elle sert d’introduction au livre de Jean-Philippe Guerand : Bernard Blier, un homme façon puzzle (Ed Robert Laffont 2009)
 
« Lui devant la caméra, moi derrière, une simple petite phrase, sèche comme le coup de pistolet d'un starter : 
- Vas-y, Bernard. 
Je n'ai jamais eu à lui dire autre chose. Le reste il le sait, ou il le sent. C'est ça le bonheur. Après des années de ce bonheur-là, comment n'aurais-je pas pour Bernard Blier une tenace et profonde amitié ?... J'ajouterais que cette amitié se teinte souvent d'admiration si je ne craignais de l'entendre ricaner derrière sa pipe. 
Oh ! et puis tant pis ! Je lui jetterai la vérité à la face, dussé-je me faire pardonner sous des flots de beaujolais. 
Je tiens Bernard Blier pour l'un des deux ou trois très grands comédiens de son temps et probablement pour le plus complet, je suis tenté d'écrire "le plus nourrissant". En effet, Blier nourrit formidablement les personnages qu'il prend en charge, il les habille, les enfle, les humanise, leur inculque un caractère, une densité, enrobant le squelette d'un incroyable pesant de chair et de sang, créant de toutes pièces un potentiel de tendresse ou de férocité qui laisse pantois. 
Planté raide sur ses jambes courtes, comme j'imagine que devait l'être Lucien Guitry, les épaules puissantes, le cou épais, il fait comme en s'amusant éclater les coutures dans lesquelles l'auteur avait tenté de l'emprisonner. Le rôle, la pièce, les partenaires eux-mêmes, tout se met alors (comme disent les sportifs) à changer de vitesse. Et comment ! 
Dans ses plus grands moments, Pierre Brasseur réussissait ce genre de chose, Charles Laughton aussi. C'est l'apanage des grands. Le don du ciel. "L'anar" Blier ne croit pas tellement au ciel (je le lui reproche assez) mais il croit à Molière, à Balzac, à Hugo, et cela revient probablement au même. 
C'est un lieu commun, tenace et gluant, dans le monde du spectacle que d'affirmer qu'un acteur n'a pas besoin d'être intelligent. Tout juste si l'on n'ajoute pas "au contraire ". 
Bernard Blier est très intelligent. Vous allez voir que ça ne le gêne pas tellement pour jouer. 
Au contraire. » 
 

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